‹ La neurasthénieChapitre 93 sur 163 · NEURASTHÉNIE. — CONGESTION UTERO-OVÂRIENNË · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE. — CONGESTION UTERO-OVÂRIENNË

Lorsque l'irritation génitale est véhiculée par le sang- dans les centres nerveux, elle provoque des troubles de nutrition et parfois des altérations bistologiques qui compromettent l'intégrité des vaisseaux et du protoplasma de ces rentres. La neurasthénie exprime parfois toute seule cette importante perturbation; mais le plus souvent elle se trouve associée, dans son rôle révélateur, à des symptômes plus graves qui ne sont pas les siens. Dans tous ces cas elle a perdu son essentialité et n'est plus qu'un symptôme d'une affection des organes de la génération.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que dans la manifestation de ces accidents neurasthéniques, il faut accorder une grande importance aux prédispositions innées ou acquises, matérielles ou morales qui germent dans l'organisme de la malade.

Pour présenter la véritable silhouette de cette forme de neurasthénie je n'ai qu'à demander aux nombreuses observations que j'ai pu recueillir dans ma carrière, de me fournir les preuves de son existence. Elle serviront en même temps à indiquer les applications hydrothérapiques qui conviennent aux particularités spéciales de cet état nerveux.

Type LXXVII. — Neurasthénie. — Congestion utéro-ovarienne.

Il s'agit ici d'une jeune femme foncièrement arthritique incommodée à chaque instant par des désordres nerveux de tout genre. Pendant sa période menstruelle cette malade éprouve des douleurs iléolombaires insupportables qui l'obligent à observer un grand repos. L'écoulement du sang, sans être très abondant, dure tous les mois pendant une dizaine de jours. Ce mouvement fluxionnaire irrégulier n'a jamais été convenablement surveillé ; il a fini par produire une congestion permanente et un véritable engorgement de la matrice qui ont motivé parfois l'intervention d'un médecin. Le premier praticien appelé attribua tous ces troubles à des excès génésiques commis dans des circonstances irrégulières et trop souvent renouvelés II conseilla le repos, une chasteté momentanée, des toniques, des bains à une agréable température, des injections vag -inaleschaudes et une alimentation réconfortante La jeune femme n'éprouva qu'une amélioration insignifiante; ses douleurs pelviennes persistèrent en se manifestant avec une telle intensité qu'elle crut un instant être atteinte d'un cancer utérin en voie de développement. Elle manifesta ses craintes d'une façon si étrange que ses parents se décidèrent à consulter un de nos plus éminents neurologistes. Dès son premier examen il constata tous les signes

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d'un épuisement cérébral, une mémoire incorrecte, une attention toujours en défaut, une mentalité troublée par de nombreuses défaillances, un immense découragement aggravé par une profonde tristesse, des phobies insensées, des troubles très appréciables de la vue, de l'audition et du goût, de l'amyosthénie et une insomnie presque invincible. La malade avait en outre de l'inappétence et même une grande répugnance pour la plupart des aliments, de l'atonie stomacale et une constipation très rebelle. Il n'hésita pas à reconnaître tous les symptômes de la neurasthénie qu'il attribua à la nature arthritique de la malade, à son tempérament nerveux et principalement à l'engorgement utérin compliqué de poussées congestives incessantes et de phénomènes douloureux intolérables. On ne put découvrir aucune de ces influences causales traumatiques ou morales qui ont la faculté notoire de provoquer la neurasthénie et l'on donna pour point de départ à cette névrose l'affection utérine que la malade avait depuis fort longtemps. On lui conseilla de suivre un traitement hydrothérapique.

Elle prit d'abord des douches chaudes générales doucement localisées autour du bassin et des bains de siège à eau courante un peu surchauffée. Ces applications faites quotidiennement apaisèrent les phénomènes douloureux et eurent une heureuse influence sur l'atonie du gros intestin. On eut recours ensuite aux douches tempérées qui amoindrirent l'excitabilité nerveuse et l'on termina la cure par une série de douches écossaises générales et locales dont les effets résolutifs produisirent une guérison à peu près complète de l'affection utérine. Sous l'influence de ce traitement la malade ne tarda pas à être débarrassée de ses accidents neurasthéniques et à conquérir un bien être physrque et moral qu'elle n'avait jamais connu.

Type LXXVIII. — Neurasthénie. — Déviations et déplacements de l'utérus.

Dans ce type je puis faire figurer plusieurs malades atteintes presque toutes de la même affection utérine après laquelle on a pu constater le développement des principales manifestations de la neurasthénie. Je me contenterai de ne citer qu'un simple fait qui montre dans toute sa clarté l'évolution de cet ensemble pathologique. C'est celui d'une jeune femme délicate et nerveuse qui, dans une période de dix années, a mis au monde cinq enfants et fait une fausse couche.

Après ces épreuves dont plusieurs ont été assez pénibles, les organes génitaux sont devenus le siège de phénomènes congestifs longtemps rebelles à tous les traitements et de phénomènes doulou-

l'hydrothérapie dans la neurasthénie causée par une affection utérine 223

reux toujours exaspérés par la marche et par les promenades en voiture. Désespérée de se voir condamnée à un repos qui n'avait aucun attrait pour elle, la jeune impotente éprouva un grand découragement, devint tour h tour irascible et languissante, se plaignant constamment d'une céphalée constrictive qui paralysait ses facultés intellectuelles et l'empêchait de maîtriser l'excitabilité de ses nerfs. On lui conseilla de prendre une série de douches tempérées qui calmèrent son agitation sans parvenir à modifier sensiblement les accidents neurasthéniques. Ses parents, désespérés de voir que cette maladie restait à peu près stationnaire dans sa marche, eurent l'heureuse idée de consulter un chirurgien qui constata immédiatement une forte rétro-flexion et un prolapsus de la matrice dont le col était le siège d'une congestion passive montrant sur certains points les traces d'une infiltration de liquides.

Cet habile praticien exécuta avec succès le redressement manuel de ce viscère et parvint, à l'aide de lavages spéciaux, à modifier très avantageusement son état congestif, Sous l'influence de cette amélioration locale, la jeune malade vit s'amender sensiblement les manifestations de la neurasthénie et retrouva une part de son ancienne énergie. Pour compléter la cure, on fit prendre tous les jours à la malade une douche générale froide et très courte qui produisit sur son organisme une action tonique très manifeste. Afin de régulariser la circulation abdominale on adjoignit à cette douche un bain de siège à eau courante froide assez limité dans sa durée et complété plus tard par une douche hypogastrique doucement projetée sur la région pubienne.

Ce traitement fut suivi très régulièrement pendant plusieurs mois ; il eut pour résultat de libérer la matrice de toutes ses perturbations et de lutter avec une certaine efficacité contre les troubles neurasthéniques qui ne disparurent complètement qu'après la guérisonde l'affection génitale.

J'ai vu un grand nombre de faits analogues à celui que je viensde transcrire ; il me semble inutile de les énumérer. En revanche, je ne puis m'empècher de dire que j'en ai observé d'autres dont l'évolution a été moins favorable. Quelques malades de ce dernier groupe n'ont pu obtenir leur guérison. Je ne suis pas éloigné d'attribuer ces insuccès à leur caractère indécis, inconstant ou rebelle, au délabrement de leur constitution, aux mauvaises influences de leur entourage, aux conséquences fâcheuses d'une hygiène mal conçue et peut-être même au découragement du médecin traitant.

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