I,A FÊTE U
Et par-delà, s'il survit à lui-même.
Ce que le ciel a formé de plus beau , Car c'est ainsi que l'on voit ce qu*on aime.
Vénus sourit, ^ dit à chaque amant :
— « Oui, je vous crois; aucun de vous ne ment. <c Vivez unis ; tant mieux si cela dure !
« Vous l'espérez; j'en accepte l'augure.
(( Mais point de gêne et point d'ragagement.
a Avec plaisir je reçois le serment ,
« Et sans humeur je verrai le parjure. »
Alors se lève un jeune et beau docteur
Qui, d'Épicure éloquent sectateur.
Fait de Vénus l'éloge le plus ample.
— « Elle n'a point, dit l'aimable orateur, u Borné sa gloire à l'enceinte d'un temple.
« Son culte embrasse et la terre et les cieux.
<( L'astre du jour, dans sa course féconde,
(( Échauffe, anime, électrise le monde
« Moins que Vénus , d'un i*egard de ses yeux.
A son attrait à l'envi tout se livre.
(( Elle adoucit les monstres des déserts.
« Partout , sans cesse , on brûle de la suivre ; « Et jusqu'aux bords qu'assiègent les hivers.
m CHANT NfiUYIÈME.
» On vit par elle, ^ pour eUe on veut vivre.
« Suivez, mortels, cet instinct glorieux :
« C'est le plaisir qui vous égale aux dieux, tt Mais à quoi bon vous animer encore?
« Jeunes, charmants et surtout vigoureux, (( Vous n'aspirez qu'au moment d'être heureux. a Allons, Amour! Ce peuple qui t'adore, u Sent comme moi l'aiguillcm du désir, tt Ouvre, il est temps, la harrière au plaisir ; c( Nous allons voir un nouveau inonde éclore. » Ces vers , mieux faits que je ne vous les dis , Furent goûtés, tout bas même applaudis.
Et dans l'instant la belle Cythérée, D'encens, de gloire et d'amour enivrée, Se rend au cirque à ses jeux solennels :
Ceux d'Apollon, de Neptune et d'Alcide, Aux diasips de Delphe, à Corinthe, en filide, Sont abolis ; les siens sont étemels. Dans -ce tournois , qui termine la fête , Vingt mille amants sont rangés tête à tête Sur le glacis, doucement incliné, D'un gazon frais, tendre, souple, élastique^ Théâtre hument , au plaisir destiné,
Dont un bois fiombre est Tauguste portique :
Sur un sopha qui s'élève au milieu,
Vénus paraît avec son jeune dieu.
L'essaim brillant des plaisirs l'environne.
On voit le faune avec elle enchaîné;
On voit l'Amour, comme un enfant bien né.
Mettre à ses pieds son arc et sa couronne.
Le peuple attend que le signal se donne.
Et dans l'instant le signal est donné.
Incontinent, tel qu'un feu d'artifice
S'élève en gerbe et sillonne les airs.
Tels, au moment de ce grand sacrifice,
Cent mille amours, plus prompts que les éclairs,
Partent ensemble, et leur flamme propice
D'un pôle à l'autre embrase l'univers.
Gela veut dire, en langage vulgaire.
Qu'on fait partout ce qu'au faune on voit faire.
Qu'il était beau ! qu'il fut bien secondé !
Tel à Rocroi l'on vit le grand Condé,
Sur un coursier qui portait la victoire ,
Donner l'exemple aux amants de la gloire.
Les dieux, du haut des lambris étoiles,
D'un œil jaloux observant cette fête.
Sentent le fen qui leur monte à la tète.
— « Quoi! disent-ils, sommes-nous mutilés « Ou dans le ciel sommes-nous exilés?
c( Que fais^je ici ! le beau temps et la pluie , « Ou quelquefois de brillants s^penteaux , « Dit Jupiter. Quoi! jusqu'aux végétaux, « Là-bas tout aime, et chez moi je m'ennuie!
« Suis-je donc fait pour garder les manteaux ? « Non , pour moi-même il est temps que je vive, « A moi, mon aigle, et qui m'aime me suive. » En vain Junon , le voyant si dispos , Le conjurait de lui rester fidèle.
— « Y pensez-vous? Une femme immortelle, « Dont le mari ne sera jamais veuf,
c( Serait , dit-il , encore assez cruelle « Pour exiger qu'il ne vît rien de neuf, « Et que sans cesse il fût occupé d'elle !
« C'est se moquer, madame, aimez ailleurs; « Prenez-en dix des plus beaux, des meilleurs : « La loi doit être égale et mutuelle :
« Je m'y soumets en dépit des railleurs ; « Mais entre nous point de chaîtie étemelle.
