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DEUXIÈME FORMULE DE LA BELLE PAGE

: I—La formule.

No 72.-—La belle page de description: ce qu'elle est, ses éléments esthétiques —: copie expressive et copie idéalisée du paysage.

Les deux idéalisations :

No 73.—celle qui transfigure: (copie expressive),

No 74,-—Celle qui interprète: (copie idéalisée).

No 75.—La copie expressive du paysage, ce que c'est.

No 76.—Les traits distinctifs.

No 77.—Les traits à contraste.

No 78.—Les traits marquant l'âme des choses.

No 79..-L'œil d'observation intense: don requis pour réussir cette copie.

No 80.—Une direction: refaites la vision intérieure.

No 81.—Un conseil: Décrivez le temps les yeux sur ie site.

No 82.- La copie idéalisée du paysage, ce que c'est,

No 83.—L'esprit créateur du symbole: don requis pour réussir cette copie.

No 84.—L'heureuse habitude des trois questions en présence du paysage.

No 85.—L'allégorie: ce que c'est; et quelle est sa beauté spéciale.

$ 2- Le portrait et le parallèle.

No 86.—Le portrait, ce que c'est.

No 87.—La loi des traits personnels.

No 88.—Le don du regard aigu pour réussir le portrait.

No 89.—Une direction: . wnnez éthopée et prosopographie, avec quei art?

No 90.—Avec l’art ou du symbole, ou du con-

traste.

No 91.—La poésie des comparaisons dans le portrait.

No 92.—Le versonnage de la narration.

No 93.—Le parallèle.

Nos 94-99.—Les usages de ia 2me formuie (voir plus loin).

No 100.—La causerie préparatoire à..... (voir plus loin).

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esthétique uspect SVlu descriptive, prise dans son intégrale beauté, apparait bien juste dans l'exemple suivant; le poème de Fréchette :

LA PAGE DESCRIPTIVE CHAPITRE Il.

(LE THÈME: UN PAYSAGE À DÉCRIRE.) Deuxième formule de la belle page.

$—1 La formule.

72.—La belle page dont le sujet est un paysage à décrire, c'est une copie expressive et idéalisée de la nature. — Elle nous marque les deux éléments * paysage et son aspect local et son

que. — Cette conception de la page

Renouveau.

1°: d'abord la copie expressive du paysage.

“I] faisait froid. J’errais dans la lande déserte, Songeant, rèveur distrait, aux beaux jours envolés ; De givre étincelant la route était ouverte,

Et le vent secouait les arbres désolés.

Tout à coup, au détour du sentier, sous les branches D'un buisson dépouillé, j'aperçus, entr'ouvert,

Un nid, débris informe où quelques plumes blanches Tourbillonnaient encor sous la bise d'hiver.

Je m'en souviens: — c'était le nid d’un? linotte Que j'avais, un matin du mois de mai dernier, Surprise, éparpillant sa merveilleuse note

Dans les airs tout remplis d’arôme printanier,

Ce jour-là, tout riait ; la lande ensoleillée S'enveloppait au loin de reflets radieux :

Et sous chaque arbrisseau, l'oreille émerveillée Entendait bourdonner des bruits mélodieux.

Le solcil était chaud ; la brise, caressante : De feuilles et de fleurs les rameaux étaient lourds : La linotte chantait sa gamme éblouissante Près du berceau de mousse où dormaient ses amours.

50 TA NORMALIENNE

2°: Puis la copie idéalisée du paysage :

Alors au souvenir de ces jours clairs et roses,

Qu'a remplacés l'automne avec son ciel marbré,

Mon cœur, — j'ai quelquefois de ces heures morvses, — Mon cœur s’émut devant ce vieux nid délabré.

Et je songeai longtemps à mes jeunes années,

Frèles fleurs dont l’orage a tué les parfums,

A mts illusions que la vie a fanées,

Au pauvre nid brisé de mes bonheurs défunts!

73.—Les idéalisations dont la page descriptive est l'ouvrage, — I1 y a deux sortes d’idéalisation, celle qui transfigure et celle qui interprète le paysage.

