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La phrase d'art, le style.
42.—Le style? C’est l'art de construire la phrase qui rend intégralement l'âme : sa pensée, son image, son émotion. L'écrivain aux phrases d'art possède un lungage que la pensée précise éclaire, que l’image sobre colore, que le sentiment juste passionne. L'homme de style ne s’évertue pas à parler divinement: son vœu, c'est d'écrire raisonnablement, c'est-à-dire avec intelligence, avec imagination, avec sensibilité; ce langage est littéraire.
43.—N. B. La grammaire. Autre chose est de parier suivant les règles de la grammaire, autre chose est de parler selon le génie de la langue, c’està-dire de parler littérairement, de parler bon franais. Ce n’est pas ici le lieu d'enseigner les corrections grammaticales, mais c’est entendu que ‘‘l'orthographe, comme le dit fort bien Sainte-Beuve, est ë# commencement de la littérature’’, et avec Boileau, nous enseignerons que :
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Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin,
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain. 44.—Les qualités de la phrase d'art. La phrase 4 l'art doit posséder deux qualités : — 1° J, ‘originalité 2 qui implique les retouches du style, mais qui rejette «les plagiats; — 2° Le naturel qui est un style fait } précision, d'éclat, de nombre et de variété.
45.—L'originalité? Faites vos phrases, ne les tcopiez pas. Et ainsi dans la facture de vos phrases, «votre intelligence, votre imagination, votre sensi- 2bilité mettront tour à tour leur cachet propre, et ce strle sera vraiment original. Une phrase qui n’est “pus tirée de votre livre ni de votre mémoire, mais qui se moule sur votre vision ct qui jaillit ainsi de rotre âme que la pensée éclaire et touche, est une
Thrase originale: ‘C’est l'homme méême”’ disait Buffon.
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46.—Le plagiat? Une phrase empruntée aux livres et introduite dans la belle pige comme étant de sa création, est pour la normalienne une phrase plagiée. La normalienne aura horreur du plagiat.
Cette obligation des phrases originales n'exclut pas comme un détestable plagiat les réminiscences, ces phrases à peine changées, qui nous sont restées en tete, et dont nous usons, non pas parce que nous nous les rappelons, mais parce qu’elles rendent parfaitement notre pensée; elles sont comme ces imitations exactes, mais toutefois offrant un air original que l'illustre Fox d'Angleterre admirait dans Virgile.
47.—Les retouches du style. ‘‘La prose n'est jumais finie””’ disait Flaubert, et Boileau avait écrit :
Hâtez-vous lentement et sans perdre courage, Vingt fois sur le métis” remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse et le repolissez,
Ajoutez quelquefois et souvent effacez.
La raison ? la voici: la première rédaction est toujours chargée de clichés, d'expressions obscures et incorrectes : il faut la refondre. Ainsi, le bon style, c'est le style refait. ‘Le beau style arrive à pas lent”” disait un excellent maitre.
Ce travail des retouche , des refontes, n’est pas contraire à l'originalité; au contraire, il l’accentue. En effet, quand l'écrivain refait sa phrase avec le désir sincère de lui faire exprimer non seulement la substance, mais même les nuances de sa pensée, ce n’est pas sa phrase qu'il cisèle, c’est plutôt sa pensée qu'il précise. Ecrire avec ce soin, c'est vraiment achever de penser et nar conséquent c'est pour l'écrivain marquer mieux sun originalité.
48.—Le naturel. C’est la seconde qualité de la phrase d'art. Le naturel, comme qualité de style, c'est cet éclat de sincérité, de bon sens et d. :ucile
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facture que l'écrivain a su mettre dans ses phrases d'art. La phrase d'art possède ce mérite quand elle rend la pensée de l'écrivain intégralement et agréablement; elle la trahirait, si elle n’était de cette pensée l'expression et fidèle et bien accueillie du lecteur; car c'est un dessein bien naturel à un écrivain de parler pour être bien compris et bien goûté.
49.—Les éléments du naturel comme qualité du style. La précision et l'éclat ou le coloris du style, font de la phrase d'art, l'expression fidèle de la pensee, puisque cette pensée est l'ouvrage de l’intelligence qui la conçoit nettement, et de l'imagination qui la colore magnifiquement ; — le nombre et la variété font de la phrase d’art l'expression de la pensée bien accueillie du lecteur, puisque le lecteur délicat aime et veut goûter les sons harmonieux et divers u’un parler littéraire.
