‹ La noblesse de France aux CroisadesChapitre 99 sur 244 · CROISADE DES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

CROISADE DES ALBIGEOIS

\jk guerre des Albigeois, ayant eu le caractère d'une véritable croisade, devait naturellement trouver place dans le cadre de ce livre. Les détails de cette guerre ont été rarement publiés; aussi avons-nous cru devoir les reproduire avec quelques développements.

JL.a guerre occasionnée par l'hérésie des Albigeois a fourni à notre histoire les pages I les plus dramatiques. On retrouve dans Mes détails de cette guerre, dans les "moyens mis en usage pour la destruc- ' tion de l'hérésie , tous les caractères d'une véritable croisade.

Les hérétiques qui reçurent plus tard le nom à' Albigeois commencèrent à se montrer en Languedoc vers le milieu du douzième siècle. L'agrandissement des possessions de l'Église

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et le délaissement de la discipline servirent de texte a leurs premières prédications. Ils s'autorisèrent du relâchement des mœurs du clergé pour tenter des voies nouvelles , et , comme tous les réformateurs qui les avaient précédés ou qui les suivirent, ils prétendaient perfectionner la religion chrétienne . devenue impuissante sur les esprits.

L'hérésie, d'ailleurs, avait revêtu diverses formes auxquelles on donna d'abord des dénominations distinctes; mais, plus tard, les Henriciens, les Bons Hommes, les Apostoliques, les Patarins et les Vaudois ne furent plus désignés que sous le nom d'Albigeois. On a écrit que ce nom avait été donné aux hérétiques parce qu'ils n'étaient nulle part plus nombreux que dans le diocèse d'Albi. Cette opinion n'est pas fondée. L'hérésie avait plus d'adhérents encore dans les diocèses de Toulouse, de Carcassonne et de Béziers. La célébrité du concile qui s'assembla à Lombers en Albigeois, et dans lequel la condamnation des hérétiques fut prononcée, produisit seule celte dénomination.

En recherchant avec soin quel était le caractère de ces différentes sectes, on est conduit a reconnaître que celle des Henriciens et celle des Vaudois résumaient toutes les autres. Les hérétiques henriciens professaient les doctrines des Manichéens *; ils rejetaient presque toute l'histoire sainte, le baptême et la plupart des dogmes de la religion chrétienne ; ils ne pratiquaient point les lois du mariage et tenaient pour légitimes les unions que la morale réprouve \ Pierre Valdo, né à Vaud sur les bords du Rhône, fonda la secte des Vaudois. Ses

1 Mancs, qui vivait au III e siècle de notre ère, fut le chef de la secte des Manichéens. Il prétendait avoir perfectionné le christianisme.

* Voici ce qu'écrit don Vaissète d'Henri, chef de In secte des Henriciens : « Cet « imposteur était, à ce qu'on croit, originaire d'Italie. Il portait une longue barbe et « marchait nu-pieds. Il en imposait aux simples par son extérieur extrêmement né-

disciples expliquaient au peuple la Bible, traduite en langue vulgaire; ils rejetaient les sacrements et le culte des images.

Un historien contemporain caractérise ainsi la secte des Apostoliques : <c Ces faux prophètes, dit-il, prétendent imiter c les apôtres. Ils prêchent sans cesse , marchent nu-pieds , a prient à genoux sept fois par jour, et autant pendant la « nuit; ils ne veulent point recevoir d argent, ne mangent « pas de viande, ne boivent point de vin , et se contentent de « recevoir leur simple nourriture. Ils disent que l'aumône ne « vaut rien, parce que personne ne doit rien posséder. Ils re- -< fusent de participer à la sainte communion, prétendent que a la messe est inutile, et déclarent qu'ils sont prêts à mourir «et à souffrir le dernier supplice pour leur croyance; enfin, a dit l'historien, ils fout semblant d'opérer des prodiges. »

Saint Bernard, abbé de Clairvaux et l'un des plus grands génies de l'Église, s'était rendu en Languedoc pour y prêcher contre les hérétiques henriciens. Il parcourut le diocèse de Toulouse et fit son entrée à Albi la veille du jour de Saint- Pierre, 1147. Les habitanls de cette ville professaient presque tous les nouvelles doctrines. Le lendemain de son arrivée, saint Bernard se rendit dans la cathédrale,' accompagné d'un légat du pape, le cardinal Albéric. L'église ne put contenir tous ceux qui étaient venus l'écouter. Saint Bernard parla au peuple avec beaucoup d'éloquence ; il combattit d'abord l'hérésie henricienne et fit ensuite ressortir la beauté du dogme de l'Église; il entraîna tous les auditeurs, et lorsqu'il leur dit :