(a) L'idéalisation qui transfigure le paysage. Toute copie expressive du paysage, comme on vient d'en parler, est une copie idéalisée puisque, grâce au choix des détails plus intéressants, autre est le paysage dans la nature, autre est le paysage dans lu page littéraire. Certes, le paysage d'art est le paysage réel mais retenu seulement dans sa fleur de poésie par l'élimination des traits à caractère banal. ‘La nature, le réel, oui, je le veux, écrit Sainte-Beuve, mais je le veux rayonnant d’une chuté idéale en y mettant ce quelque chose d'art qui, sans détruire le réel, sans le rendre méconnaisstble, en élimine les pauvretés, les incohérences, les disparates, et qui fait saisir, par le choix dans le réel, un réel d’un plus vif relief.” C’est à cette idéalisation que nous devons la copie expressive du paysage.

74—(b) L'idéalisation qui interprète le paysage. Ilest de bonne littérature d'interpréter les paysages, car d'eux sortent de confuses paroles que l’écrirain doit préciser; de muettes pensées qui veulent ètre traduites.

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vient grâce est le dans est le fleur actère écrit d’une d'art nnaisnces, dans cette PSSIVE

sage.

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Là. debout, appuyés sur nos bâtons noueux, Contemplant l'horizon qui charmera nos yeux,

Nous rêverons ensemble et sans bruit de paroles, RS afin que les symboles

De la sainte nature en nous puissent venir

RSS et nous entretenir. (M. de GUÉRIN.)

C'est à cette idéalisation que nous devons la co-

à pie idéalisée du pasage.

75.—La copie expressive du paysage. Cette conie, ouvrage de l’idéalisation qui transfigure, est l'esquisse littéraire, le tableau incomplet, la des-

à cription du paysage — composée de traits bien choi-

sis, — écrite dans des phrases d'art si précises et si colorées (voir les N° 50, 54.) que le lecteur croit avoir l’objet sous les yeux.

76.—Ces traits bien choisis sont de trois sortes : (a) les traits vraiment distinctifs du paysage qui constituent ses excellentes couleurs locales (voir N% 9 et 10); exemple: Québec, foyer des Lettres canadiennes.

“Nous n’osons plus dire, écrit l'abbé C. Roy, que Québec, perché sur son Acropole, est l’Athènes du Canada; il y a, certes, dans cette phrase classique que certains Grecs de la Nouvelle-France aiment encore à répéter aux oreilles avides d'harmonie, une ambition et une sorte de fierté que justifie mal l'événement ; mais nous osons croire encure que Québec, qui se dresse avec tant d'élégance dans le ciel et dans la lumière, qui se couronne de tant de grâces et de vaillance, qui baigne si profondément dans le flot gris ou bleu son rocher pittoresque, qui regarde avec tant de joie les spectacles incomparables que la nature a multipliés autour de lui. et qui s’enivre si facilement du vin de sa gloire ; nous pensons que Québec où l'érable verdoie mieux que l'olivier d’Athènes, qui porte sur les Laurentides un regard que ne pourraient plus étonner les montagnes de l’Attique, est bien, ici, sur ce sol du Canada, la cité de l'esprit, la ville des arts et des lettres.”

77.—{(b} Les traits à contraste, puisés dans le paysage méme ou dans un autre qui offre avec celuià des rapports d'opposition. Un bel exemple de

ce mérite s'aperçoit dans le poème du Renouveau: la scène chantante du printemps fait contraste avec l'aspect éploré de l’automne.

78.—Les traits marquant l'âme des choses. L'âme des choses? c’est l’homme ou Dieu prenant place dans le paysage : souvenirs ou espoirs qui, en méê:lant leur poésie à celle de la nature, éveillent une émotion, une sympathie, toujours goûtée du lecteur.

Exemple: elle est intéressante par ses détails locaux cette page descriptive de l’abbé E. Auclair, sur le rocher au pin. Mais 1 évoquant un souvenir français et la légende abénaquise, l’auteur à jeté sur li description de ce témoin du passé, 1: charme de l’äme des choses et la page descriptive en est beaucoup plus belle.

Le rocher au pin.

