‹ La nièce supposée: comédie en trois actes et en yersChapitre 3 sur 32 · DERMONT, MARGUERITTE · texte numérisé non relu

DERMONT, MARGUERITTE

DERMONT , frappant à la porte de la chaumière.

Mabgueritte?... C'est moi. Venez ouvrir, ma bon&e.

MARGUERITTE

C'est vous, monsieur Dermont? Eh mais, dieu me pardonne, Il fait à peine jour. Quoi ! levé si matin ?

DERMONT

Eh! puis-je reposer avec tout mon chagrin?

D'ailleurs , il ne faut pas que dans votre diaumière On sache que je viens aussi souvent , ma chère. À cette heure , on ne peut ici m'apercevoir.

MARGUERITTE

Qui pourrait s'étonner que vous veniez me voir? Je suis 9 chacun le sait , votre bonne nourrice.

Une m^re a des droits; il faut qu'on la chérisse , Qu'on la yisite. Hélas I moi , je vous aime tant !

DERMONT

Aussi, me rendez-vous un service important.

Mais les momens sont chers ; en deux mots , je vous prie »

Dites-moi ce que fait mon aimable Eugénie.

MARGUERITTE

Elle dort du sommeil le plus pur, le plus doux. De pouvoir hautement vous nommer son époux Elle est impatiente ; et vous pourriez , je pense , Instruire votre père. . .

DERMOTNT.

Il faut de l§i prudence.

J'ai pourtant de l'espoir; depuis quatre ou cinq jours Mon père la rencontre et lui parle toujours.

Croyez-vous, dites-moi, qu'il résiste à sa vue?

MARGUERITTE

Impossible, Monsieur. Moi , j'en suis toute émue. Elle est riche d'ailleurs : vous avez bien choisi ; Et son père du vôtre était l'intime ami.

DERMONT

Je vis à Saint-Domingue expirer ce bon père; A sa fille un appui devenait nécessaire.

Un jour, naïvement et du ton le plus doux , Elle me dit : Dermont, je n'cjpère qu'en vous. Je n'ai plus de parons , je suis riche héritière; De tout le bien que j'ai , seule , que puis-je faire? J'ai besoin d'un soutien, d'un guide , d'un aini; Pour être tout cela , devenez mon mari.

Alors , sans réfléchir au projet si contraire

Que depuis mon enfance avait formé mon père ^ Je tombe à ses genoux , et dès le lendemain , Ivre de mon bonheur, Je lui donnai la main,

MARGUERITTE

Et vous fîtes fort bien. x

DERMONT

Mais Laure , ma cousine , Que dès nos jeunes ans mon père me destine , Gomment lui déclarer que je suis engagé ?

MARGUERITTE

Eh bien, pendant six ans vous avez voyagé.

Quand vous l'avez quittée elle n'était pas d'âge A connaître l'amour; elle éprouvait , je gage , Une simple amitié qu'elle a toujours pour vous.

DERMOKT.

Non; mon père prétend que m'a voir pour époux Est son plus grand désir.

MARGUERITTE

Bah 1 sa tête est légère.

Rire jle presque tout , voilà son caractère.

U fiiut la prévenir; croyez-moi , parlez-lui.

deRmont.

Oui , près d'elle je vais m'expliquer aujourd'hui. Pour mon père, attendons le moment favorable. Ce n'est que par degrés qu'on le rendra traitable ; Un brusque aveu , soudain le mettrait en fureur. Fier dans ses volontés.... ^ ^

MARGUERITTE

Oui , mais il a bon cœur.

C'est lui qui m'a donné dans cette maisonnette , Jusqu'è^mon dernier jour, une douce retraite. Un champ qui me nourrit , puis, un petit verger.

Moi y mon fils, nous lui devons....

DEUMONT.

Vous m'y faîtes songer :

Votre fils est bavard , si je sais m'y connaître.

MARGUERITTE

Bavard et curieux autant qu'on puisse l'être.

Son père était ainsi ; mais cela ne fait rien.

Jardinier du château , j'ai trouvé le moyen

De le faire loger tout seul dans sa cabane; '

Votre femme, vêtue en jeune paysanne,

Est ma nièce à ses yeux , que depuis quelque temps

J'appelais en ces lieux pour soigner mes vieux ans;

Arrivant tout exprès de son petit village ,

Et dont personne ici ne connaît le visage.

De dire" tout cela nous étions convenus;

Je l'ai dit , on le croit : que vous faut-il de plus ?

DERMONT

Venez , allons la voir sans tarder davantage.

MARGUERITTE

Chut ! j'aperçois mon fils.

DEKMONT,s'cnfuyant.

Craignons so^i bavardage.

Je m'enfuis.

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