« gligé, une piété apparente, une modestie affectée et des discours étudiés. Il ne manie quait ni .d'esprit ni d'éloquence. Henri dogmatisa d'abord à Lausanne , vint au « Mans, d'où il fut chassé honteusement. Il passa ensuite à Poitiers et à Bordeaux, « d'où il fut également obligé de se retirer. 11 se réfugia alors en Dauphiné et en Pro- « vence, et s'y associa un autre hérétique, nommé Pierre de Bruys, qu'il regardait « comme son maître. Leur cœur était aussi corrompu que leur esprit, et ils menaient « en particulier une vie très-débordée. » [Histoire générale du Languedoc.)

« Puisque vous détestez Terreur, faites donc pénitence, vous « tous qui étiez infectés d'hérésie ; soumettez-vous à l'Église et « levez au ciel la main droite pour marque de votre retour; » les assistants, la main levée, furent unanimes pour s'écrier qu'ils reconnaissaient la parole de Dieu.

Cependant l'hérésie se propageait sur d'autres points *. L'Église comprit alors que la rigueur était indispensable pour arrêter les progrès du mal , et un concile s'assembla en 1165 à Lombers en Albigeois. L'archevêque de Narbonne, lesévêques de Nîmes, de Toulouse, de Lodève, d'Albi et d'Agde, les abbés de Castres, d'Ardorel, de Candeil, de Gaillac, et beaucoup d'ecclésiastiques, se rendirent à cette assemblée, à laquelle assistèrent aussi Constance, comtesse de Toulouse, Trencavel, vicomte d'Albi, Isarn, seigneur de Dourgne, et Sicard, vicomte de Lautrec. Une grande affluence de peuple s'était rendue à Lombers de tous les points de l'Albigeois. Les hérétiques parurent devant le concile et furent entendus. Olivier, leur chef, essaya vainement d'établir la bonté des doctrines qu'ils professaient. Il fut convaincu d'hérésie par l'argumentation pleine d'éloquence de Gaucelin, évêquc de Lodève. « Je condamne, « dit ensuite ce prélat, la secte d'Olivier et de tous ceux qui « tiennent ie sentiment des hérétiques de Lombers, quelque « part qu'ils soient, et suivant l'autorité des Écritures. » Les partisans d'Olivier s'étant récriés et ayant d'ailleurs mis en doute les pouvoirs de l'évêque de Lodève, celui-ci ajouta : «Ma

1 « Les hérétiques tirèrent si bon parti de leurs efforts, qu'ils commencèrent à avoir « pnr les villes et les bourgs des lieux où s'héberger, des champs et des vignes, et « très-amples maisons où ils prêchaient publiquement et prônaient leurs hérésies à « leurs adeptes. Or, il y en avait qui étaient Ariens, d'autres Manichéens, d'autres « même Vaudois ou Lyonnais, lesquels, bien que dissidents entre eux, conspiraient « tous néanmoins pour la ruine des àmes contre la foi catholique, si bien que toute « cette terre, réprouvée qu'elle était et tout près de la malédiction, ne poussait guère « plus qu'épines et chardons, ravisseurs et routiers, larrons, homicides et adultères, « usuriers manifestes, etc. » (('hronhjue de Guillaume de Puylairess.)

« sentence est juridique: je suis prêta la soutenir à la cour du « pape Alexandre, à celles de Louis, roi de France, de Ray- « mond, comte de Toulouse, ou de sa femme , ici présente; « enfin à celle de Trencavel , aussi présent. » — La condamnation solennelle des hérétiques fut ensuite signée par tous les membres du concile.

Les doctrines des Albigeois firent cependant de nouveaux prosélytes. Le pape Alexandre III se détermina alors à envoyer dans la province, avec le titre de légat , le cardinal de Saint- Chrysogone. Roger de Béziers, qui avait succédé, en 1167, à son père Raymond Trencavel, vicomte d'Albi, favorisait ouvertement l'hérésie. L' évoque d'Albi, emprisonné par son ordre, se trouvait placé sous la garde des hérétiques. Henri , abbé de Clairvaux, etReginald, évêque de Rath, furent chargés par le légat de se rendre auprès du vicomte pour l'exhorter à retirer son appui aux sectaires. Ils devaient aussi réclamer la mise en liberté de l'évêque d'Albi. Les délégués étaient suivis d'un corps de troupes.

