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TRAITEMENT APPLICABLE AUX DÉFECTUOSITÉS DE LA CROISSANCE

et provenait, comme elle, d'une déperdition exagérée des phosphates. Mon distingué confrère dont la compétence est si grande dans toutes les questions qui concernent la croissance, m'affirma, pour défendre son opinion, que les substances phosphorées ont une action prépondérante sur le développement du corps humain. Selon lui, leur grand réservoir se trouve dans les tissus articulaires et dans les os. Lorsqu'une croissance incorrecte ou trop rapide a épuibé ce réservoir naturel la nature qui n'abandonne jamais son droit de surveillance fait des emprunts de phosphore aux organes qui en ont le plus. C'est ainsi que les centres nerveux se trouvent dépouillés de celui qu'ils possèdent. Victimes d'un rapt incessant ces centres perdent une de leurs plus importantes ressources et deviennent le siège d'un épuisement et d'une irritabilité qui déterminent l'avènement de la neurasthénie. Cette explication exclusivement basée sur les échanges chimiques qui ont lieu dans certaines régions de l'encéphale offre beaucoup d'attraits et est soutenue par beaucoup de médecins. Elle admet, conformément aux expériences du professeur Chauveau que tout travail physiologique, ou plus simplement, que le travail nutritif auquel est due la génération de nos tissus a pour point de départ ou pour levier principal l'énergie que les êtres vivants empruntent par leur ingesta au monde extérieur, et, pour origine directe ou immédiate, la force vive développée par les réactions chimiques qui en s'efïectuant sans arrêt dans tous les éléments histologiques accomplissent ce travail nutritif.

Partant de ce principe, le Dr Springer indique quelques-unes des substances qu'il croit capables de soutenir l'énergie de la croissance.

Il engage à faire un constant usage des lécithines, surtout de celles qui sont empruntées aux végétaux, parce que le phosphore qu'elles contiennent est plus assimilable que celui qui provient des lécithines d'origine animale.

Il recommande l'emploi de la potasse qui a, dès son entrée dans le corps, la précieuse faculté de transporter facilement dans les cellules les éléments de nutrition puisés dans la lymphe que l'on considère aujourd'hui comme le grand milieu intérieur de l'organisme.

Il conseille aussi les oxydases, sorte de ferments dont la mission est de transformer les substances nutritives renfermées dans les aliments. On sait, en effet, que l'oxygène recueilli dans tous les milieux où il se trouve, surtout quand il est à l'état naissant, joue un rôle considérable ; il préside, pour ainsi dire, à la régénération de la vie.

NOMBREUX ACCIDENTS NERVEUX LIÉS ATX [RRÉGULARITÉS DE LA CROISSANCE. 243

Il insiste enfin sur la nécessité de boire quotidiennement de l'eau bien purifiée, parce qu'elle a un pouvoir d'imbibition qui ramollit, comme il convient, les substances réparatrices trop solides en leur permettant ainsi de circuler librement dans les vaisseaux. Après les avoir délayées, elle les amène dans les cellules formatrices et rapporte les déchets qu'elles ont produits vers les organes qui sont chargés de les éliminer.

Ce traitement est logiquement conçu; mais il est imcomplet parce qu'il n'accorde pas une assez grande part à l'intervention de l'eau à l'extérieur. Le Dr Springer sait bien que l'hydrothérapie a une très grande influence sur tous les actes de la nutrition, qu'elle peut notamment augmenter l'assimilation quand elle est en détresse et ralentir la désassimilation quand elle est trop accélérée. Il n'ignore pas l'action salutaire qu'elle exerce sur la chaleur animale et sur l'accomplissement des oxydations organiques ; il a eu souvent l'occasion d'apprécier ses effets sur toutes les fonctions du corps humain, notamment sur la circulation, sur l'innervation; il sait bien qu'elle impose à chacune d'elles des modulations qui s'étendent de l'excitation la plus vive à l'apaisement le plus complet.