‘Les habitants de Sherbrooke ont, eux aussi, dans les limites de leur ville, un témoin du passé qui mérite mieux qu’un regurd indifférent, j'ai nommé le Rocher au pin. — Fix en plein dans les eaux du Saint-François, un peu au-dessou: du confluent que forment dans cette rivière les eaux du Magog, le rocher bizarre m'a l'air d’un vieux grognard: alors que les rives et les collines d’alentour s'ornementent et se parent de jour en jour, il conserve, lui, sa rocailleus: sauvagerie.... C’est un spectacle extraordinaire que celu que présente cet arbre apparemment desséché dont la vit: lité ne s'affirme que par quelques rameaux d’un vert douteux Comment a-t-il poussé 1à? Comment peut-il s’approvision ner de sève, alors que sa souche est assise à plat sur un surface dénudée et que ses maigres racines ont si loin pou se rendre, de crevasses en crevasse, jusqu’au lit de la rivière On Jui coupait une branche, l’autre année ; on l’envoyait à l'Université de Québec, pour lui faire dire son âge. L: science affirma que ce pin rabougri est au moins deux foi: centenaire !.... Il est bicentenaire! Il vivait donc au temp: des Français! Notre vénérable solitaire du rocher a dom vu, un jour, le drapeau aux fleurs de lis claquer à la brise En cffet François Hertel, venu des Trois-Rivières, remontait. en 1690, le Saint-François avec cinquante-deux hommes, sou: les couleurs de France : il allait porter la guerre au pays d: la Nouvelle-York. Or le drapeau blanc, alors, c'était |

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La France a donc passé ici! Debout, citoyens, — Que si le

France.

c'est la France qui passe! Vive la France!

point d'histoire vous paraît mince et qu’il faille une légende

pour poétiser le rocher au pin, je vais vous la fournir. Deux ans après le passage de Hertel, d’autres soldats, alliés à la France, passaient ici. Les Abénaquis, à la recierche des Jroquois, arrivaient au Grand-Portage par le Saint-François. Les farouches alliés des Anglais y étaient venus par le Magog. Une rencontre eut lieu, c’est dire une bataille. Mais, détail curieux et qui rappelle le classique fait d'armes des Horace et des Curiace,.... on convint de part et d'autre de s’en rapporter à un. Il fut arrêté qu’un guerrier de chaque nation devrait courir autour du rocher au pin jusqu’à épuisement. Le vainqueur à la course aurait droit de tuer son adversaire et cela déciderait de la victoire entre les deux urmées. Ce fut l’Avenaquis qui l’emporta.

(Sherbrooke, juin 1902.)

79.__L'œil d'observation intense. Le don nécessuire à L'écrivain, pour réussir la copie expressive du paysage, c’est l'œil d'observation intense. ‘‘Crèvetoi les veux à force de regarder”, disait Flaubert, — “ais surtout il a des yeux, écrivait Tanson de l'historien Joinville, et tout ce qui passe devant ses veux, y laisse une image précise”.

Done, il faut voir. Toujours il en faut venir là. Combien l'institutrice doit être attentive à corriger chez L'enfant Lt déplorable habitude de regarder muehindement: chez l'élève qui ne sait observer la nature, F'imagination esthétique n'a pas chance de s'éveiller.

80.—\. B. Une direction. L'écrivain n'est pas un touriste qui prend des notes. C'est un artiste qui voit. C'est pourquoi, après avoir recueilli, les veux sur le paysage, Îles détails, les traits marqués plus haut, l'écrivain les livre à son imagination et avoe ces traits choisis, il tâche de se faire du paysage une vision intérieure toute vive: c’est alors le moment d'écrire. Sans cette représentation idéale que l'imagination va créer, l'écrivain risque de faire de

tous les détails du paysage une énumération froide et décousue. Cela ressemblerait à une analyse plutôt qu'à une peinture.

81.—N. B. — Un conseil : Pour donner la description du temps, ne fixez pas les yeux sur Île firmament, mais sur le site géographique, et vous éviterez la banalité. Ainsi, si vous décrivez un clair matin, les yeux au ciel, ce lever du jour sera vraiment le même à Québec, à Montréal, à Ottawa, c'est une banalité. Décrivez-le les yeux sur le site qu'il éclaire, et vous peindrez trois clairs matins aussi beaux que divers : il y a couleurs locales. Concluez donc que du temps et du lieu vous ne faites qu’une seule vision.

82.— La copie idéalisée du paysage? Ouvrage de l'idéalisation qui interprête, cette copie précise la parole confuse ou divine où humaine qui sort du paysage; elle exprime nettement la pensée muette ou divine ou humaine que le paysage contient ; c’est enfin la copie qui change le Piysige en symbole, avec une parfaite justesse, avec un parfait balancement.

83.— L'esprit créateur de symbole, pour réussir la copie idéalisée, le don nécessaire à l'écrivain — c'est le souci habituel de faire comme sortir du paysage une réflexion humaine ou divine que le bon sens ou le bon goût inspire: — c'est l'esprit créateur de symboles par une facilité acquise à interpréler les paysuges aux paroles confuses, aux pensées muettes. — V. Hugo, allant aux champs, s’appliquait à voir ‘‘et, par le vent bercées, pendre à tous les rameaux ce confuses pensées.”” — Et ce don, la normalienne le sollicite à agir en face du paysage intéressant en se posant la question: À quoi cela me ‘t-il penser ?