Roger refusa toute conférence ; et ceux-ci n'ayant pu le voir se rendirent à Castres, y déclarèrent le vicomte hérétique et parjure, et l'excommunièrent. Ce dernier mourut peu de temps après, laissant toutes ses possessions à son fils le vicomte Raymond-Roger, dans lequel l'hérésie trouvait déjà un appui. Le comte de Toulouse, Raymond VI, la protégeait aussi, de telle sorte que les nouvelles doctrines dominaient dans Toulouse, à Castres, à Béziers, à Albi et dans beaucoup d'autres villes du Languedoc.

De nouveaux commissaires avaient été envoyés dans la province par le pape Innocent III. Tout pouvoir contre les hérétiques leur avait été conféré '. Le comte de Toulouse eut bien-

1 On a généralement attribué l'origine de l'Inquisition à l'envoi de ces commissaires armés par le Saint-Siège de tout pouvoir contre les hérétiques. Les archevêques

tôt à se plaindre des exigences de Pierre de Castelnau, l'un de ces commissaires. Il refusait de s'y soumettre; aussitôt Pierre l'excommunie et jette l'interdit sur ses États. Une véritable croisade se préparait contre les Albigeois ; Saint Dominique combattait leurs doctrines dans la province par d'éloquentes prédications 1 ; le pape exhortait Philippe-Auguste et les principaux seigneurs du royaume à prendre les armes pour exterminer l'hérésie.

Peu de temps après, Pierre de Castelnau fut assassiné sur les bords du Rhône *• Le comte de Toulouse était soupçonné d'avoir commandé ce crime; Innocent III lit alors publier une croisade contre les hérétiques albigeois. Eudes III , duc de Bourgogne, les comtes de Nevers, de Saint-Pol et d'Auxerre, Gui de Lévis 8 et beaucoup d'autres seigneurs, se croisèrent. La conquête des possessions de Raymond , mises en interdit

et les évoques étaient placés sous leur autorité. Quelques auteurs font remonter cette origine à 1184; dans le concile de Vérone, tenu cette année-là, le pape Licinius ordonnait aux évoques de prendre des informations sur les personnes suspectes d'hérésie et déterminait des peines contre eux.

1 « L' évoque d'Albi, Guillaume Pétri, logea par trois fois Saint Dominique à Albi « et eut de grandes conférences avec lui pendant sort séjour. »

( Manuscrits Gardés. )

* « Le 15 janvier 1208, les deux légats se disposaient à traverser le Rhône, après « avoir dit la messe, lorsque, deux hommes inconnus qui avaient logé avec eux s'é- « tant approchés, l'un d'eux porta à Pierre de Castelnau un coup de lance qui l'at- « teignit au bas des côtes et le renversa par terre. Ce pieux religieux se sentant blessé « dit à son assassin : Dieu vous pardonne, puisque je vous pardonne, et répéta plu- « sieurs fois ces paroles. 11 régla ensuite avec ses associés les affaires de sa mission, et « ayant récité quelques prières, il expira.

« C'est ainsi que le pape Innocent III raconte lui-même les circonstances de la mort « de Pierre de Castelnau, son légat, sur la relation sans doute que l'abbé de Citeaux « lui en envoya. Le pape soupçonna extrêmement le comte de Toulouse d'y avoir parce ticipé ; mais il convient ailleurs que ce prince ne fut jamais convaincu d'un pareil « attentat, et on peut s'en rapporter à lui. » (Histoire générale de Languedoc.)

3 Gui du Levis devint maréchal de l'armée croisée et reçut en fief après la conquête du Languedoc le château et la baronnic de Mirepoix. (Voir la notice sur cette maison, page 3SG de re livre.)

par l'Église, dut animer le zèle des plus ambitieux. Simon de Montfort, que la guerre des Albigeois a rendu si célèbre, répondit aussi à l'appel du Saint-Siège. Fils putné de Simon II, seigneur de Montfort, comte d'Êvreux, et d'Amicie, comtesse de Leycestre, il reçut en partage la seigneurie de Montfort avec le comté de Leycestre et avait épousé Alix de Montmorency. 11 fît la guerre en Palestine et revenait de la Terre • Sainte, lorsqu'on prêcha la croisade contre les Albigeois. Simon de Montfort était de haute stature, actif, infatigable, éloquent et plein d'ambition.