« Tout doit changer : c'est l'arrêt du Destin ; •
LA FÈTB. 445
a Et j'ai besoin d'une femme nouvelle. »
Ainsi parla notre vieux libertin.
Des courtisans un prince est le modèle.
Aussi les dieux ; à lui plaire occupés, Dès qu'ils l'ont vu s'élancer sur son aigle, Quittant l'Olympe, en chevaux échappés.
Dans leurs désirs n'ont plus ni frein ni règle. Les voilà donc parmi nous'descendus , Sur ces gazons les voilà répandus.
Mais dépouillés d'une gloire impoîtune.
Et sans façon dans la foule étendus, L'un sur la blonde, et l'autre sur la brune.
Le fils d'Alcmène et le dieu des combats.
L'ardent Pluton, l'impétueux Neptune, Jupiter même, en prenant ses ébats, N'est plus ici qu'homme à bonne fortune.
Dieux et mortels, dans le cirque amoureux, Sont tous égaux, car ils sont tous heureux.
Et dans le ciel que faisaient les déesses?
Bon ! dans le ciel les croyez-vous encor ?
Elles ont fait comme dans l'âge d'or , Couru les bois en nymphes chasseresses, A tous venants prodigué leurs caresses ,
Ou , SOUS des traits dans le monde inconnus , A cette fête arrivant déguisées , Leurs déités se sont humanisées ; Et Junon même est au bal chez Vénus.
Or, en cherchant quelqu'un qui la console, Dans un bosquet elle rencontre Éole, Qui culbutait une nymphe. — « Halte-là !
« Traître, dit-elle, en le prenant... par-là, « Où sont tes vents, ta pluie et ton orage?
« Quoi ! des zéphyrs , et pas un seul nuage ! « T'avais-je, ingrat, demandé ce temps-là?
« Viens m'apaiser , car je suis d'une rage ! ... »
Pris de façon à ne pas biaiser.
Le pauvre dieu travaille à l'apaiser.
Quand Jupiter, qu'on était loin d'attendre.
Passe et les voit , croit d'abord se méprendre.
— « Eh quoi! dit-il, vous, ma femme, ici-bas,
« Laisser ainsi profaner vos appas,
(( Et par un dieu d'une espèce aussi mince,
(( Au coin d'un bois , en nymphe de province !
« Dans cet état vous êtes belle à voir !
« Je vous l'ai dit, je permets la licence;
« Mais, en laissant de côté le devoir,
« Encor faut-il garder quelque décence.
« N'avez-vous pas dans l'Olympe un boudoir? »
A son aspect , le dieu des vents s'arrête ,
Le suppliant d'être bien convaincu
Que ce n'était qu'en faveur de la fête...
— « Éloigne-toi, vil souffleur de tempête,
a Dit Jupiter, ne me romps pas la tête;
(( Le roi des dieux ne peut être... vaincu. »
Junon, piquée et même un peu confuse
Que son époux eût surpris sa vertu
Dans un état qui n'a guère d'excuse.
Avec humeur se relève, et l'accuse
De ne jamais la laisser en repos.
Et d'arriver toujours mal à propos.
tt C'est bien à vous, dit-elle, de vous plaindre!
« J'ai trop souffert, je suis lasse de feindre. »
Et la voilà rappelant tous les tours
Qu'il lui faisait dans ses folles amours.
— « Gomment, dit-il, c'est elle encor qui gronde!
« Elle eût voulu qu'à son aise, à loisir,
(i On la laissât se donner du plaisir !
« Mille carreaux ! . . . » Le souverain du monde
ta^mmma^^ÊÊKÈ£Z
Fronçait déjà ses sourcils orageux, Et la Discorde allait troubler les jeux, Lorsque Vénus , descendant de son trône , Après avoir, d'un regard tendre et doux, Du couple auguste apaisé le courroux , En souriant leur présente son faune.
— (c Dieux immortels, je vous demande à tous « S'il est, dit-elle, assez digne de vous. »
Les faits ouïs , la neuvaine décrite , Tous ses rivaux , même les plus jaloux , En gens d'honneur rendent gloire au mérite.
— « Venez, mon gendre, et soupez avec nous, (( Dit Jupiter : ce sera chez ma fille.
« Je veux ce soir m'enivrer en famille.
« Demain matin l'Olympe radieux
« Sera témoin de votre apothéose ;
« Car le Destin , dont ma fille dispose,
(( À dit ces mots, consignés dans les cieux :
— « Quand il lui platt, la beauté fait les dieux. »
Thisbé, Sapho, Gléopâtre, Julie.