84.— Une heureuse habitude que la normalienne fera prendre à son élève aussitôt que possible, sera

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celle de se poser trois questions en présence de tout paysage qui impressionne vivement.

(a) Première question. Qu'est-ce que je vois? et son regard d'observation intense, promené sur cette tranche de la nature, en discernera les traits locaux, à contraste, ou âme des choses, et en at-

trapera la beauté originale.

Deuxième question.(b) À quoi ce paysage me faitil penser? À cette question, ce que le paysage a de suggestif, ne tardera guère à se dégager.

(c) Puis pour réaliser en perfection cette page littéraire, l’élève se posera une troisième question : “Est-ce qu'il y à un juste balancement entre les deux parties de mon paysage littéraire, l'expressive

et l'idéalisée? Cela balance avec justesse : quand à chaque trait de la description répond un détail de l'idéalisation. Il importe que ça fasse juste, car tout détail oiseux dans la copie expressive en gâte la transparence symbolique. Exemple de juste balancement dans ce gracieux poème de Routhier : au double détail de la copie expressive: l'étang fanceux et le lotus immaculé, répondent les déux détails de l'idéalisation : le monde scandaleux et la femme candide.

Idéalisation.

‘Je passais l'autre jour au bord d'une eau dormante Qui croupissait verdâtre en un marais fangeux ;

Et j'y vis, tremblottant sur sa tige charmante,

Un lotus dont l'éclat éblouissait les yeux ;

Sa corolle de lis, ouverte, étincelante,

Sans souillures, flottait sur cet étang boueux,

Et conservant toujours leur blancheur éclatante Ses pétales d'argent se dressaient vers les cieux.

85.—L'allégorie. Nous ne donnons pas ici, toute la doctrine de cet élément littéraire. Pour ne pas sortir du domaine de la deuxième formule du beau, la normalienne ne s'intéresse qu’à l'allégorie, créée avec ces matières du paysage, le minéral, le végétal ou l'animal. Exemple :

La demoiselle.

Par Mme Louise CoLer.

Dans un jour de printemps est-il rien de joli Comme la demoiselle aux quatre ailes de gaze, Aux antennes de soie, au corps svelte et poli, Tour à tour émeraude, ou saphir, ou topaze !

Elle vole dans l'air quand le jour a pâli;

Elle enlève un parfum à la fleur qu’elle rase ; Et le regard charmé la contemple en extase Sur les flots azurés traçant un léger pli.

Comme toi, fleur qui vis et jamais ne te fane, Ah' que n'ai-je reçu des ailes diaphanes!

Je ne planerais pas sur ce globe terni.

Aux régions de l’âme où nul mortel ne passe, J'irais, cherchant toujours dans les cieux, dans l’espace Le monde que je rêve, éternel, infini.

Tel qu'il se présente, ce petit poème est une copie expressive et idéalisée de la nature. — Se souvenant de l'avoir lu, la normalienne écrit : L'âme jeune qui, chercheuse de bons livres, s’embaume de pensées idéales, c’est, pour moi, la libellule qui vole aux fleurs des grèves ensoleillées, avide de s’en parfumer. La normalienne a fait avec les éléments du poëme une gracieuse métaphore. — Mais voici que, garCant dans sa pensée ce tour métaphorique et insistant sur les analogies de cette âme avec la libellule, la norm:lienne écrit: Ma jeune amie, si heureuse de sortir enfin de ki ténébreuse ignorance, si éprise d'un vol libre dans les clartés idéales et chrétiennes, c'est pour moi, la demoiselle aux ailes de gaze. La grève sereine et fleurie est le lieu de ses visites de joie. Sortie enfin des heures noires de

la nuit, elle goûte le rayon virginal que le soliel,

, toute Æ source de la lumière, allume sur l'enveloppe de son ne pas Æ aime. Les souffles d’une brise chargée de parfums, 1 beau, Æ l'éclat des candides nénuphars, le miroir des eaux , Créée Æ calmes où le ciel se réfléchit, tout cela est sa vie, > VÉgé- À «on amour, son extase. — Cette métaphore, soute-

nue à travers tant de phrases, change de nom; on l'appelle allégorie.