Je crois donc que cette méthode thérapeutique est applicable à la plupart des accidents de la croissance. Et, j'ajoute qu'elle convient particulièrement aux adolescents qui, dans leur période d'évolution organique, sont atteints de neurasthénie. Le type que je viens de citer m'en fournit une preuve irrécusable.

Type LXXXVII. — Neurasthénie. Accidents nerveux de la croissance.

Je vais dans ce type esquisser la silhouette d'un petit malade dont la croissance a été troublée par des désordres nerveux assez variés et notamment par une véritable accès de neurasthénie.

Il est venu au monde portant les stigmates d'une hérédité nerveuse déplorable. Durant les premières années de son existence, son corps se développa avec lenteur, il resta longtemps grêle, sans relief musculaire et sans vitalité. Son sang appauvri dans ses éléments et irrégulièrement distribué dans ses vaisseaux semblait être incapable de faire frisonner son visage qui avait presque toujours un aspect blême et flétri. Le médecin crût se trouver en présence d'un dégénéré ou d'un être irrévocablement condamné à l'infantilisme. — Il conseilla un traitement énergique dont les résultats furent liés satisfaisants. C'est à la mère de cet enfant que /ut confiée l'application de cette cure difficile. Les soins affectueusement obstinés de cette femme éner-

244 de l'hydrothérapie chez les adolescents éprouvés par la neurasthénie.

gique eurent un grand succès et développèrent chez le jeune malade des forces physiques et une énergie morale qu'il n'avait jamait connues. Ce résultat inattendu produisit une joie extrême qui fut malheureusement troublée par l'apparition d'une danse de saint Guy due très vraisemblablement à une influence névrosique héréditaire non encore éteinte.

Cette chorée se traduisit par des convulsions très étendues qui intéressèrent tous les groupes musculaires. Elle dura peu de temps; et sa disparition parut être le point de départ d'une croissance qui atteignit de grandes proportions sans provoquer le moindre accident. Ce jeune homme supporta vaillamment ces difficiles épreuves; il devint plus vigoureux, pût reprendre sans difficulté ses travaux intellectuels un instant interrompus et se livrer à tous les exercices corporels qui conviennent aux adolescents de son âge.

Malgré cette réelle amélioration le jeune homme dût payer un nouveau tribut à son hérédité névropathique. Il fut, sans cause appréciable, atteint d'une incontinence d'urine qui se manifestait toutes les nuits. Le père du malade attribua ces fréquentes inondations nocturnes à la mauvaise volonté de son fils; et il essaya de le redresser par de violentes remontrances qu'il accompagnait souvent de corrections matérielles assez vives. Ce traitement paternel aussi défectueux qu'inhumain n'eut d'autre résultat que d'ébranler démesurément le système nerveux du jeune malade et de provoquer l'explosion d'une neurasthénie. Cette névrose, née sous l'influence d'un traumatisme trop souvent renouvelé, et, préparée ou entretenue par les fâcheuses prédispositions organiques dont le patient portait le germe depuis sa naissance, eut une durée fort longue. Elle résista à tous les traitements mis en usage et ne céda qu'à une cure hydrothérapique régulièrement suivie et très prolongée.

Après sa guérison le jeune homme entra dans une maison de banque où il ne tarda pas à donner les preuves d'une grande résistance physique et d'une culture intellecluelle très appréciée. Sa situation sociale est aujourd'hui très enviable; sa santé relativement bonne n'est troublée que par des perturbations nerveuses qui sont toujours fugitives et sans importance.

Neurasthénie développée citer des malades atteints de maladies infectieuses aiguës ou chroniques. — Grippe ou influença. — Fièvre typhoïde. — Dipthérie . — Tuberculose. — Impuladisme. — Syphilis.

Type LXXXVIII. — La neurasthénie et la grippe.

Dans ce type et dans les suivants je vais citer des observations qui démontrent que la neurasthénie peut se développer à la suite ou sous l'influence d'une maladie infectieuse prenant la forme de la grippe ou de l'influcnza, de la fièvre typhoïde et de la diphtérie.

