‹ La normalienne en belles-lettres [microforme]Chapitre 17 sur 78 · TS · texte numérisé non relu

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‘Il est un heureux choix de mots harmonieux ; Fuyez des mauvais sons le concours odieux :;

Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée

Ne peut plaire à l'esprit quand l'oreille est blessée.

Le nombre, l'harmonie est la qualité du style qui, dans le développement d'une période, ou dans la suite de plusieurs phrases brèves, ménage, pour le plaisir de l'oreille et la facilité de la diction, une exquise variété de formes rythmiques et de formes sonores.

64.—Les formes rythmiques? Dans la suite des phrases découpées en membres par des pauses que le bon sens, ou la passion requiert, le rythme est

une succession agréable de membres d'inégale mesure.

N. B. — Pour constater la variété des mesures,

on pourrait chiffrer les syllables, puis en faire le relevé,

Les formes sonores? Duns la suite des phrases découpées en membres par des pauses grammaticales où oratoires, la forme sonore est cet élément mélodique que constitue la variété des sonorités finales, — finales ? celles qui résonnent à la fin des membres.

N. B. — Pour constater la variété des sonorités finales, on pourrait souligner le dernier mot des membres, puis en faire le relevé. Exemple.

“Puissent l'Eglise et l'Etat — vivre toujours, chez nous, — dans l’harmonie la plus parfaite — et dans le respect sympathique de l’un de l’autre, —— Puisse l'Eglise — jilluminer sans relâche — ]a route — des destinées de notre chère patrie, — et les fils du Saint-Laurent, — incessamment fidèles — aux traditions ancestrales — maintenir toujours — au sommet — de leurs croyances, — de leurs affections — et de leurs espérances — la Croix de Celui qui est — Ja vie du monde — et la source de tous les biens. ””

(Sir Lomer Govix au C. Euch. de Montréal.)

Autre exemple : 11 sera facile à la normalienne de constater l’harmonieux concours des formes sonores et des formes rythmiques dans cette large phrase d'art de l’abbé C. Ro.

‘Et quand Québec, eut ouvert ses portes à l’ennemi qui triomphait par le nombre plus encore que par la valeur ;

quand Québec eut été découronné des lys qui avaient si longtemps fleuronné son diadème, quand il eut replié le blanc drapeau dont il aimait à s’envelopper comme d’une virginale parure; quand il eut vu disparaître dans une dernière victoire sa dernière espérance française, Québec se consola de tant de tristesse et de tant de ruines accumulées à la pensée qu'il lui incombait désormais et plus qu’à aucun moment de son histoire, le devoir de défendre sur cette terre envahie et baignée du sang de ses soldats, le prestige et la permanence du nom français.”

65.—N. B. — Hiatus, assonances. Ta normalienne évitera soigneusement dans la facture de sa phrase toute eacophonie, notamment l'hiatus, cette rencontre de voyelles d’articulation difficile et aussi les assonances, cette accumulation de sonorités semblables.

66.—La variété? C'est une qualité que réclament toutes les facultés du lecteur que la monotonie ne tarderait pas à dégoûter. C'est l’avertissement de Boileau :

“Sans cesse en écrivant, variez vos discours ;”? “Un style trop égal et toujours uniforme”?

“En vain brille à nos veux, il faut qu'il nous erdorme.” 67.—(a) Variez les sujets et le temps des verbes. — Evitez done ces suites fâcheuses de il... Hu een les iles Mr M er es:

— je..., je..., je..., je... et la sucession monotone des présents ou des imparfaits des verbes.

68.—(b) TVariez les tons du style. Les tons di style. C’est ce charme d'ornements littéraires qu l'imagination et la sensibilité répandent sur l'erpression de nos pensées. — Ta convenance du styl-

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vous assurera ce mérite d'une langue littéraire tour à tour et à propos, simple, fleurie, élevée ou subline.

Cependant, ce n’est pas par calcul, la plume à la main, que la normalienne attrapera avec la convenance du style ce charme des tons variés. Ainsi faisant, elle donnerait dans l'emphase, dans le phébus, dans les fausses fleurs de la rhétorique.

Où est donc pour elle le secret des tons admirablement variés? Dans la vision vive et nette de ses pensées. Il faut voir! ‘‘Bossuet, écrivait Nisard, ne se montre nulle part avec la même physionomie : il prend pour ainsi dire, celle de chaque sujet. A mesure que le voile, en se levant, lui découvre quelque partie cachée de son sujet, il ertre

4 dans ces mouvements d'air si varié et si naturel”’.

La normalienne se criera à elle-même : Que vois-je ? finalement, le voile se déchirera et la phrase prendra les teintes de ses visions ou simples ou fleuries ou sublimes.

L 69.—(c) Varicz vos tours de phrase. Ces tours

de phrase, ce sont les figures dont nous parlent surabondamment les manuels et dont il ne faut pas mépriser l'étude. Les figures ou de grammaire, ou de pensée constituent des façons piquantes de dire avec lesquelles il faut se fimiliariser, puisqu'elles “ont comme les diverses physionomies de l'âme émue de ses visions intérieures. Ce n’est pas par calcul, par vanité d'auteur que la normalienne eréera ces phrases d’art configurtes sur ses pensées,

7 grâce à de: tours divers. Pour y arriver, à! faut 4 quelle voie sa pensée. — Que vois-je? Que vois-

* se crie à elle-même la normalienne sans se las. ser jamais. Puis, quand sa pensée est devenue vision, sur cette vision qui éclaire et exalte son àme, là normalienne moule sincèrement sa phrase; et

alors l'inversion, le pléonasme et l'ellipse, la prété-

A LA NORMALIENNE

rition, la communication et la dubitation ; la suspension et la réticence, l'imprécation et la supposition, l'apostrophe, l'exclamation et la prosopopée ne sont plus des artifices de rhétorique, mais de véridiques interprétations de l'âme éprise de sa pensée. C'est bien l’enseignement que donne Nisard, quand il fait encore ce compliment à Bossuet dans le travail créateur de ses visions.