4 L'allégorie — est, donc, une métaphore prolo». LET. yée. C’est un concret amplement retracé dans l'i- Ærigination pour faire rayonner dans l'esprit et plus vive et plus embellie une idée abstraite. La beauté de la fiction allégorique, ce n'est pas de donner l’un après l’autre le paysage, puis la pensée muette qu'il contient; cette beauté est de fusionner si bien le concret avec l'abstrait que le lecteur, en lisant celuila, aperçoit celui-ci. Les deux visions, celle du con- Æcrct et celle de l’abstrait, resplendissent en concours. 41: paysage ne laisse pas d'être un voile jeté sur la pensée; mais la transparence en est si grande que space A1 lecteur, ce semble, aperçoit moins le voile délicat œuue la pensée qui rayonne sous lui.

> copie . : : , . + $ Z—Le portrait et le parellèle.

ie qui, #4 86.—Le portrait? Le portrait, c'est la descrip-

ensées Æfion de l'homme, non pas de l’homme en général: le aux ce serait un caractère, mais de l'individu dont nous

parfu- voulons causer: nous sommes ici en pleine réalité. nts du — Est-ce la description de l'individu au physique, i que, ‘est une prosopographie ; — est-ce la description et in- de l'individu au moral, c’est une éthopée. Exemple : À libel- Le portrait de Champlain.

i heu- | par GARNEAU.

et #& #4 Champlain au moral:

.chré 7 .., : ; : »

Fe Né à Brouage en Saintonge, Champlain avait embrassé

ne métier de la mer et s'était distingué.... Doué d’un jugede ses rent droit et pénétrant, d'un génie pratique, Champlain poures de À

vait concevoir et suivre sans jamais s'en écirter, un plan étendu et compliqué. Trente ans d'efforts pour établir le Canada prouvent cette persévérance de son caractère....

Champlain a laissé une relation de ses voyages ; on y trouve un observateur judicieux et attentif, tant les détails sur les mœurs des aborigènes et sur la géographie du pays sont abondants et fidèles :....

Champlain au physique :

Champlain avait une belle figure, un port noble et militaire ; et sa constitution vigoureuse le mit en état de résister à toutes les fatigues de corps et d'esprit qu'il éprouva dans sa rude carrière....

87.— La loi des traits personnels: Pour donner aux descriptions des paysages une valeur littéraire, on à recommandé d'en annoter dans un vif relief le ton local, le caractère singulier. De même prenons note, pour composer le portrait littéraire, des traits les plus marquants du personnage. L'écrivain qui dégage bien l'aspect personnel de l'individu à peindre, et en donne au lecteur la particulière impression, celui-là entend son art. Dans le portrait de la Vénérable Mère Marie de l’Incarnation dont nous donnons ici un exemple, l'élève remarqueri avee quel soin l'historien Ferland met en relief la force d'âme, cet aspect vraiment personnel de: la grande Ursuline.

“Le dernier jour d'avril de l'année 1672. mourait la Mère de l'Incarnation.... qui, par ses vertus et par son intelhgence des choses spirituelles, a mérité d’ètre nommée 1 Thérèse de la Nouvelle-France.

Possédant un esprit supérieur, un courage calme et inebranlable, une patience que rien ne pouvait lasser, elie était éminemment propre aux devoirs qu’elle fut appelée à remplir: à la tête d’une communauté de filles, faible et dénuée «de ressources, elle sut inspirer à ses compagnes la force d'âme et la confiance en Dieu qui la soutenaient elle-même... Survenait-il quelque malheur subit, elle se, dressait dans toute la grandeur d'une chrétienne de la primitive Eglise pour la recevoir avec constance... Son âme forte et grande semblait s'élever naturellement au-dessus des malheurs qui

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assaillaient la colonie naissante.... Habile à manier l'ai. guille et le pinceau aussi bien que la plume, capable de surveiller les travaux de construction comme les ouvrages de l'intelligence, elle réunissait, suivant l'opinion de ses contemporaines, toutes les qualités de la femme forte dont l'Ecriture Sainte fait un si beau portrait.”

88.—Le don nécessaire pour réussir un portrait : Ce don, c'est celui du regard aigu. ‘‘Saint-Simon, ccrivait Daudet, a le regard aigu; il voulait dire l'observation intense... Et qu'est-ce que ce regard aigu ? |

(a) Comme don psychologique, ce regard aigu est cette finesse d'esprit qui discerne l’âme intime de l'individu; nous voulons dire qu’il aperçoit sous les plis et les replis du cœur, ces menus détails de vice où de vertu, de dons ou de talents qui constituent le personnel de l’homme.