Je commence par signaler le cas d'une malade chez laquelle la grippe ou l'influenza, si l'on tient à employer ce joli nom, a paru déterminer l'apparition d'une neurasthénie. Je dois tout d'abord dire que la personne dont il est ici question a toujours été très nerveuse et fort souvent importunée par des manifestations rhumatismales.

Elle a payé son tribut à la grippe en même temps que ses parents chez lesquels cette maladie contagieuse s'est révélée sous des aspects très différents. L'un d'eux avait un coryza compliqué d'otite, l'autre une bronchite avec fièvre, un troisième un véritable catarrhe des voies aériennes qui fui remplacé, au bout de quelques jours, par une vive irritation gastro-intestinale. Chez ma malade la grippe se traduisit par un mouvement fébrile, apparaissant surtout à la fin du jour, auquel vinrent successivement se surajouter de la céphalée, de l'asthénie cérébro-médullaire, une courbature générale, de l'insomnie, quelques étoufîements peu accentués et sans toux, de l'inappétence et de la constipation.

Cette collection familiale de grippe mérite d'être signalée à ceux de nos confrères qui recherchent avec un louable zèle la nature de cette maladie épidémique dont le caractère contagieux semble indéniable. Quelques-uns de ces confrères admettent que cette affection est due à plusieurs microbes, mais ils ne sont pas en mesure de nous indiquer quel est celui de ces infîniments petits qui possède le pouvoir exclusif de la produire. Si je le connaissais c'est lui que j'accuserais d'avoir engendré les symptômes neurasthéniques développés chez ma malade dans le cours de son influenza. Je sais bien que certains médecins n'hésitent pas à affirmer que la neurasthénie grippale a toujours une origine microbienne bien déterminée. Mais je dois reconnaître que cette opinion radicale est encoiie discutée. Quelques uns de ces confrères dissidents pensent que cette névrose est le résultat du grand ébranlement produit par la grippe dans toutes les fonc-

tions de l'innervation. D'autres admettent volontiers qu'elle est due aux altérations que la maladie épidémique introduit dans la composition du liquide sanguin. D'après ces derniers le sang, ainsi contaminé, pénètre dans les centres nerveux, répand l'infection sur tous les tissus, pervertit leur irritabilité fonctionnelle, trouble leurs mutations nutritives et prépare l'explosion de la neurasthénie.

Je laisse à de plus compétents que moi le soin de désigner quel est, parmi ces agents provocateurs, celui qui semble le mieux favoriser l'explosion du syndrome de Beard chez les grippés. Je ne suis certes pas éloigné de croire qu'ils ont tous une véritable influence mais je dois avouer que souvent cette influence a besoin d'être aidée par d'autres causes au nombre desquelles figurent les prédispositions constitutionnelles que l'on sait capables d'infliger au système nerveux des défaillances particulières dont les praticiens connaissent la portée. C'est du moins ce qui m'a été révélé par certains faits au nombre desquels se trouve celui de la malade que je fais figurer dans ce type.

Cette malade eut tout d'abord un mouvement fébrile qui s'accentuait particulièrement dans la soirée. Au bout de quelques jours il se produisit une véritable détente qui fut considérée comme le prélude de la guérison. Mais pendant cette accalmie apparente la grippe eut des retours offensifs qui, en se renouvelant assez souvent, déterminèrent un épuisement nerveux, de la céphalée, des phobies, des tristesses inexplicables et cette mentalité spéciale qui caractérise la maladie de Beard.

Ces perturbations furent peu à peu amendées; et la malade put environ six semaines après le début de sa grippe être soumise à un traitement hydrothérapique. Elle prit une série de douches agréablement chaudes qui l'aidèrent à restaurer sa santé.

A côté de ce cas où l'on voit apparaître la neurasthénie pendant la période aiguë de la grippe, je puis en signaler d'autres dans lesquels la neurasthénie se manifeste plus tardh ement et ne révèle ses symptômes fondamentaux que lorsque l'affection contagieuse est à son déclin ou a complètement disparu.

