‹ La noblesse de France aux CroisadesChapitre 28 sur 244 · GARANTIE DONNÉE PAR PONS BASTET, CHEVALIER · texte numérisé non relu

GARANTIE DONNÉE PAR PONS BASTET, CHEVALIER

Nous, Pons Bastet, chevalier, savoir faisons à tous ceux qui verront les présentes lettres, que nous nous sommes porté caution envers Raphaël de Semino et ses associés, citoyens génois, de la somme de cent trente livres tournois que nos très-chers Sylvius Romaîset, Raymond Albert et Hugonet Gregorio ont empruntée; et si lesdits seigneurs ne remboursent pas ladite somme au terme qu'ils ont eux-mêmes fixé, nous nous engageons

MO LÀ rsOBLKSSE DE FRANCE

à rembourser alors mtis-mt} ne les cent trente livres, et nous y obligeons nous et tous nos biens. Fait à Acre, Tan de Notre-Seigneur H 91 .

CHANSON DU TROUBADOUR RAMBALD DE VACHÈRES, ADRESSÉE AU MARQUIS BONIFACE DE MONTFKRRAT.

Celui qui fit Pair, le ciel, la terre, la mer, le chaud, le froid, le vent, la pluie et le tonnerre, veut que nous passions tous la mer pour suivre le noble marquis de Mon tferrat, comme Gui, Gaspard et Melcliior ' allèrent à Bethléem, où les Turcs nous enlèvent plaines et montagnes, sans que Dieu dise un mot. Puisse saint Nicolas guider notre flotte ! Que les Champenois dressent leur bannière ! Que le marquis crie Mont ferrât! Que le comte Baudouin crie Flandre ! et que chacun frappe si rudement qu'il brise les lances et les épées.

Vaillant marquis, seigneur de Mon tferrat, je remercie Dieu, dont vous avez reçu tant d'honneur ; car nul chrétien portant couronne n'a plus conquis, plus dépensé, plus donné que vous. En vous j'ai trouvé un bon seigneur qui m'a nourri, équipé, élevé d'un bas état assez haut; qui de rien m'a fait un chevalier prisé, agréé en cour et loué des dames. Je vous ai servi de bonne foi et bon cœur ; en maints bons lieux j'ai courtisé les dames avec vous, et avec vous j'ai chevauché en maintes guerres. A Messine, je vous couvris de mon manteau ; je vins bien à propos au combat dans le* temps que vous aviez au visage et à la poitrine carreaux, lances, flèches, épées et coutelas. Et quand vous prîtes Bondasso, Paterno, Palcrme, Calatagiro, je fus le premier sous votre bannière.

Quand vous allâtes à la croisade, je n'avais point envie, Dieu me le pardonne, de passer outre mer; mais, pour me rendre à vos instances, je pris la croix et fis ma confession. J'allai sous votre étendard à Blaquerne * ; je portai des armes tel qu'un Brabançon ; je combattis sur le perron audessous de la tour, et je fus blessé à travers mon armure.

Souvenez-vous de mon attachement passé, des grandes actions que nous fiines sur mer, lorsqu'au milieu du souper vous enlevâtes du plus fort retranchement la dame Soldina au marquis Malaspina; vous la donnâtes à Poucet d'Aquilane, qui était au lit, malade d'amour pour elle. Vous souvient-il aussi du soir où nous arrivâmes chez le seigneur Puiclair? H nous reçut avec tant de joie, que si vous l'eussiez voulu il vous eût fait coucher avec sa fille Aiglete, au beau visage. Vous, le matin, comme brave baron,

1 C/est ainsi qu'on appelait alors les dois Mdjres. ■ Palais à Conxlanliiioplc.

vous donnâtes en mariage Aiglete à Gui Adhémar de Montcil. Vous donnAtes de même Jacobina à Anselme et lui fîtes recouvrer son comté de Vintimille, en dépit de son oncle qui l'eu voulait dépouiller.

Plus de cent pucelles vous ai-jc vu marier à des comtes, marquis et barons de haut rang, sans que jamais jeunesse vous fit pécher avec aucune. Plus de cent chevaliers vous ai-je vu établir par don de fief, et cent autres pareillement détruire et ruiner, élevant les bons, abaissant les faux et les mauvais. Lorsque bon vassal sert un bon seigneur, il lui en revient honneur et récompense; c'est pourquoi j'attends de vous bon profit et bons présents. Tout le détail de votre vie m'étant connu, vous devez me faire plus de bien qu'à tout autre. Et cela est juste, seigneur marquis. Vous trouverez en moi témoin, chevalier et jongleur.

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