(b) Comme don pittoresque, ce regird aigu ‘st cette observation exacte, laquelle remarque l’attitude, le geste, la parole, le sourire, la moue, le soupir, le clin d'œil, bref, tous ces petits faits sen- Sibles, formes concrètes de l’âme qui la traduisent ou qui la trahissent.

"J'étais tout yeux, disait Saint-Simon,” c’est dire qu'il avait les deux regards aigus : le pittoresque et le psychologique.

Pour les exemples, lire La Bruyère.

89.— Une direction. Ferez-vous des éthopées ou des prosopographies? Le lecteur étant homme d'üitelligence, veut l’éthopée, mais il veut encore l1 prosopographie, car il est homme d'imagination. L'écrivain judicieux donnera donc dans le portrait de l'individu à peindre, et sa prosopographie et son éthopée. — Et il le fera de l’une ou l’autre manière: — ou bien il ies fera suivre l’une l'autre; — ou bien i les fusionnera avec art.

90.—Avec quel art? ou bien avec L'art du symbole, ou bien avec l'art du contraste.

Avec L'art du symbole: ce sera dans le cas où les traits physiques de l'individu peuvent ètre symboliques des traits de son âme. Exemple: portrait de Bossuet par Lamartine.

Bossuet encore jeune prêtre.

“Dans cet adolescent, on reconnaissait tout de suite le lévite, tant la tonsure ct le vêtement clérical convenaient à sa physionomie, à son maintien. Sa taille, déjà élevée, avai ln délicatesse, la souplesse de l’homme qui ne porte que le fardeau de la pensée et que la génuflexion assouplit sous l: majesté de Dieu.

Ses cheveux étaient bruns et soyeux ; un épi involontair relevait au sommet du front une ou deux boucles, et c’étai comme une chevelure où passe le vent de l'inspiration.

Sa bouche s'ouvrait largement entre des lèvres fines, € ces lèvres frémissaient souvent encore que muettes comm sous le vent d’une parole intérieure que la modestie répr mait devant des homrws plus âgés...”

Avec L'art du contraste: se cera dans le cas o les traits physiques de l'individu sont en manifest opposition avec ses traits moraux. Exemple: € portrait d’'Elise, sa sœur, par L. Veuillot. L'éer vain y souligne trois contrastes: Son commerce €: plein de complaisances et ses idées sont austère: son commerce a des éclats terribles et son espi est passionné de réserve; SON commerce abonde « amubilités et c'est une àme d'airain :

Elise.

“C'est une personne très austère. Elle a nombre d'id rigides qui saisissent toute son existence et d’en déinor un peu à l'occasion elle ne saurait par peur de commet de Tâches complaisances. ‘‘Chez ma tante, observait 11 de ses nièces, il n’y a pas d'opinions; tout esë princin: Néanmoins Elise er: née aïeule. je veux dire, remplie tendresses pour les ’aibles et les infortunés. Aussi P élever ses nièces orphelines, elle sacrifia ses rèves mor tiques de vingt ans et demeura sous mon toit.

ymbole,

; où les symboportrait

suite le enaient à vée, avait te que le it sous la

volontaire et c'était tion.

fines, et es comm?

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e cas où nanifeste nple: ce

L'écri- 2 nerce est

austères; on esprit bonde en

bre d’idées# n démordre commettri epvait l’unt

Aussi pourf èves monws

Acide des Trojnois, le 7 février 1662.

Elise! c'est une personne passionnée de réserve ; cependant elle à des éclats terribles. C'est un esprit au fourreau qui sort soudain comme une épée à couper son homme er deux du premier coup.

Eliss! c'est une personne aimable et aimée mais elle s'applique à n'inspirer qu'un amour de respect. Dieu semble l'avoir mise au monde pour faire voir aux fils des hommes que, si tel est son bon plaisir, il peut créer des anges de fer.”

Cet art du symbole ou du contraste répand une -xquise poésie dans le portrait. Mais si vous amal- “umez les traits physiques et moraux sans cette raison d'analogie où d'opposition, il y aura dans le portrait une laideur, celle du décousu.

91.— Une autre poésie fort goûtée dans les portraits, c'est la poésie des comparaisons pittoresques on psychologiques que suggèrent à l'écrivain les tits du corps ou de l'âme de l'individu à peindre.