Dans ces deux circonstances les phénomènes nerveux ont une allure identique et obéissent probablement aux mômes influences causales. Ils disparaissent facilement quand on envoie ces malades dans les pays ensoleillés ou qu'on les soumet à un traitement hydrothérapique bien conçu.

Type LXXXIX. — Neurasthénie et lièvre typhoïde.

Dans ce tvpe je puis placer des faits qui indiquent les relations que la neurasthénie peut avoir avec la fièvre typhoïde. Cette affection infectieuse essentiellement aiguë que Bretonneau et Trousseau attribuaient à l'influence mystérieuse d'un génie malfaisant est considérée, depuis les grandes découvertes de Pasteur, comme une maladie microbienne engendrée parle bacille d'Eberth. Elle exerce sur l'organisme tout entier une terrible action désorganisât™ ce, altère tous les éléments du sang- et produit, surtout quand elle revêt sa forme ataxoadynamique, un ensemble de symptômes qui attestent nettement l'excitation et l'épuisement du système nerveux. Il n'est donc pas extraordinaire qu'elle puisse favoriser le développement de la neurasthénie. Toutefois je dois ajouter que cette névrose, apparaissant en général pendant la convalescence, se développe surtout chez les typhiques qui ont manifesté à plusieurs reprises de nombreuses perturbations fonctionnelles trahissant une excessive impressionnabilité de leur système nerveux. J'en ai notamment soigné trois qui ont eu une véritable neurasthénie imputable à des émotions extrêmement pénibles et à des prédispositions nerveuses héréditaires ou acquises. Quelques-uns des malades auxquels je fais allusion et dont j'évoque le souvenir pour donner gain de cause à ma déclaration, ont montré cette curieuse particularité d'être débarassés de leur dothiénenthérie le jour où ils sont devenus neurasthéniques.

Bien que cette névrose ne se soit développée qu'au moment où l'on pouvait supposer que le bacille provocateur avait perdu toute sa virulence, quelques médecins n'ont pas hésité à affirmer sa nature infectieuse. Je n'ai aucune répugnance à adopter cette manière de voir, si l'on veut m'accorder, — et les faits justifient mon exigence, — que le grand ébranlement nerveux causé par la dothiénenthérie ainsi que les tares d'une hérédité nerveuse incontestée semblent avoir une grande influence sur le développement de cette neurasthénie.

Du reste, quelle que soit l'interprétation doctrinale qu'on adopte, la formule tbérapeutique est à peu près invariable. C'est celle qui a rigoureusement dirigé la cure des malades dont je viens de parler. On les a engagés à vivre à l'air pur dans un pays salubre et à observer rigoureusement un régime lacté modifié, selon les circonstances, par l'adjonction prudente d'aliments de digestion facile. On leur a aussi conseillé de faire usage de diurétiques et de sudorifiques, de pratiquer souvent l'entéroclyse et de se soumettre à un traitement hydrothérapi-

que bien dirigé. Ce traitement doit débuter par de légères douches, courtes et à une température agréable. Elles permettent de bien apprécier le degré de résistance du sujet. Si l'expérience est favorable on a recours à des douches plus énergiques, toujours chaudes au commencement de la séance et progressivement refroidies à la fin de l'application. Plus tard on peut, sans inconvénient, recourir à l'usage de douches froides toujours peu prolongées et répandues convenablement sur toute l'étendue de la surface cutanée.

Type LXC. — La neurasthénie et la ùiphtérie.

Je n'ai jamais vu la neurasthénie se développer pendant la période aiguë de ta diphtérie. Elle n'apparaît guère qu'à la fin de cette maladie infectieuse qui, du reste, ne me semble avoir qu'une influence restreinte sur l'explosion de cette névrose. La diphtérie a évidemment une action nocive sur le système nerveux et produit quelquefois des phénomènes paralytiques qui ont une certaine durée. Mais elle détermine rarement l'explosion de la véritable neurasthénie. Néanmoins, j'en ai observé quelques cas isolés ressemblant, par certains points, à ceux ceux qu'on rencontre après la grippe ou la fièvre typhoïde.

