‹ La nièce supposée: comédie en trois actes et en yersChapitre 17 sur 32 · DERMONT, LADRE · texte numérisé non relu

DERMONT, LADRE

LATTRE, bas.

Courage , il faut parler.

DERMONT, baf . '

Voici donc le moment.

LAURE, haut.

Dq ce projet d*hymen mon oncle est bien coulent.

COMJ^DIE. 35

DERMONT

C'est sur notre union que son bonheur se fonde; Mais il faut qu'elle plaise encore à tout le monde !

LAURE

Il est vrai.

DERMONT

C'est de vous que j'apprendrai mon sort.

LAURE , à part.

Mon sort I à de l'amour ce mot ressemble fort. De l'affligaTy hélas! j'ai la plus vive crainte.

DERMONT

Vous VOUS taisez ? Daignez me répondre sans feinte. Plus je ressens jiour vous un tendre attachement. Plus à votre bonheur je songe uniquement.

11 est très-important , lorsque l'hymen nous lie » D'éprouver par avance un peu de sympathie.

LAURE

Assurément , et quand vous partîtes d'ici ,

Vous ignoriez l'amour, je l'ignorais aussi ,

Mais une longue absence, enfin, rend tout possible;

L'âge arrive oii l'on peut devenir plus sensible :

De seize à viogt-deux ans il est rare de voir.

Que l'amour sur nos cœurs ne prenne aucun pouvoir;

Et l'amour, on le sait, a pour règle ordinaire.

De rire des projets ou d'un oncle ou d'un père.

DERMONT

Ma cousine, voilà mot à mot justement Ce que j'allais vous dire. Ainsi donc , franchement , Daignez me confier si , pendant mon absence , L'amour n'a pas en vous....

LAURE

Non, non, parlez d'avance; Jtt désire vous voir m'apprendre le premier....

DERMONT

Non y c'est que je suis prêt à me sacrifier

 vos moindres désirs ; je veux vous voir heureuse.

LAURE

Ah I croyez à mon tour que je suis généreuse. Et quelque attachement que j'éprouve pour vous, Si l'hymen arec moi ne f eut vous sembler doux, J'ai de la force d'ame , et puis , avec courage ^ Vous voir serrer les nœuds d'un autre mariage; Mes regrets , ma douleur ne paraîtront en rien.

DERMONT, à part.

Ses regrets , sa douleur I

LAURE

£h bien, Dermont?

DERMONT

Eh bien...»

( à part. )

Par où donc commencer ? Position critique !

LAURE

Yous parlez bas«

DERMONT

Mon père avait en Amérique Un ami de l'enfance.

LAURE

Oui 9 Monsieur Darmincour.

DERMONT

Justement. Près de lui je fis un long séjour. Je fus avec transport reçu dans sa famille ; Ce bon vieillard avait

LAURE

Il avait?

DERMONT

Une mie ?

Après î

DERMONT

A son abord on est ému » surpris,.

On éprouve

LAURE

Quoi donc?

. DERMONT, détournant la conversation*

Ah ! dieux ! le beau paysC:

Le superbe séjour que celui d'Amérique l Quelle habitation et riche et magnifique Possédait Darmincour l toujours nouveaux plaisirs^ Cent esclaves soumis à vos moindres désirs ; Partout autour de vous le bonheur» la richesse

LAURE-

Suffit; ce n'est j)as là le'point qui m'intéresse. Cette fille est jolie?

DERMONT

Oh !■ bien mieux que cela. .

C'est un ange.

LAURE

Et d'abord elle vous inspira De l'intérêt ?

DERMONT

Comment ne pas la voir charmante?

Naïveté , douceur, bonté , grâce touchante !

Elle vit expirer son père dans mes bras , Et se trouvant alors par ce cruel trépas Sans appui , sans parens , et sans expérience , Voyant ay/ec les siens mes pleurs d'intelligence ,

.*'iv

if •

Elle tourna vers moi sesvœax et son espoir;

Moi, je suis né sensible , et Ton peut conceToir..,.

LAURE

Eh bien!

DERMONT

Je n'ose pas achever , ma cousine.