92.—Le personnage du récit. Dans les narrations écrites d’après la première formule du Beau, l'écrivain doit présenter au lecteur son héros. A

9 t endroit du récit, l'écrivain aurait bon goût de

composer le portrait moral du personnage en prenunt les renseignements de l'histoire... Par exemple, Ti normalienne doit raconter la mort de Lambert Closse, de Villemarie, tombé dans une embus- Soigneusement, elle relève dans l'histoire, les paroles et les sestes du héros, où ceux dont il a été l'objet ; puis, Si moisson achevée, elle écrira ce portrait : Lambert Clesse possédait tous les héroïsmes. Il était exceilent soldat (deux faits) il extermine avec 20 solkits une colonne de 200 Iroquois; Maisonneuve le «it major de Villemarie ; — il était excellent colon (leux faits). Il reçoit de Maisonneuve la hache

æ fricheur; il défriche 40 arpents de sa seigneu-

it, — il était excellent chrétien (sa mémorable papol): ‘je suis venu à Villemarie pour Y mourir n servant Dieu dans la profession des armes. Si

62 LA NORMALIEN NX?

je savais que le mariyre me ser iei refese, J n'en irais combattre contre Les Tores sur les bot

du Panube.” 93.—Le parellele: Voici une page descriptive à un

crand art Ï parallèle, c'est un proci dé tt:

raire qui consiste nner deur portraits à la fois et a le tire en mu les trait: distunrtifs des deux PErRONNUTES Tec CURE allermance 847 mme conduite, en vue de leur donner un plus ele. 4 parallèle done, se découpe n coupis te 1ux phrises bien baiancées pour marquer visemer Ja suaili tude de traits chez les personnages 1 com

rnison. Exemple: Parallèle de \ntcom

Levis.

Montcalm et L par l’a H

“Rarement deux commendan:: furent li it:

amitié et s'entendirent si bien ensembl: ‘dans Lou leurs opérations; et toutefois leurs :aract résentas t de contrastes frappants. Autant l'un ét rdent at l’au tre était tempéré. Mi am tu table il : son tempérament avait la chaieur du siel do! e s'emportait facilement, ais recevenait maît mi: avec la même facilité.

Le chevalier de Le quoi né dans mme Montcalm, n étui ni 20 juacite.

Il était calme 1h?

Tous les deux 1 nb cux,r int toujours de l'avancemei ri | et des honneurs.

Leurs yeux sans sse, rna Cour de Versail les pour demander ce qu le du temps, on appelait des grâces. Mais \on cré f: ‘lement des obstacles, tandis que Lévis les itai avi grand sin, ne perdant jamais de vue le ut oil por ivait.”

S3- es usages de la 2° formule.

L'art acquis par la normalienne en pratiquant Ja formule lui est bien utile:

No 94.—{(: cet : * elle produira de belles pages des-

(b). Elle omposera le cadre, le décor, (temps et

sé, } lieu) où le personnage de son récit doit pabor raître.

À Ne 95.— (ec). Avec cet art, la normalienne produira de bel.

> d'us à les rêveries littéraires.

tte 1 Ne 96.—(d). Elle composera de beaux rapports de fête. a fois N°* 97.9899.—File trouvera des comparaisons fraîches et : deux Justes.

con-

L 94 (a) La normalienne aura recours : la 2° forhnséé pour créer là bel! page descriptive : la copie sirnili \ -sive et idéalisée du paysage.

om El en usera pour composer au commence-

ni de KE narration, avec l’esquisse du temps et

du heu, le <°dre de lu nature duns lequel le personnage du récit doit apparaître au lecteur.

9%. (ce) On en use pour développer des rèveries littéraires. La réverie littéraire ? C'est la co-

è pie expressive d'un prysiye — coupée à certains ende: droits par des idéalisa ns, c'est-à-dire par des rél'au ilexXions divines ou | ines, suggérées par les rt cléments mêmes du p: de telle sorte que, en # éliminant les idéalisation lecteur n'aurait sous ts yeux qu'une simple ce, expressive, mais une

mme

ct belle, du paysage qui à fait réver. Des sujets bistoriques comme ceux-ci : Dernier regard de Chümplain sur Québec quand il sort de la rade

après la reddition de la ville aux Kertk; ou encore

quacite.

toujours

nneurs.