Les malades qui m'ont fourni ces rares exemples ont à coup sur conservé dans leur organisme le germe de l'infection qu'ils avaient contractée, et l'on a pu supposer que la neurasthénie survenue après la dipthérie était d'origine microbienne. Mais je dois dire qu'on découvrait dans les antécédents de ces malades et dans l'importance de leur héritage pathologique bien des causes capables d'expliquer l'explosion de cette névrose. Je dois même ajouter que chez quelques malades cette apparition avait été précédée et probablement provoquée par des commotions violentes ou par un surmenage démesuré.

Je n'insiste pas sur cette interprétation que viennent troubler des coïncidences difficiles à expliquer. Je n'en parle que pour attester la valeur curative de l'hydrothérapie contre les accidents neurasthéniques ostensiblement liés à certaines formes de la diphtérie.

Des rapports de la neurasthénie avec certaines maladies infectieuses évoluant sous la forme d 'une affection chronique.

Type LIXC. — La neurasthénie et la phtisie.

Ce type est destiné à mettre en relief les principaux accidents de neurasthénie qu'on observe chez des phtisiques. J'ai soigné beaucoup de tuberculeux; presque tous étaient au début de leur mal; et certains

d'entr'eux n'avaient pas encore franchi cette période prémonitoire où les symptômes expriment moins un état morbide matériellement constitué qu'une menace pour l'avenir. Ils prenaient des douches quotidiennes, courtes, chaudes et presque toujours attiédies ou même rafraîchies à la fin de l'application. Mon ami le Dr Lieberman avait recueilli les observations de ces nombreux malades; et, il se disposait aies publier lorsque la mort est venue le surprendre. Je n'ai pas pu me les procurer; et c'est en faisant un grand appel à ma mémoire qu'il m'a été possible de fixer leurs principaux traits. Je me souviens notamment que ces tuberculeux ont présenté très rarement les véritables signes de la neurasthénie et néanmoins ils avaient presque tous des prédispositions constitutionnelles capables de favoriser sa manifestation. Des observations plus récentes m'ont permis de constater des faits analogues.

On rencontre chez les phtisiques, surtout au moment où leur maladie fait son apparition, des désordres nerveux qui se rapprochent plutôt des psychopathies que des névropathies proprement dites. Ces sensitifs, la plupart très raffinés, ont souvent des crises de mélancolie qu'ils ne redoutent guère et dont ils se servent pour voiler les aberrations sentimentales qui troublent leur esprit. Je me contente de signaler en passant cette mentalité des phtisiques ne voulant ici m'occuper que de la neurasthénie qui peut les atteindre.

Cette névrose spéciale ne se développe chez eux que lorsque la tuberculose — probablement par l'intermédiaire de ses bacilles — a déterminé une perversion de l'irritabilité fonctionnelle des centres nerveux, un épuisement de leur force motrice ou un trouble de nutrition dans leurs cellules. Alors seulement elle peut faire son apparition, surtout si l'organisme envahi a préalablement subi les épreuves d'une grande fatigue ou d'une violente commotion.

Parmi les faits pouvant figurer dans cette catégorie je vais en citer un qui, précisément, concerne un de mes confrères. Dans le cours de ses études médicales il eut à plusieurs reprises des bronchites presque toutes compliquées d'hémoptysie. Ses maîtres le soignèrent très affectueusement : mais après avoirprocédé aune sérieuse auscultation de sa poitrine, il crurent reconnaître au sommet du poumon les signes précurseurs d'une phtisie pulmonaire en voie d'évolution. Ils lui conseillèrent île suspendre ses travaux intellectuels et d'aller à la campagne respirer un air plus pur que celui du Quartier Latin où il habitait. Pour obéir è ces prescriptions qui avaient toutes les apparences d'un arrêt implacable, il s'installa *à Auteuil où, dès

son arrivée, il eut un véritable accès de neurasthénie que les médecins consultés attribuèrent à sa faiblesse organique et à l'émotion causée par les brusques changements imposés à son existence.