L^aventure de Pyrame et Thîsbé est trop connue pour qu'il soit besoin de la rappeler ici.
Ni ce Thésée, amant faible et perfide.
Thésée. Les poètes le désignent souvent sous le nom d'Érecthide, parce qu^on le regardait comme un des plus illustres descendants d'Érecthée. On rapporte plusieurs traits du courage et de la (orce dont Thésée fit preuve dès ses premières années. Les Trézéniens contaient qu'Hercule, étant venu voir Pitthée, quitta sa peau de lion pour se mettre à table. Plusieurs enfants de la ville, entre autres Thésée, qui n'avait que sept ans, attirés par la curiosité, étaient accourus chez Pitthée; mais tous eurent grand'peur de la peau de
lion, excepté Thésée, qui, arrachant une hache des mains d'un esclave et croyant voir un lion, vint pour Tattaquer. Egée, avant de quitter Trézènes, mit sa chaussure et son épée sous une grosse roche, et ordonna à Étbra de ne pas lui envoyer son fils à Athènes, qu'il ne fût en état de lever cette pierre. Â peine Thésée eut-il atteint l'âge de seize ans, qu'il la remua et prit l'espèce de dépôt qu'elle recelait, au moyen duquel il devait se faire reconnaître pour le fils d'Egée. Arrivé secrètement à Athènes, il parut tout d'un coup avec une robe traînante et de beaux cheveux qui flottaient sur ses épaules; et, s'approchant du temple d'Apollon delphinien, qu'on achevait de bâtir et dont il ne restait plus que le comble à faire, il entendit les ouvriers qui disaient en riant : « Où va donc cette belle grande fille ainsi toute seule ? » Il ne répondit rien ; mais, ayant dételé deux bœufs qui étaient près de là à un chariot couvert, il prit l'impériale du chariot et la jeta plus haut que les ouvriers qui travaillaient à la couverture du temple.
Thésée, avant de se faire reconnaître pour héritier du trône d'Athènes, résolut de s'en rendre digne; la gloire et la vertu d'Hercule l'aiguillonnaient vivement. Bientôt après, il vint à Athènes pour s'y faire reconnaître : il trouva cette ville dans une étrange confusion. Médée y gouvernait sous le nom d'Egée; et, ayant su l'amvée d'un étranger qui faisait beaucoup parler de lui, elle tâcha de le rendre suspect au roi, convint même de le faire empoisonner dans un repas que le roi devait lui donner. Mais, au moment où Thésée allait avaler le poison, Egée reconnut son fils à la garde de
son épée et chassa Médée, dont il découvrit les mauvais des* seins. Les Pallantides, voyant Thésée reconnu, ne purent cacher leur ressentiment et conspirèrent contre Egée, dont ils se croyaient les seuls héritiers. La conspiration fut découverte et dissipée par la mort de Pallas et de ses enfants, qui tombèrent sous les coups de Thésée; mais ces meurtres, quoique jugés nécessaires, obligèrent le héros à se bannir d'Athènes pour un an, et, après ce temps, il fut absous au tribunal des juges qui s'assemblaient dans le temple d'Apollon delphinien.
Les Athéniens, longtemps* après sa mort, lui rendirent les honneurs funèbres. Plutarque rapporte qu'à la bataille de Marathon on crut voir ce héros en armes, combattant contre les Barbares; que, les Athéniens ayant consulté làdessus l'oracle d'Apollon, il leur fut ordonné de recueillir les os de Thésée, ensevelis dans l'île de Scyros, de les placer dans le lieu le plus honorable et de les garder avec soin. L'embarras fut de trouver ces os : pendant qu'on les cherchait de tous côtés par les ordres de Gimon, il vit heureusement un aigle qui becquetait un lieu peu élevé et tâchait de l'entr'ouvrir avec ses serres. Frappé d'abord comme d'une inspiration divine, dit l'historien, il fit fouiller dans le même endroit et trouva la tombe d'un fort grand homme avec le fer d'une pique et une épée. Gimon fit transporter le tout à Athènes; ces restes du héros furent reçus par les Athéniens, et il y eut des processions et des sacrifices, comme si c'eût été Thésée lui-même qui fût revenu. On les déposa dans un superbe tombeau élevé au milieu de la ville, et, en
ISS NOTES DO CHANT NEDVIÈHE.
mémoire du secours que ce prince avait dooné aux malheureux peadant sa vie, et de la fermeté avec laquelle il s'était exposé aux ÏDJusLices, son tombeau devint un asile sacré pour les esclaves; ensuite ou lui bâtit un temple dans lequel il reçut des sacrifices le huitième de chaque mois, outre une grande fête qu'on lui assigna au 8 octobre, parce qu'il était revenu ce jour-là de l'Ile de Crète.
