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“Vous avez donc été frappée du mot de Mme de La lFavette, mêlé avec tant d'amitié. Quoique je ne me laisse ras oublier cette vérité, j'avoue que j'en fus tout étonnée ; cir je ne me sens encore aucune décadence qui m'en fasse souvenir, Je ne laisse pas cependant de faire souvent des reflexions et des supputations et je trouve les conditions de la Vie assez dures. Il me semble que j'ai été traînée, malre moi, à ce point fatal où il faut souffrir de la vieillesse : je la vois; m’y voilà; et je voudrais bien, au moins, ménaser de ne pas aller plus loin, de ne point avancer dans ce chemin des infirmités, des douleurs, des pertes de mémoire, des défigurements qui sont près de m'outrager ; et j'entends une voix qui dit: il faut marcher malgré vous, ou bien, si vous ne voulez pas, il faut mourir; ce qui est une autre ‘xtrémité à quoi la nature répugne. Voilà pourtant le sort de tont ce qui avance un peu trop ; mais un retour à ia volnté de Dieu et à cette loi universelle où nous sommes condamnés, remet la raison à sa place et fait prendre patience. Prenez-la donc aussi, ma très chère, et que votre amitié trop
tendre ne vous fasse pas jeter des larmes que votre raison doit condamner.”
134.—Le couplet badin, le cuquet, c’est l'endroit de lu lettre, quel qu'en soit le thème, fait, paysage, ile générale, où l'écrivain plaisante manifestement tt sénéralement avec un air légèrement précieux. Le ciquet est done un morceau littéraire sur un suit généralement léger, mais souvent sérieux, écrit trecune verve bouffonne et précieuse, c’est un char- Hunt badimage. — Exemple : Mme de Sévigné qui Vient de raconter une noce à Mme de Grignan, badie comme il suit sur le Grand Condé: c’est un iiusant caquet :
‘Je vous dirai une nouvelle, la plus grande et la plus {Xtraordinaire que vous puissiez apprendre: c'est que M. le Prince fit faire hier sa barbe ; il était rasé! Ce n'est point ‘ie illusion, ni une de ces choses qu'on dit en l’air: c’est Une vérité; toute la cour en fut témoin ; et Mme de Langec- Prenant son temps qu'il avait les pattes croisées comme © hon, Jui fic mettre un justeaucorps avec des boutonnières de diamants; un valet de chambre, abusant anssi de sa Pitience, le frisa, lui mit de la poudre, et le réduisit, enfin,
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à être l'homme de la cour de la meilleure mine et une tète qui effaçait toutes les perruques : voilà le prodige de 1 noce. ”?
135.—Lc coupit lyrique, quel qu’en soit le theme, fait, paysage, idée générale, c'est le passage de La Lettre où l'écrivain écrit manifestement, non pas pour raconter le fait, pour décrire le paysage, pour exposer l'idée générale, mais pour répandre en renaissantes effusions son âme profondément émue ; et ce fait, ve paysage, ou cette idée générale n’est là que parce que le sentiment y a pris naissance, ou bien y trouve son aliment. Exemple: Mme de Grignan avait suivi son mari en Provence, au mois de février 1671; c'était la première séparation de li fille l'avec sa mère; la marquise de Sévigné écrivait à sa fille, un mois après cet adieu, de Lévry:
“Voici une terrible causerie, ma chère enfant ; il y a trois heures que je suis ici.... dans le dessein de me retirer du bruit du monde pour jusqu'à jeudi au soir: je prétends être en solitude; je fais de ceci une petite Trappe; je veux prier Dieu, y faire mille réflexions.... Mais ce que je ferai beaucoup mieux que tout cela, c'est de penser à vous, ma fille ; je n’ai pas cessé de Je faire depuis que je suis arrivé? et ne pouvant contenir tous mes sentiments je me suis mise à vous écrire au bout de cette petite allée sombre que vous aimez, assise sur ce siège de mousse où je vous ai vue quelquefois couchée. Mais, mon Dieu! où ne vous ai-je point vue, ici; et de quelle façon toutes ces pensées me traversent: elles le cœur? Il n'y a point d’endroit, point de lieu. ni
dans la maison, ni dans l’église, ni dans le pays, ni dans le
jardin où je ne vous aie vue; il n'y en a point qui ne me fasse souvenir de quelque chose. — De quelque manière que ce soit, cela me perce le cœur: je vous vois; vous m'étes présente ; je pense et repense à tout. Ma tête et mon esprit se creusent; mais j'ai beau tourner; j'ai beau chercher: cette chère enfant que j'aime avec tant de passion, est à
deux cents lieues de moi; je ne l'ai plus; et sur celi Je pleure sans pouvoir m'en empêcher.”