‹ La nièce supposée: comédie en trois actes et en yersChapitre 8 sur 32 · SCENE VIL SAINVILLE , LAURE · texte numérisé non relu

SCENE VIL SAINVILLE , LAURE

Pardon; je vous distrais de votre solitude.

Je ne vous voyais pas.

SAINVILLE

Je n'ai point l'habitude De me plaindre du sort qui vous offre à mes yeux; Vous le savez » je crois , et vous me jugez mieux.

LAURE

Eh mais 4 depuis trois jours vous nous fuyez sans cesse.

SAINVILLE

Mon aspect gênerait le plaisir , l'allégresse Qu'apporte en ce château le retour désiré D'un fils et d'un cousin. On doit me savoir gré De ma discrétion.

* COMÉDIE. i£

LAURE

Je la -trouve admirable.

SAINVILLE

Oui? vous trouverez donc mon projet raisonnable?

LAURE

Quel projet ?

SA m VILLE.

Mon départ.

LAURE, vÎTement.

Voire départ?

SAIKVILLE.

Souvent Vous m'avez plaisanté sur mon éloignement Pour les jeux, les plaisirs d'une bruyante fête; Celle de votre hymen en ce château s'apprête ; La foule va bientôt se trouver près de vous ; Le tumulte la suit » et^ connaissant mes goûts , Sans parler d'un motif que vous devez comprendre , Mon départ est tout simple et ne peut vous surprendre.

LAURE

Oui , vous avez raison. Partez , Monsieur^ partez. Ici ^«s pas se sont trop long-temps arrêtés.

Nous avons trop gêné votre amour des voyages » De votre complaisance exigé trop de gages.

Oui y partez sans retard; quittez sans nuls soucis Mon oncle 9 qui souvent vous traita comme un fils; Sa nièce qui déjà » dans cette solitude y S'était fait de vous voir une douce habitude; Allez nous oublier , cela vous est permis ; Mais vous n'étiez pas fait pour trouver des amis.

S AINVILLE , vivement. g

Ciel ! de me croire, ingrat on me ferait l'outrage I Que parlez-vous d'oubli , de froideur, de voyage ? Moi j'irais loin dp vous pour chercher le bonheur Quand vous seule régnez dans le fond de mon cœur I Je ne puis plus me taire.... avec idolâtrie Je sens que je vous aime et pour toute ma vie. Pour moi votre présence est le souverain bien ; Sans vous le monde entier pour Sainville n'est rien; Yous remplissez mon ame ; et toutes mes pensées Ou me viennent de vous ou vous sont adressées. Jugez de ma douleur quand un autre à mes yeux Ya s'unir pour jamais à l'objet de mes vœux.

Et voyez si l'on peut avec tant d'injustice Blâmer un malheureux qui fuit un tel supplice»

LAURE , souriant.

Quel aveu difficile! il vous a bien coûté!

Vous voilà donc soumis malgré votre fierté.

C'est ce que je voulais.

SAINVILLE

Eh quoi ! de mon délire , "Dp mon tourmeril^ toujours ne ferez-vous que rire? C'en est trop.

LAURB.

Mais aussi vous voyez tout en noir.

Qui vous dit qu'à vos vœux il n'est aucun espoir? Mon cousin n'a-t-il pu, durant sa longue absence, Oublier un projet formé dans notre enfance?

Nous iTéprouvions tous deux qu'une tendre amitié , Et peut-être*.

COMÉDIE. ly

SAINVILLE

Peut-être? Achevez, par pitié.

LAURE

De ses vrais sentimens je veux enfin m'Instruire. Remettez ce départ dont votre coeur soupire Jusqu'après l'entretien que nous aurons tous deux. Peut-être cet hymen ferait trois malheureux; Et j'aî quelqu'espérance. . .^

SAINVILLE

Ah! que viens-je d'entendre?

Payez-vous de retour un amant aussi tendre ?

Que votre cœur au mien ici daigne s'ouvrir I

LAURE

Vous dire de rester, n'est-ce pas me trahir ?

SAINVILLE, Ahl c'est à vos genoux

LAURE, vivement.

Paix ! on vient.

SAINVILLE, à part.

Quelle joie!

Page 1