A*CIKS AMBASSADEUR DR FRANCK A LA COUR DR R ISSIR
Monsieur le Due ,
Aimery IV de Roehechouart , l'un de vos nobles ancêtres, prit part à la première croisade. Les titres en font foi , et son nom est inscrit dans les salles du Musée de Versailles. Les descendants de ce preux chevalier ne dégénérèrent pas et parcoururent avec éclat la carrière des armes. L'un d'eux, Antoine de Roehechouart, était au seizième siècle sénéchal de Tou- . louse et d'Albigeois, lieutenant général au gouvernement de Languedoc ; Louis-Victor de Roehechouart, duc de Vivonne, mourut maréchal de France; Charles-Auguste de Rochcchouart-Mortemart perdit glorieusement la vie au combat de Dettingen.
Si à ce souvenir donné aux bons et lovaux services d'autrefois vient se joindre, Monsieur le Due, celui des services que vous avez rendus à la France dans des temps difficiles, et dans des situations qui ne furent pas toujours exemptes de périls, on pourra comprendre combien devait m'étrc
chère la pensée de placer mon ouvrage sous \os bienveillants auspices. Accepter la dédicace que je sollicitais, irétait-ce pas à la fois recommander le livre et honorer Fauteur?
Les arts comme les travaux historiques trou\ent en vous, Monsieur le Duc, un protecteur éclairé. On restaure par vos soins l'antique château de Meillant, en Bourbonnais, et vous faites revi\re a Meillant le souvenir du cardinal d'Amboise, auquel il appartint jadis. Grâce à vous, cette belle demeure, où tout parle du siècle de François 1 er , où tout rappelle les merveilles de la Renaissance , sera sauvée de l'abandon ; et il semble que les richesses historiques de Meillant soient inépuisables , car vous venez d'y retrouver encore le souvenir dès longtemps oublié d'un retour de la croisade au douzième siècle.
Quand vous portez vos pas, Monsieur le Duc, dans les salles spacieuses du château de Meillant; quand, seul avec votre douleur, vous vous redites tout ce qu'offrait d'avenir et d'espérances ce fils si cher à votre cœur, sitôt ravi à la famille dont il était et l'espoir et l'orgueil , puissiezvous quelquefois trouver à vous distraire de cette légitime douleur par le culte des glorieux souvenirs. Rendez à l'antique demeure du cardinal d'Amboise sa splendeur passée ; rappelez- vous les exploits de vos nobles ancêtres, soit qu'ils aient combattu sous les bannières de Godefroi de Rouillon ou qu'ils se soient illustrés sous les drapeaux de l'ancienne monarchie; pensez au grand Kmpereur qui vous avait attaché à sa personne et que vous suiviez dans les combats; aux rois que vous a%ez servis a%ec une loyauté, avec un courage que les courtisans n'onl jamais connus ; pensez surtout i\ notre chère France, à cette noble patrie que vous aimez, pour qui vous avez tant fait, pour qui vous feriez tant encore.