LAURE

L'amour vous enflamma sans doute , je devine^

DERMONT

Ce n'est rien que l'amour.

LAUAE.

Quoi !

DERMONT

Je suis mieux lié« Bref, je partis garçon , je reviens marié.

LATTRE.

(à part.) (Haut et feignant de pleurer.)

Marié? quel bonheur! Ahl mon cousin, qu'entends- je? Cet aveu m'interdit , il est cruel , étrange. Quoi , pendant qu'à vous seul je conservais mon cœur^ Qu'en notre hymen , hélas I j'avais mis mon bonheur,, Une autre vous charmait ! qu'elle constance rare \ J'en mourrai , je le sens. Vous êtes un barbare.

DERMONT, à ses pieds.

Eh ! ma cousine 1 hélas I je me dis tout cela; Et c'est à vos genoux. ...

LAURE, éclatant de rire.

Ah! ahl ah! ah! ah! ahl

Ï)EBM0OT:, irès-étonné.

Que veut dire ceci ? quel grand éclat de rire ! Est-ce que la douleur la met dans le délire?

LAURE

Non , non , rassurez-vous , je n'ai pas des vapeurs.

Quel rapport étonnant règne entre nos deux cœurs !

DERMONT

Je suis tout stupéfait; et de telles paroles...

LAURE

Ne vous confondez plus en excuses frivoles.

Vous êtes infidèle! hélas! de mon côté.

Mon cher cousin , j'ai pris la même liberté.

DERMONT, vivement.

Gomment! que d|tes-vous? est-ce une raillerie 2^

Vous êtes mariée^

Oh \ non ; la sympathie Entre nous n'agit pas encore à ce point là..

DERMONT

Mais vous aimez quelqu'un ?

LAURE

Justement , c^est cela ; Et si je ne suis point pour vous assez aimable » Sàinville peut me voir d'un œil plus favorable.

BERMONT, très-joyeux.

C'est lui que vous aimez ^ Sàinville I. .. . Quel bonheur! . . ..

Je vous embrasserais cent fois de tout mon cœur.

Des cousines voilà le phénix ^ le modèle!

Sàinville vous convient; il vous sera fidèle;

C'est un homme charmant, il vaut bien mieux que moi..

Cédez à son amour; donnez-lui votre fbi.

Quel triomphe pour vous qu'une telle conquête I

Ah! je suis si joyeux, que j'en perdrai la tête.

ÈAURE.

Quoi! si content de voir mon peu d'amour pour vous ?

Merci du compliment.

DERMONT

Ah ! tenez , entre nous ,

(|b LA NIÈCE SUPPOSÉE.

Que la franchise règne , et songeons à mon père<

LAURE

Il nous faut par degrés prévenir sa colère^

Sdermont.

Sans doute; mais je crains que tous ne puissiez pas Vous taire avec Sainrille , et que par des éclats , Par des transports de joie il n'ébruite l'affaire. Tandis qu'il nous faudrait encore du mystère^

LAURE

Mon , non » ne craignez rien ; fiez-vous à ma foi.^ Sainville à chaque instant se fâche contre moi^ Il est jaloux ; je veux d'une telle manie

Lui faire voirie tort.

DERMONT

De la coquetterie ?

Oh ï me voilà trancjuille.,

LAJJRE.

II n'est pas malheurem^ D'avoir à tourmenter messieurs les amoureux; Ils nous le rendent bien après le mariage.

D'ailleurs il goûtera son bonheur davantage , Quand, après un moment de dépit, de courroux.. Il saura votre hymen et sera mon époux.

Mais votre femme enfin , qu'est-elle devenue?'

DERJVIONT..

Elle est bien près de nous*.

LAURE

X Comment ?

DERMONf.

Vous l'avez vue

LAURE

J'y suis l je gagerais que cette yeune enfant Mèce de Mai^ueritte.....

COMÉDIE. 4i

DERMONT

Eh I QuI précisément.

LAURE

Ah I tant mieux. Tout en elle intéresse , est aimable»

Que je Yab la chérir !

DERMONT

Vous êtes adorable.

( Il lui baise la main. ]

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