DERMONT, MARGUERITTE
DERMONT , frappant à la porte de la chaumière.
Mabgueritte?... C'est moi. Venez ouvrir, ma bon&e.
MARGUERITTE
C'est vous, monsieur Dermont? Eh mais, dieu me pardonne, Il fait à peine jour. Quoi ! levé si matin ?
DERMONT
Eh! puis-je reposer avec tout mon chagrin?
D'ailleurs , il ne faut pas que dans votre diaumière On sache que je viens aussi souvent , ma chère. À cette heure , on ne peut ici m'apercevoir.
MARGUERITTE
Qui pourrait s'étonner que vous veniez me voir? Je suis 9 chacun le sait , votre bonne nourrice.
Une m^re a des droits; il faut qu'on la chérisse , Qu'on la yisite. Hélas I moi , je vous aime tant !
DERMONT
Aussi, me rendez-vous un service important.
Mais les momens sont chers ; en deux mots , je vous prie »
Dites-moi ce que fait mon aimable Eugénie.
MARGUERITTE
Elle dort du sommeil le plus pur, le plus doux. De pouvoir hautement vous nommer son époux Elle est impatiente ; et vous pourriez , je pense , Instruire votre père. . .
DERMOTNT.
Il faut de l§i prudence.
J'ai pourtant de l'espoir; depuis quatre ou cinq jours Mon père la rencontre et lui parle toujours.
Croyez-vous, dites-moi, qu'il résiste à sa vue?
MARGUERITTE
Impossible, Monsieur. Moi , j'en suis toute émue. Elle est riche d'ailleurs : vous avez bien choisi ; Et son père du vôtre était l'intime ami.
DERMONT
Je vis à Saint-Domingue expirer ce bon père; A sa fille un appui devenait nécessaire.
Un jour, naïvement et du ton le plus doux , Elle me dit : Dermont, je n'cjpère qu'en vous. Je n'ai plus de parons , je suis riche héritière; De tout le bien que j'ai , seule , que puis-je faire? J'ai besoin d'un soutien, d'un guide , d'un aini; Pour être tout cela , devenez mon mari.
Alors , sans réfléchir au projet si contraire
Que depuis mon enfance avait formé mon père ^ Je tombe à ses genoux , et dès le lendemain , Ivre de mon bonheur, Je lui donnai la main,
MARGUERITTE
Et vous fîtes fort bien. x
DERMONT
Mais Laure , ma cousine , Que dès nos jeunes ans mon père me destine , Gomment lui déclarer que je suis engagé ?
MARGUERITTE
Eh bien, pendant six ans vous avez voyagé.
Quand vous l'avez quittée elle n'était pas d'âge A connaître l'amour; elle éprouvait , je gage , Une simple amitié qu'elle a toujours pour vous.
DERMOKT.
Non; mon père prétend que m'a voir pour époux Est son plus grand désir.
MARGUERITTE
Bah 1 sa tête est légère.
Rire jle presque tout , voilà son caractère.
U fiiut la prévenir; croyez-moi , parlez-lui.
deRmont.
Oui , près d'elle je vais m'expliquer aujourd'hui. Pour mon père, attendons le moment favorable. Ce n'est que par degrés qu'on le rendra traitable ; Un brusque aveu , soudain le mettrait en fureur. Fier dans ses volontés.... ^ ^
MARGUERITTE
Oui , mais il a bon cœur.
C'est lui qui m'a donné dans cette maisonnette , Jusqu'è^mon dernier jour, une douce retraite. Un champ qui me nourrit , puis, un petit verger.
Moi y mon fils, nous lui devons....
DEUMONT.
Vous m'y faîtes songer :
Votre fils est bavard , si je sais m'y connaître.
MARGUERITTE
Bavard et curieux autant qu'on puisse l'être.
Son père était ainsi ; mais cela ne fait rien.
Jardinier du château , j'ai trouvé le moyen
De le faire loger tout seul dans sa cabane; '
Votre femme, vêtue en jeune paysanne,
Est ma nièce à ses yeux , que depuis quelque temps
J'appelais en ces lieux pour soigner mes vieux ans;
Arrivant tout exprès de son petit village ,
Et dont personne ici ne connaît le visage.
De dire" tout cela nous étions convenus;
Je l'ai dit , on le croit : que vous faut-il de plus ?
DERMONT
Venez , allons la voir sans tarder davantage.
MARGUERITTE
Chut ! j'aperçois mon fils.
DEKMONT,s'cnfuyant.
Craignons so^i bavardage.
Je m'enfuis.