“Au lieu de donner sa forme d'esprit aux choses (dont il parle éloquemment), ce sont les choses qui, tour à tour, lui donnent la leur.”

C'est assurément üne vision splendide, qui au congrès du P. F., fit éclater sur les lèvres de l’abbë de Poncheville cette apostrophe à la langue francase :

uPéveillez-vous, d langue de France, fille de la foi chrétienne. mère des peuples civilisés ! Purifie-toi de: mensonges qui ont parfois faussé ton génie! et, de nouveau, sur les deux rives de l'Océan, dans la France d'Europe et dans |: France d'Amérique, lève-toi et marche pour porter à la face des peuples et des rois, dans tes vocables immortels, le n° béni du Christ !”

Autre exemple: C'est encore une vision vive qui inspira à Chapman, dans son poème: La char rue, le tour heureux de l'obséeration :

Oh! je demande à Dieu que jamais ne s'efface

Dans les cœurs canadiens, le saint amour des champs : Que l'instrument viril qui parle dans mes chants Fasse toujours grandir et prospérer ma race.

70.— Exercice littéraire sur les figures. Pour s' familiariser avec les figures, ces tours de phrase necessaires à l'écrivain, la normalienne s'imposera de temps à autre cet exereice littéraire, celui de rendre une belle pensée dans les tours divers qui prennent le nom de figures. Exemple: Charlevoix, ce jésuite qui vécut au Canada au commencement di XVIII sivele, écrivit dans son histoire de la Not velle-France cet éloge de nos aïeux: ‘Tout est ic

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de belle taille et le plus beau sang du monde’”’. Sur cette pensée qui nous honore singulièrement, donnons les figures suivantes.

(a) Une communication. En usant de cette figure, l'écrivain semble s'en remettre au jugement de ses auditeurs, mais il insinuc dans sa phrase le motif qui lui assure un jugement favorable. Exemple :

‘‘Hé bien! je veux m'en remettre à -otre avis, mes compatriotes. Dites, ai-je tort de vous exhorter avec instances à n'’aller pas perdre dans des foyers de sang étranger, cette part de sang que vous avez reçue de vos grands ancêtres? Répondez, n'est-ce pas votre devoir de conserver pour la race tout ce sang que Charlevoix proclamait le plus beau sang du monde ?

(b) Une prétérition. En usant de cette figure, l'écrivain feint de se taire sur ce qu'il dit bien expressément, quoiqu'il le fasse sans insister. Exemple :

Compatriotes, je ne m'arréte pas à vous faire observer que c'est à la foi apostolique de Rome et aux pensées trés chrétiennes de France, que c’est à ces principes de vie purifiants et héroïques que vous etes redevables de ce sang canadien, le plus beau sing du monde, au témoignage de Charlevoix.

(ce) Une apostrophe. Par cette figure, l’écrirain lisse là soudainement son lecteur ou son audileur pour s'adresser pendant un court moment à quelque étre particulier, ou présent où absent ou méme inanimé.. Exemple :

O sang canadien, le plus beau du monde, comme le proclamait Charlevoix! tu possèdes une fécondité vraiment inervoilleuse! Ja vie nationale que tu alimentes à fait ravonner dans nos annales tous les éclatants héroïsmes, celui de la charrue aussi bien que ceux de l'épée et de la Croix!

(d) Une erclamation. C'est à un moment pathétique du discours, comme une suite d'émouvantes interjections. Exemple :

O sang canadien! O sang dont vécurent nos habitants, ces patients défricheurs de nos champs de blé! O sang dont nos soldats firent éclater la belle furie à la Monongahéla, à Carillon, à Sainte Foye! O sang dont nos prêtres ont fait le feu si pur et si apostolique! O sang canadien que Charlevoix proclamait avec tant de vérité, le plus beau sang du monde !

(e) Une imprécation. L'écrivain qui recourt à cette figure, appelle sur l'être abhorré un malheur qui sera une malédiction de Dieu, ou des hommes. Exemple :

Grand Dieu! s’il se lève au milieu de nous des compatriotes, à ce point funestes qu'ils s'appliquent avec impénitence à éteindre dans notre sang, le plus beau du monde, et sa ferveur de foi catholique et son amour pour le lis de la France très chrétienne, grand Dieu, exterminez du milieu de leurs frères ces fils déchus de la race.

(f) Une obsécration. C'est une prière que l'écrivain adresse à Dieu ou à l’homme, en y insinuant le motif d’être exaucé; si cette prière a la forme spéciale du vœu, la figure littéraire prend le nom d’optation. Exemple d’obsécration :

O! Dieu, qui avez créé tous les sangs généreux dont ont vécu les peuples civilisateurs, ne permettez pas que le sang canadien s’altère en nos temps périlleux; conservez-le plutôt dans toutes ses ardeurs chrétiennement françaises afin qu'il soit, comme au temps de nos ancêtres, ces vaillants de la charrue, de l'épée et de la Croix, le plus beau sang du monde!

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Tel est le genre d'exercices sur les figures, assurément efficace, pour familiariser les normaliennes avec toutes les figures.

71.—N. B. — Le fond et la forme. Il faut entendre ces vocubles dont usent souvent les critiques littéraires. Le vrai varié et un, la variété et la bonne ordonnance des idées, constituent le fond de la belle page; et la forme d’une belle page compte pour éléments ceux mêmes de la splendeur littéruire : les visions esthétiques ct les phrases d'art.

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