Il me demanda de le soumettre au traitement hydrothérapique et de lui administrer des douches chaudes très courtes dont il connaissait l'action reconstituante. Cette cure suivie avec autant de régularité que de confiance eut de très heureux résultats. Elle ranima son énergie physique et remit ses facultés intellectuelles en plein exercice. Ce retour à la santé lui permit de composer sa thèse doctorale, sorte d'auto-biographie dans laquelle il décrivit toutes les phases de sa propre histoire pathologique. Cette tentative personnelle lui valut l'approbation de ses juges qui furent heureux de louer à la fois son talent d'écrivain et sa culture scientifique.

Fier de ce succès il eut aussitôt l'idée d'affronter la lutte des concours ; mais ses amis lui firent comprendre qu'il s'engageait dans une voie périlleuse où le triomphe était souvent précédé et suivi de déceptions fort pénibles qui pourraient nuire à sa santé. Ces remontrances amicales le troublèrent et lui firent payer un léger tribut à la neurasthénie; mais elles le préparèrent à prendre une détermination décisive qui eut sur son existence une salutaire influence. Il partit pour l'Algérie et trouva dans ce pays hospitalier une résidence salubre et bien ensoleillée où il pût exercer la médecine selon ses forces et selon ses goûts. Aimé de ses clients, estimé par tous ses confrères, il ne tarda pas à acquérir une réputation enviable qui lui permit de vivre confortablement à l'abri de tout souci et de toute fatigue.

Les tuberculeux, surtout ceux dont la mentalité révèle descendances mélancoliques, ont des accès de neurasthénie qui ressemblent, par certains points, à ceux qu'a présentés le malade du précédent type. Quelques médecins affirment qu'ils ont une origine microbienne et accusent le bacille de Kock de commettre ce petit méfait. Leur démonstration ne semble pas irrécusable. D'autres confrères se contentent d'attribuer la neurasthénie des phtisiques à leur épuisement nerveux et à leur dépression organique ou aux troubles de nutrition que provoque la tuberculose. Certains neurologistes n'hésitent pas à en rendre responsable la persistance de ces perturbations pénibles qui font souvent naître dans l'esprit du malade des illusions éphémères et desjrêves presque insensés.

La neurasthénie et l' impaludisme. — L'impaludisme est dû à la présence dans le sang d'un hématozoaire spécial, découvert et décrit par Téminent professeur Laveran il y a plu,s d'un quart de siècle. On consi-

dère cette affection comme une maladie infectieuse et on donne ce qualificatif à toutes les perturbations qu'on croit être placées sous sa dépendance. C'est ainsi que, pour certains auteurs, la neurasthénie des impaludiques est une névrose infectieuse de nature microbienne. On sait bien, en effet, que l'hématozoaire arrive facilement par la voie sanguine, dans la rate, le foie, les reins, les poumons; mais on sait aussi que ses visites au cerveau sont assez rares. En admettant qu'il pénètre dans les centres nerveux, est-ce en opérant lui-même sur ces centres qu'il les invite h créer la neurasthénie, ou bien est-ce en leur apportant des 'toxines capables de produire les mêmes désordres? Cette question est difficile à résoudre; et, pour se soustraire à cette obligation, beaucoup de médecins aiment mieux croire que la neurasthénie, dans ce cas, n'a pas un caractère infectieux et paraît plutôt se développer sous l'influence de l'immense détérioration organique que provoque l'impaludisme. Cette opinion paraît être logique.