Versail Dernier regard de Maisonneuve sur Villemarie on appe- quan 1} la quitte pour rentrer en France’”, ete, ent des ete., seraient un thème à belles réveries. nd sin, 96. (d) On en use pour rédiger des rapports léte.

Pour faire d'un rapport de fète une page d'art, F roici le procédé que la normalienne fera bien de

suivre,

ges des- %

G{ LA NORMALIENNE

Elle se poser une première question. Quels sont les moments de la fête qui m'ont fort intéressée ? Elle en annotera cinq ou six.

Elle se posera une deuxième question. De ces sx moments de la fète, lesquels sont les plus mémorables? Elle en choisira deux ou trois. De ces moments choisis la normalienne fera une copie expressive et idéalisée. — (N. B. Lies discours des héros de la fète peuvent tenir lieu d'idéalisations). Quant aux autres moments dont elle veut garder mémoire, là normalienne se contentera de les consigner élégamment dans son rapport.

N. B. — On peut voir que la facture d'une réverie et celle d’un rapport de fète sont presque identiques.

97.—(e) On en use pour créer de fraîches et justes comparaisons. Qui cultive l'idéalisation qui interprète le paysage, ce don de faire rendre au paysage une parole humaine ou divine, celui-là se ramasst en peu de temps un précieux trésor de comparaisons et de métaphores. Et ce don des comparaisons qui traduisent des pensées abstraites par des images concrètes, est bien nécessaire et à nos écrits et à nos conversations.

98.—Les compiraisons fraiches? On dit que là comparaison est fraiche, quand celui qui en use, l'a tirée non pas de son livre, mais de sa vie, non pis de ce qu'il a lu, mais de ce qu'il a vu et senti.

Ecurtez lt comparaison livresque ; aimez la conparaison vécue. Quand l'écrivain tire la comparaison des lieux mêmes où se passe l'événement qu'il raconte, ce parfum du terroir est pour la compariison ou la métaphore un surcroît de fraîcheur fort goûté.

Dans ce passage un peu enchevètré de l’abhe Casgrain, il sera facile à la normalienne de dégi:

s sont ver l'exemple d'une comparaison admirablement essée ? fraiche, et prise dans le terroir. L'historien vient de nous raconter l’apostolat en Acadie, vers 1700, Je Ces © et des prètres du clergé de Québec et des Sulpiciens IS ME # de Villemarie; il écrit en finissant. De ces É TEEN ? ?

: “Quand on traverse, aujourd’hui, visiteur préoccupé de 1e EX" # souvenirs, cette région dont Port-Royal était le grand village, rs des 4 on circule pendant quelque temps entre deux rivières qui tions). arrosent les petites prairies, occupées jadis par les proscrits, garder © et qui vont en se rapprochant jusqu’à ce qu elles ne forment plus que le même cours d’eau avant de se jeter dans le + OUR bassin de Port-Royal. C'est l'image de ces deux sociétés + de missionnaires qui ont fertilisé ce champ de l'Eglise du rèéverie ® Canada en travaillant dans une si parfaite union qu'elles se ‘ : 4 confondent, aujourd’hui, dans les mêmes souvenirs de l’hisidenti- 4 toire.” | 99. Les comparaisons justes, les métaphores L justes lustes” Celui qui pratique l'idéalisation avec le i'inter- % uci du juste balancement, contracte l'habitude de AYSALC Æ n'admettre dins l'élément pittoresque de la com- AMAÉS SE prraison, que les détails exigés par l'analogie avec MAISODS À les détails de la pensée abstraite. Il sent comme OnS QU & l'instinct que là finit la comparaison où cessent les Images rapports entre l’objet matériel et la notion intellits et à Æuible. Et ainsi la comparaison vidée de tout détail + veux se fait plus transparente ct plus juste. que la % 100.—La causerie préparatoire à la rédaction de use, l'a æ la page descriptive. La direction pédagogique est non Pi 2% donnée au N° 27, Annotons seulement ceci: La ti. À dauserie préparatoire à In rédaction de la page la con- ©Æ descriptive est bien ordonnée si, guidée par la définimparai- Æ tion Gu beau descriptif, l'institutrice pose — pour nt qu'il Æ hi copie expressive du paysage — trois questions : ympariii- + Quels sont les détails locaux ? Quels sont les déeur fort A tuls à contraste ? Quels sont les détails qui mar- À quent l'âme des choses ? — Et pour la copie idéae J’ablhé Este, deux questions: A quoi ce paysage me fait-il

le dégr- 2 reuser? Est-ce que le balancement est juste? —

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