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58.—(e) Des traits pittoresques (on peut leur donner l'appellation technique générale d’hypotyxpose ou plus particulière de prosopographie, de topographie ou de chronographie). Ces traits pittoresques sont comme une vision intense dans l'éclat brusque de l'éclair. Exemples :
Debout eë tout chargé de fleurs les plus divines, Debout et sous le sol plongeant loin s2s racines, L'arbre national fleurit nrès de l’autel!
(Ap. GINGRASs, Ptre.)
‘Soudain, (il s'agit, ici, de l’élin de nos soldats contre l'ennemi aux Plaines d'Abraham), soudain, écrit M. T. Chapais, des acclimations éclatèrent sur le front de nos troupes. Montcalm le parcourait sur son cheval noir, tenant son épée haute dans un geste entraînant, exhortant scs soldets à faire leur devoir. Toute l’armée s’ébranla, les batullons au centre, les canadiens ct les sauvages sur les ailes ; elle s'élança vers l'ennemi avec une grande impétuosité.”
(#) Des traits psychologiques. Ils sont comme des trouées lumineuses soudiinement ouvertes sur les replis de l'âme qui parle, de l'âme dont on parle. Exemple :
“Dites à votre maitre que je vais lui répondre par la bouche de mes canons,” répliqua brusque-
He. LA NORMALIENNE
ment Frontenac au parlementaire de Phipps, en 1600. Autre exemple : l'ame invincible de nos Pères est peinte dans ces beaux vers de J. Tremblay :
Ils défrichaient, ces vaillants du terroir!
Bravant le vol des flèches homicides
Qui dans leurs rangs multipliaient les vides, Ils avançaient droit au but, au devoir.
L'ironie ; quelle qu'elle soit, fine raillerie, amère moquerie, où sarcasme acerbe, est une des formes fréquemment rencontrées du trait psychologique : Exemple: — C'est le cœur ému d’une vision où l'homme humilie sa grandeur de chrétien, qui fait juillir de la plume du Père Louis Lalande cette ironie vengeresse contre l'apostasie maçonnique.
‘Mon ami, ne soumets jamais ta dignité de baptisé et de confirmé au cérémonial d'une réception dans quelque loge que ce soit. Laisse passer docilement par ces momeries grotesques la fierté des incrédules. Quand on est trop grand pour adorer Dieu et trop intelligent pour admirer les céremonies du culte: catholique, on peut se permettre de monter jusqu'à la hauteur des postures requises pour être sacré franc-maçon.”
(g) Des traits antithétiques, phrases où l’on oppose entre elles des situations, où se produit un choc de mots, un choc de pensées. L'’antithèse met en relief plus vif, rend avec une vivacité plus intense, la pensée, le sentiment de l'écrivain. E:emple: le Père IT. Lalande, s. j., corrige l'opinion de son ami trop favorable au journalisme anglais par la définition du journalisme et par l’antithèse suivantes :
‘Le journal sert d'habitude à un double rôle: il est l’organe de l'opinion, ou l'instrument de la publicité ; il apporte des idées, ou il fournit des informations ; il fait de la propagande, ou bien de la réclame. — Comme réclime et comme publicité, tu as raison le journal anglais l'emporte sur l’autre. (Cette supériorité ï’est pas pour nous faire sécher
d'envie. — Le journal français est pus doctrinaire.... Le Français, voistu, pense, l'anglais s’ nforme; celui-là veut
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des idées, celui-ci des faits ; l’un a besoin du calme de son bureau de travail, l'autre cherche le bruit du graud public. Le premier aboutit souvent à l'utopie, le second à la marchandise....”
59.—(h) Des mots fins, mots naïfs, mots ingénus. Ce mot est l'expression vive d’un détail subtil et juste que, toutefois, les esprits communs n'aperçoivent pas, — ou encore une manière ingénieuse ct inattendue de présenter une idée.
(i) Des mots délicats, où ces bonheurs de dire des sentiments fort convenables que, toutefois, trop généralement, les cœurs ne trouvent pas; ou encore ces façons voilées mais suffisimment transparentes d'exprimer un sentiment qu'il serait impertinent de dire crûment. Exemple: Quelques dix ans après la chuce du drapeau français, en Canada, M. de Léry, admis à la Cour d'Angleterre, présentait sa femme, Madeleine Hertel de Brouage, au roi George III: ce prince lui dit tout galamment: ‘Si les dames de votre pays vous ressemblent, j'ai fait, en vérité, Madame, une bien belle conquête.”
(3) Des mots énergiques. C'est le bonheur de l'écrivain qui renferme beaucoup de sens en de brèves ptroles. Exemple : l’abbé I. Groulx, affirmant que le progrès de la race doit se faire par l’assimilation intelligente du vieux fonds canadien, par l'épanouissement en perfection de la vie du vieil ancetre dans son descendant, écrit ces vers vigoureux :
Ils gardent l'avenir ceux qui gardent l'histoire : Ceux dont la sou-enance est sans mauvais remords :
Et qui, près des tombeaux où sommeille la gloire, A l'âme des vivants mêlent l'âme des morts.
Autre exemple :
Le génie français! Dieu, il semble, en a voulu faire, dans l'ordre intellectuel, la continuation du génie grec, et dans l'ordre moral le foyer principal de la pensée chrétienne et de tous les apostolats religieux. (H. Bourassa.)
60.—(k) Des sentences. Ta sentence est une vérité générale, une belle et solide réflexion, ramassée dans une phrase d'éclat dramatique ou d'éclat pittoresque. Avee un éclat dramatique, Zidler écrit : |
“Qui renonce à sa langue, agonise en transfuge ; Qui la défend, ne peut périr.”
Avec un éclat pittoresque, Vauvenargues écrit :
“Les feux de l'aurore ne sont pas si doux que les premiers regards de la gloire.”
61.—(1) Des personnifications. Ces naïissantes prosopopées :ont des façons de dire où l'imagination attribue le sentiment et le geste d'une personne réelle à de: étres abstraits où inanimés Exemple :
re , notre vieux drapeau, trempé de pleurs amers, Ferma son aile blanche et repassa les mers.
62.—(m) Des cris lyriques. Ce sont de fortes et brèves vibrations de l'âme qui parle, ou qui écrit. En terminant le récit de notre ruine militaire en 1760, l'historien français, H. Martin, écrivait cette réflexion émue :
‘Ainsi tomba cette race d'hommes que l’habitude de vivre eu sein de la nature sévère du Nord avait rendue forte et simple comme les Anciens. Dans l’Inde on avait pu admirer quelques grands hommes ; ici, ce fût tout un peuple qui fut grand.”
N. B. — Te pléonasme et la répétition, l’exclamation et l'apostrophe, sont les formes fréquentes au cri Iyrique.
63.—Le nombre, l'harmonie. T’harmonie est une qualité de la phrase d'art que la sensibilité de l'âme et de l'oreille requiert. En effet, sensible à la beauté harmonique des mots, le lecteur cherche et goûte l’enchantement des phrases nombreuses. Boileau écrivait :
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