Cependant l'armée des croisés se rassemble ' sous le commandement d'Arnaud, abbé de Cîteaux et légat du pape. Les intérêts de l'Église ont seuls déterminé cette guerre * , aussi voit-on les seigneurs séculiers sous les ordres d'un ecclésiastique. La ville de Béziers est "assiégée et emportée d'assaut par les croisés; il s'y fait un horrible carnage; ni le sexe ni l'âge ne peuvent arrêter les vainqueurs; la ville est pillée et consumée par les flammes s .

Les croisés marchent ensuite sur Garcassonne, où le vicomte

1 Les croisés de la Terre Sainte mettaient la croix sur l'épaule. Ceux qui prirent part à la guerre des Albigeois placèrent la croix sur la poitrine pour se distinguer des premiers.

* « Qu'y avait-il de plus désespéré, en 1205, que l'état religieux du Languedoc? a Le prince était un hérétique passionné ; la plupart des barons favorisaient l'hérésie ; « les évêques ne montraient aucun souci de leurs devoirs... les catholiques demeurés « fidèles n'étaient plus qu'en petit nombre. L'erreur insultait, par le spectacle d'une « vertu factice, aux désordres de l'Église, et le découragement avait atteint ceux-là « même qui portaient une foi inébranlable dans un cœur chaste et fort. »

(Vie de Saint Dominique, par le frère Lacordaire , de l'ordre des prêcheurs. Paris. 1841.)

* Lorsque Béziers fut emporté d'assaut, on entendit, au dire de beaucoup d'historiens modernes, ces paroles impitoyables, que M. Villemain appelle une horrible impiété du fanatisme : « Tuez-les tous, car Dieu connaît ceux qui sont à lui ! »

Quelques écrivains ecclésiastiques ayant avancé que ces paroles n'avaient pas été proférées, nous avons tenté de nous rendre compte de leur authenticité, et de peser sa

Roger s'est renfermé; la ville capitule après une vive défense; le vicomte est jeté dans les fers au mépris des conditions aux* quelles Carcassonne s'est rendue, et l'abbé de Citeaux le dépouille incontinent de toutes ses possessions. Il les offre successivement au duc de Bourgogne , aux comtes de Nevers et de Saint-Pol, qui repoussent de telles propositions et s'indignent de la déloyauté qui retient le vicomte prisonnier. Simon de Montfort, moins scrupuleux, ne les imite pas. Cédant, après

valeur : étudier l'histoire, c'est rechercher la vérité. La plus complète indépendance a d'ailleurs guidé nos recherches ; nous en donnons ici le résultat.

Voici le texte de Y Histoire générale de Languedoc : « Un historien contemporain, <( mais étranger *, rapporte une circonstance que quelques auteurs récents révoquent « en doute. 11 dit : — Qu'avant le sac de Béziers, les croisés demandèrent à Vabbé « de Citeaux ce qu'on devait faire en cas qu'on vint à prendre la ville par assaut, « dans V impossibilité où l'on était de distinguer les catholiques d'avec ceux qui ne « Vêtaient pas. L'abbé, ajoute cet auteur, craignant que plusieurs hérétiques ne vou- « lussent passer pour orthodoxes, dans la vue d'éviter la mort, et qu'ils ne repris- « sent ensuite leurs erreurs, répondit : Tuez-les tous, car Dieu connaît ceux qui « sont A lui. Ainsi, on ne fit quartier à personne. — Quoi qu'il en soit de cette cir- « constance, les croisés, après le siège de Béziers, rassemblèrent tous les corps morts « en divers monceaux, y mirent le feu et se disposèrent à pousser plus loin leurs con- « quêtes. »

Nous n'avons pas trouvé ailleurs la consécration des paroles attribuées à l'abbé de Citeaux, et l'opinion générale dut s'établir sur l'interprétation du texte que nous venons de reproduire.

Aucun historien de la croisade n'a rapporté ces paroles. Nous citerons Guillaume de Puylaurens, Pierre de Vaux-Cernay surtout, dont le fanatique enthousiasme ne se fût point trouvé embarrassé de ce propos, quelque cruel qu'il soit. Les Gestes glorieux des Français, traduits et publiés par M. Guizot, n'en font pas mention; Y Histoire des Albigeois et des Vaudois ou Barbets, publiée en 1641 par Benoit, garde le môme silence. Cette remarque s'applique aussi à Y Histoire de la guerre des Albigeois, en langue romane, imprimée dans les preuves de Y Histoire générale du Languedoc, et à la Guerre des Albigeois, écrite en vers provençaux et que M. Fauriel a publiée.