Notice bio-bibliogbapriqub i
AYAIIT- PROPOS XI
CHANT PREMIER
Lb Songe 3
Sommaire. — Préférence donnée pu* le poète à tous les sujets mythologiques. Vénus s'endort dans un bosquet, et son sommeil est enchanté par un songe voluptueux : un faune arrive, en profite, et lui platt. Vénus le fait monter avec elle sur son char.
Le Ghab 15
SoMM AiBB. — Le faune et Vénus traversent la plaine azurée. Description du voyage. Vénus fait remarquer au faune que, sur la terre, tous les mortels sont heureux d'aimer; mais tout à coup le ciel s'obscurcit, les
iiiiageB s'amoncelient; c'est la Jalousie qui veut susdter on orage pour troubler le bonheur des deux amants.
L*Orace 25
Sommaire. — La Jalousie va se plaindre aux dieux de la conduite de Vénus ; tous ceux qu'elle a dédaignés, furieux de voir qu'elle préfère un faune, se plaignent à Jupiter. Mars se rend aux antres de Lemnos, saisit le tonnerre et le lance au char des amants ; mais Jupiter arrive, rend le calme au ciel, et les amants dirigent leur course vers Gythôre.
Le Bain , 45
Sommaire. — Les amants arrivent à Gythère : tous les Amours viennent au-devant de Vénus ; les Grâces les suivent, et conduisent leur mère à son palais. Description du jardin. Vénus descend au bain ; le ^une l'accompagne, et les Grâces s'éloignent.
Le Réveil de l'Amodr 61
Sommaire. — Vénus remet sa ceinture et engage le faune à aller voir l'Amour; elle lui fait admirer son Sis endormi, et lui raconte qu'elle est allée consulter le Destin sur l'ennui qu'elle éprouvait, et qu'il lui a annoncé que tous ses chagrins finiraient aussitôt qu'elle aurait conçu l'Amour. Vénus, transportée, s'incline pour embrasser son fils; mais le faune fait du bruit, l'Amom* se réveille, et Ua vont souper ious les trois.
Le Souper 73
Sommaire. — Le (aune se met & table avec Yéniu et rAmour ; UsGraees prennent leur lyre. Aglaé peint l'enfance de TAmoiir et ses conquêtes, les amours d*Antiope et de Pasiphaé, etc., etc. Thalie chante et danse un dithyrambe en s'accompagnant du tambourin ; mais son chant est si animé et si expressif, qu*un vertige soudain s*empare de tous ceux qui écoutent, et on se livre aux plus bruyants transports.
Le Godcheii . d9
SoHH AIR E . — Les amants se couchent, et TAmour va demander à TAurore un beau jour pour la fôte de Vénus, que Ton célèbre le lendemain : TAurore Técoute avec intérêt et paraît disposée à lui tout accorder, mais elle y met une condition; elle lui raconte le chagrin que lui cause la vieillesse précoce de Tithon, et lui demande son rajeunissement : TAmour lui indique un moyen, et TAurore, enchantée de voir qu*il réussit, lui promet le plus beau jour qui ait jamais lui pour Tunivers.
Le Lever il7
Sommaire. — Junon, qui déteste Vénus depuis le jugement de P&ris, et qui ne peut lui pardonner d*avoir eu la pomme destinée à la plus belle, a résolu de troubler sa fête ; elle va trouver Éole, et la fière déesse obtient de lui qu'il déchaînera les vents; déjà on aperçoit des traces de leur passage : des vaisseaux sont brisés, des arbres déracinés, etc., etc., lorsque l'Aurore, l'econnaissante des bontés de l'Amour, apaise les vents, et rend au ciel sa sérénité. Vénus et le faune s'éveillent en ce moment.
CHANT NEOVIÈHE.
La FÉtï 135
SOBVAiiB. — VénuB ee lève, et sa ptrore n'est qu'an négligé gahnt : elle M rend à son temple; elle est longtemps en route, parce qu'elle est obligée de répondre Ji toutes les demandes des vieillards, des coquettes, des prudes, etc., etc. DescriptiOD du temple de Vénus. Junoii rencontre Éole, et lui fait les plus via reprochée de ce qu'aucun orage n'a éclaté ; Éole veut se lustiGer : Jupiter se mSle de cette discuBaion ; Junon veut répliquer, et la querelle commençait k devenir grave, lorsque Vénus descend de son trAne et réconcilie les deux époux en leur présentant