Done, ja précision et le coloris, le nombre et la variété, ces qualités de la phrase d'art constituent les éléments naturels du style.
50.—La précision. C'est la qualité de la phrase d'art que l'intelligence requiert et que l'on pourrait confondre à bon droit avee l’élégante clarté franaise. Car c'est la précision du style et l’ordre logique des idées qui créent cette jouissance particulière au génie français celle d’une langue claire, claire comme l'eau de roche.
La précision, qu'est-ce donc dans la phrase d'art? Trois choses.
O1.—C'est l'élimination des mots encombrants. Les mots encombrants? Ce sont des mots qui n’ajoutent à la pensée rien qui la fasse mieux comprendre, ou rien qui l’embellisse d’un ornement de valeur. Evitons notamment les épithètes oiseuses et le facile emploi de la préposition pour, de l’auxiliaire étre. Ecoutons Chateaubriand qui nous crie :
“Gare à l'écueil de notre langue.” Cet écueil, c'est l'abus des relutifs et des conjonctions, cette laideur des phrases enchevétrées, où la principale se perd dans un écheveau d'incidentes et de subordonnées; cette luideur du style quiquedontesque où la lumière de l'idée principale s’évanouit dans l'amoncellement d'idées oiseuses ou incohérentes, contenues dans les propositions incidentes. Coupez vos phrases; multiplie: les propositions principales. Certes, la période, la phrase oratoire, ample, rythimée, sonore, que Balzac créa, que Bossuet perfectionna, est belle, mais ne l’introduisons dans nos pages que sobrement et à bon escient.
52.—Ia précision du style, c'est dans la phrase d'urt Le bonheur du terme propre; le terme propre, c'est le terme qui exprime jusqu'à sa nuance la pensée de l'écrivain. Le souci du terme propre est celui de lée“vaim uussi bien que du philosophe. Comme il est dit de Lafontaine: Cherchons ‘‘l'expression merveilleuse de justesse et d'intensité”. Pour la trouver, voyons, voyons bien notre pensée : Ce que l'on voit très-bien, s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent a‘sément.
La normalienne, attentive à écrire avec la propriété des termes, évitera Lx périphrase encombrante, celle que ne requiert ni le besoin d’être mieux compris, ni le goût d'une légitime parure; elle évitera encore le trop facile usage du verbe faire, ce verbe passe-partout, qui prend presque toujours la place du verbe propre. Elle évitera aussi cette horreur du parler eanadien: l’anglicisme, dans Îles mots et dans les tours de phrase.
53.—Ta précision du style, c'est encore le mérite de l'unité de la phrase. La phrase est une quand dans toutes ses parties rayonne une seule idée, celle que la proposition principale énonce. Eliminez de
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votre phrase les incidentes encombrantes, lesquelles contiennent des détails oiseux, c'est-à-dire inutiles à l'intelligence et à l'ornement de l’idée principale.
Eliminez les incidentes incohérentes, lesquelles expriment des idées étrangères à l'idée principale.
Corrigez les phrases à queue: c'est la phrase qui se termine pur une incidente quand elle pourrait, facilement refaite, se clore avec un membre de la proposition principale.
54.—L'éclat ou le coloris du style. C'est la qualité de la phrase d'art que l'imagination requiert. Le style éclatant, le style à coloris, c'est le style oi abondent les mots magiques; ‘‘e'est une plume magique qui fait feu sur le papier’”, écrivait Sainte- Beuve de Chateaubriand.
55.—Les mots magiques? (Ce sont des expressions qui frappent et qui charment l’homme de bon “out.
Cest l'imagination d'expression qui est la faculté créatrice de ce magisme du style. Pour faire pétiller dans le style le feu des mots magiques, il faut donc, sans toutefois insister, faire travailler l’im. gination d'expression en se posant, à la rencontre de l'idée qui entrera dans la phrase, la question : Que Vois-je? — Il ne faut pas confondre le clinquant avec Ja beauté des mots magiques. Le clinquant, cest une laideur littéraire qui consiste à jeter des éclats d'imagination d'expression sur des idées qui n'en valent pas la peine.