LA P£TB
Les plus grands cœurs que l*Amour ait vaincus ,
Vous, Soliman, Périclès, Théodose,
Alcibiade, Antoine, Séleucus,
Sur un beau sein chacun de vous repose.
Plus grand encor, Alcide paraît là,
Environné des cinquante pucelles
Qu'en s'amusant un soir il viola.
Le jeune Achille est entouré de celles
A qui lui-même en fraude il se mêla.
Le beau Paris, dans le temple de Gnide,
Tient bonne place, et pour bonne raison.
Mais on n'y voit ni le triste Jason ,
Ni ce Thésée, amant faible et perfide.
Ni des Troyens le héros insipide,
Quoiqu'il se dît l'enfant de la maison.
On voit aussi, sous le même portique.
Du beau moderne à côté de l'antique.
Là, nos Français, que l'amour a polis.
Preux chevaliers , ceints de myrte et de lys ,
Semblent encor voler de belle en belle.
Plus d'un pourtant fut heureux et fidèle.
Les Amadis, les Rogers, les Bolands,
Et mille encor que les même talents
Oût signalés, mai& qu'il est inutile
Que je vous nomme, omaiait ce péristyle.
Des vrais amants aucun n*est oublié ;
Mais les honneurs sont réglés au plus juste :
Qui fut heureux en aimant est en pié ;
Qui n'a qu'aimé sans jouir est en buste.
mes amis, bornons tous nos désirs
A mériter un jour la même gloire.
Un petit coin au temple des plaisirs
Vaut mieux qu'un trône au temple de mémoire. .
Vénus arrive au milieu des concerts.
Tout retentit de cantiques sublimes ;
Des flots d'encens s'élèvent dans les airs ;
Et vers l'autel s'avancent les victimes :
Jeunes beautés , à l'œil vif, au teint irais ,
Aux dents de perle, au sein blanc comme neige;
Jeunes gargons, au sortir du collège,
Tous libertins, tous jolis et bien faits.
Pudeur ! sans toi comme, je les peindrais !
On les couronne ; Amour les initie ;
Et deux à deux, blessés des même traits.
En soupirant chacun le remercie.
Chacun promet d'aimer jusqu'au tombeau ,