CHAPITRE PREMIER
Historique
La question des troubles oculaires consécutifs à des inflammations des cavités nasales et des sinus postérieurs n’est pas une nouveauté.
Déjà au xr° siècle un auteur persan Ali Ibn Issa avait signalé dans un livre intitulé le mémorial des oculistes l’engorgement, la compression, le gonflement inflammatoire du nerf optique à la suite d’un catarrhe se déversant dans le nez.
La lecture de quelques publications du xvur° siècle montre que Hunrer, RicaTER et WEIGE ont soupçonné les rapports de certaines affections oculaires avec les lésions inflammatoires du nez et des sinus.
La question fait un pas en avant dans la seconde moitié du xIx° siècle ; les soupçons que l’on avait jusqu'alors se précisent dans quelques cas où l’autopsie fit découvrir, des sinusites postérieures, chez des malades ayant présenté, concomitament de leur vivant des troubles oculaires, on peut citer : le cas de la
malade de Rouce que Bercer publia en 1872 dans l'Union Médicale (cette malade avait présenté une amaurose subite unilatérale avec névralgies sous-orbitaires, l'autopsie fit découvrir un sinus sphénoïdal plein de pus caséeux). Celui de la malade de Dupray, en 1874 où une cécité droite fut constituée en huit jours, l’autopsie fit découvrir une sphéno-ethmoïdite.
Quelques années après, en 1877, A. WEBER soupçonna, dans le cas de la comtesse de Y..., les rapports de certains troubles visuels à étiologie indéterminée et des lésions diagnostiquées de sinusites postérieures. Un an plus tard, J. de HAsner, de Prague, constate la même coïncidence dans un cas clinique identique.
BEerGER démontra enfin l'existence de la périnévrite rétro-bulbaire d’origine sphéno-ethmoïdale par une série de travaux, et il écrit à ce propos en 1892 : « on est étonné combien il est fréquent que la névrite rétrobulbaire soit précédée d’un rhume aigu, j'ai proposé de donner à ces cas de névrite le nom de canaliculaires. Cette névrite résultant d’une périnévrite est aiguë et n’affecte qu'un seul côté, mais il est des cas où le processus envahit les deux yeux en produisant une amblyopie subite ou de l’amaurose. Dans la névrite rétrobulbaire aiguë bilatérale, les deux yeux sont toujours atteints d'amaurose l’un après l’autre, comme l’a montré Perlia. »
Un nouveau progrès est enregistré en 1890 avec WEICHESLBAUM qui conseille de faire un examen sérieux des fosses nasales dans les cas d’affections oculaires au cours des sinusites. | |
Dans le Journal de Médecine et de Chirurgie (Juillet
Aves 1986), Para», dans un article sur « les périnévrites optiques et les voies d'infection du système nerveux » invoque une origine nasale de Ja névrite rétrobulbairer et admet dans de nombreux cas l'existence d’un cory-. za infectant d'abord les sinus et ensuite le nerf optique.
Les travaux du professeur n5 LArtärsonxé firent prendre une nouvelle voie à la question. En 1898, il demande qu’on soupçonne et qu’on examine le sinus sphénoïdal dans les cas d'accidents oculaires d’origine obscure, et qu'on attribue trop souvent à un trouble réflexe, et il présente l’année suivante trois observations de névrites optiques à point de départ naso-sinusien, sans apparence des symptômes ordinaires des sinusites. On ne s'était occupé jusqu'alors que des siniusites nettement diagnostiquées. Pourtant, dans la littérature un peu antérieure à cette époque, CHRISTIAN HoLmEs avait publié, en 1896, plusieurs observations de sinusites latentes postérieures : vision abolie à gauche, céphalée occipito-temporale ; aucune lésion du nez : l'ouverture du sinus sphénoïdal amène du pus ; guérison après intervention.
L’attention va se porter dès lors sur ces formes de sinusites cachées ; l'examen minutieux des fosses nasales et de ses annexes sera pratiqué systématiquement (rhinoscopie, sinusoscopie, radiographie), et l’on trouvera les inflammations des sinus profonds à l’origine de certains troubles visuels ou de certaines céphalées rebelles ; on décrira la sinusite catarrhale, congestive, hyperplasique. Oxopnr et: KuNDT rapportèrent la mêmé question au Congrès international de Vienne en
RTS
Le professeur RocLer, en 1909, dans l’Encyclopédie Française d'Ophtalmologie, dans son article sur les sinusites périorbitaires, a longuement étudié la question.
Deux observations de Dunpas GRANT de névrite rétrobulbaire aiguë d’origine sphénoïdale présentées à la Société royale de Médecine de Londres en 1909 et guéries par l'opération soulèvent la question intéressante au sujet de l'intervention ou de la non-intervention. On discute beaucoup sans rien résoudre. En 1923, au Congrès français d’otorhinolaryngologie, la même question fut soulevée et la discussion est tou- Jours ouverte.
Pourtant, les nombreux travaux et les recherches se sont multipliés, et de nombreux ouvrages ont paru. Nous relevons à l'étranger les noms de SEGURA, SLu- DER, VAN DEN WILDENBERG, CHEVAL. En France ont paru les thèses de Moreau, de Lenorr (1916), les observations de CANuUYT, de DUvERGER, de SARGNON, de VELTER, de LiÉBAULT, et tout récemment une étude sur le « sinus sphénoïdal de Canuyr et TERRACOL (1925) ».
Plusieurs pages seraient encore nécessaires pour ‘énumérer les noms de tous les oculistes et de tous les rhimologistes qui ont étudié la question dans ces dernières années. Il faut y voir certainement la preuve que la question n'est pas encore au point.
SET Sas