Par quelle singulière préoccupation l'auteur de ce dernier ouvrage aurait-il pu omettre une circonstance aussi remarquable et qui servait si bien son dessein , puisqu'il s'était particulièrement proposé de dépeindre dans son récit les excès des croisés et les rigueurs de l'Église?

Le temps a donné aux paroles de l'abbé de Citeaux un caractère indélébile ; mais n'eussent-cllcs pas été prononcées, serait-ce la première fois que l'erreur aurait exercé sur les préjugés des hommes l'empire qui n'est dû qu'à la vérité?

* Casar. HciMerb. I. 3, c. 21.

quelques hésitations calculées, aux instances du légat, il recueille l'héritage des Trencavel.

La prise de Carcassonne répandit la terreur dans tout le pays; la plupart des seigneurs qui favorisaient les hérétiques s'empressèrent de faire leur soumission. Le vicomte Roger venait de mourir à Carcassonne, où Ton croit que Montfort le fit empoisonner. Agnès de Montpellier, sa veuve, s'était réfugiée à Castres avec son jeune fils Trencavel ; elle y était chérie des habitants , mais la frayeur qu'inspiraient les croises fut telle que les villes d'ÀIbi et Castres se soumirent et envoyèrent des députés à Simon de Montfort pour lui rendre hommage 1 .

Tout concourait à consolider la puissance de Simon de Montfort : le pape venait de confirmer la possession de ses conquêtes; une bulle faisait lever de nouveaux subsides pour la continuation de la croisade; Montfort recevait chaque jour des renforts de troupes; il entreprit alors le siège de Lavaur. Cette ville, où beaucoup d'hérétiques s'étaieut réfugiés, appartenait à une veuve nommée Giraude ou Géralde, et fut défendue par Amaury, seigneur de Montréal, et frère de Giraude. Il avait avec lui quatre-vingts chevaliers pleins de résolution \ La place fut emportée le 3 mai 1211, après une longue résistance. Les croisés, pendant l'assaut, chantaient le Veni Creator; ils firent toutefois main basse sur les habitants. Le seigneur de Montréal et les chevaliers qui

1 C'est Yers ce temps que Gui de Montfort vint joindre son frère Simon. Gui avait pris part avec lui aux croisades de la Terre Sainte et avait épousé, en Orient, Helvise d*Ybelin, dame de Sidon, qui raccompagna en Languedoc.

1 « Lavaurs fou tan fortz vila que anc a nulh régnât

« Plus fort en terra plana non vi om que fas natz « Ni ab milbor clausura, ni ab plus prious fossaty. » (Histoire de la croisade contre les hérétiques albigeois, écrite en vers provençaux par uu auteur contemporain et publiée par M. Fauriel.)

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avaient défendu la ville furent pendus ou passés au 61 de l'épée. L'histoire a recueilli, à l'occasion de ce siège, les déplora* blés effets des dissensions religieuses. Giraude est jetée vivante, quoique en état de grossesse, dans un puits que Ton comble aussitôt de pierres; on égorge sans pitié les vieillards, les femmes et les enfants ; quatre cents hérétiques sont précipités dans les flammes : on dit qu'ils y chantaient des psaumes et s'exhortaient entre eux à mourir sans faiblesse!

Lavaur renfermait de grandes richesses. Montfort les abandonna à Raymond de Salvagnac, marchand de Gahors, dont l'opulence était renommée et qui lui avait fourni de grosses sommes '• Montfort se libérait des dépenses de la croisade par le pillage des villes. On trouva dans Lavaur de magnifiques armures et des chevaux d'un grand prix.

1 « Ramon de Salvanhac un riche merchaant

« Que fo nntz de Caortz rie borzes c manant « Lo coins de Montfort li deu laver fer e grau « Cel mante la crosada que li presta largiant « Et pois près ne eu paga draps e vin e fromant (( Tôt laver de Lavar li mes om de de liant.

« En la vila an près mant destrier saur et bai « E mot rie garniment de fer qui lor eschai « Et mot blat c mot vin mot drap don el gai « E mot rie vestiment. »

(Histoire de la croisade contre les hérétiques albigeois.)

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