Quand la malaria reste en quelque sorte à l'état aigu, se traduisant par les manifestations fébriles que nous connaissons tous, la neurasthénie apparaît très rarement. Quand, au contraire, elle suit cette marche chronique qui conduit à la cachexie, ou qu'elle prend cette forme larvée que révèlent souvent des troubles nerveux caractéristiques, comme certaines névralgies, des vomissements, des palpitations, etc., on voit parfois se dessiner les véritables symptômes de la neurasthénie. Pour bien comprendre l'évolution de cette névrose il faut toujours recourir aux données cliniques qui, en offrant au praticien de sérieuses garanties, lui permettent d'apprécier judicieusement les faits soumis à son observation. Dans ma collection personnelle je vais en choisir un qui présente un ensemble de phénomènes intéressants à signaler.

Type LVIIIC. — Neurasthénie et impaludisme.

Ce type représente' un cas de neurasthénie développée chez un .malade doué d'un tempéramment neuro-arthritique et manifestement atteint d'impaludisme. Il était considéré dans son entourage comme un homme entreprenant et actif possédant toutes les qualités d'un négociant fort habile. Tout jeune encore il se rendit à Java et créa dans cette ville un comptoir dont l'extension rapide lui permit de gagner une assez grande fortune. Ses longues explorations à travers le pays indien, l'exagération de ses efforts intellectuels, les'pénibles fatigues qu'il semblait braver impunément compromirent 'sa santé

TROUBf.ES NERVEUX LIES A L IMPALUDISME.

restée jusqu'alors à l'abri de toute défaillance. Il ne tarda pas à ressentir des douleurs de tète très vives qui l'obligèrent à suspendre ses occupations quotidiennes. A ces premières souffrances succédèrent des crises épileptiformes qui heureusement disparurent assez vite sans laisser dans son organisme aucun reliquat inquiétant. A peine remis de cette rude épreuve, il fut atteint d'un accès de fièvre précédé par un frisson extrêmement violent et suivi d'une transpiration très abondante. C'était la manifestation classique d'un empoisonnement palustre. Il eut une série d'accès de même nature qui, après avoir pris tout d'abord la forme tierce, devinrent quotidiens, apparaissant à peu près aux mêmes heures du jour. On lui conseilla de faire usage du sulfate de quinine qui produisit des effets très salutaires. Pour se soustraire au retour offensif de son mal, il prit l'habitude de boire tous les jours une tasse de café dans laquelle il incorporait une macération de quinquina préparée avec du vin blanc. Il accordait à ce breuvage assez désagréable une vertu anti-fébrile prodigieuse.

Satisfait d'avoir retrouvé sa santé et désireux de se soustraire aux influences d'un climat malsain, il céda son établissement industriel, revint en France et s'installa dans une agréable demeure que son père lui avait léguée et qui se trouve dans une des contrées les plus riantes de la région pyrénéenne. Il embellit ce petit castel où il était né et chercha à renouer les relations que son long séjour en Orient avait, natuiellement interrompues. Dans ses visites, il fit la connaissance d'une charmante personne qui produisit sur lui une très agréable impression. Quelques semaines après cette sensationnelle rencontre, il se fit présenter au père de la jeune fille et lui demanda de l'agréer pour gendre. Pour des raisons personnelles le père de famille rejeta cette proposition matrimoniale. Le prétendant, surpris par ce refus inattendu et non motivé, quitta sa nouvelle résidence et se décida à faire un voyage d'agrément pour calmer son humiliation et atténuer son chagrin. Ce déplacement ne lui fut pas favorable. Il eut, en arrivant à sa première étape de nouvelles crises épileptiformes qui lui parurent semblables à celles d'autrefois et qui l'obligèrent de rentrer chez lui. Les soins qu'on lui donna améliorèrent sa santé, mais ne parvinrent pas à la rétablir complètement. Toutefois, il éprouva une grande satisfaction qui l'aida à supporter courageusement ses misères, en apprenant que la jeune personne dont il voulait faire sa femme avait, dans maintes circonstances, manifesté pour lui une réelle sympathie. Craignant de voir s'évanouir un espoir qui lui sem-

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