‹ La normalienne en belles-lettres [microforme]Chapitre 35 sur 78 · Causerie avec une personne cultivée. La · texte numérisé non relu

Causerie avec une personne cultivée. La

normalienne a reçu une culture distinguée ; Elle au-

ER rait tort de l'oublier. Et sans ètre de la Chambre

ie : bleug d'Arthénice, la châtelaine de Rambouillet et

la maîtresse des Précieuses, Li normalienne prendra

garde de mettre dans sa vie l'éclat des convenances,

\ ces manières d'avoir de l'intelligence et de l'âme

12 incontestablement belles. C'est pourquoi il est con-

DE le venuble qu'une normalienne forme des liaisons dis-

L tinguées et qu'avec ses bonnes amies, elle sache

Ho: causer de tout et notamment de ses lectures. Or,

3 en achevant une lecture de Lafontaine, la normi-

lienne s'est écriée : Oh! le charmant petit poème’!

: Et sa jeune amie, moins initiée aux secrets du fubu-

: liste, pose la question : ‘Quel est done le charme des Fables.” Ce mot sollicite la causerie.

144.—Le charme des fables. Les fables de L1fi: fontaine sont des poèmes charmants et ce charme

ir que le fabuliste y a répandu, c'est celui de son génie si et celui de s4 poétique.

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$ I—Son charmant génie.

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145.—Le génie de Lafontaine, c'est une exquise fusion de naturalisme et d’idéalisme, et il suit de là que sa fable est une vision de la nature, mais une

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Or, D'miime’!

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\ision idéalisée, grâce à une ubstraction esthétique. Expliquons :

146.—Le naturalisme, le premier élément du gé- “ie de Lafontaine. Quand on se soucie de suisir le sonie d’un écrivain, il importe de découvrir l'objet libituel de ses pensées, car tel est l'aliment, telle sera l'origirale physionomie de son génie. Par exemple, Bossuet se nourrit d'Ecritures Suintes et des l’eres qui les commentent, et voici que sa voix est celle d'un voyant : il écrit le discours sur l'Histoir : Universelle : ce livre fait de visions, la suite des Epo ques, la suite des Empires, la suite de lu Religion. lenelon ne nourrit des classiques grecs ; sa voix est celle d'un Attique; il écrit Télémaque, ce livre fait des fleurs de pensées que contiennent les chefsd'œuvre de la Grèce.—Hé bien! “afontaine alimente son génie d'une nature finement observée et son insp'ration est celle d'un artiste naturaliste, on le voit bien à la lecture de ses fables. Mais lui-même, le ttbuliste, nous apprend que l'aliment de ses pensces, c'est la nature. ‘Maintenant, écrit-il à son «ini Maucroix, ne quittons pas la nature d'i vas.” EU l'a fait, c'est que le fabuliste avait 1 our, le Sentiment de la nature.

147.—Le sentiment de Li nature. Ta sentimen:,. luniour de la nature peut &.-: le simple goût de la Gtinpagne et ce goût serait counme une admiration pour la beauté plastique de la nature, et comme une joie de paix et de solitude, qui fait rechercher la cmpagne comme un décor harmonieux et reposant. pour l’homme qui ressent la lassitude de vivre. Le séntiment de la nature, chez le fabuliste, c'est une “ylitude à associer son âme à toute âme vivante, à celle du végétal (exemple : Le chêne et le roseau), à celle de l'animal (exemple : Le lion et le mouche. on), ef à pousser cette association au point que l'artte devine avec une remarquable clairvoyance les

pensées ou fines ou niaises, ou autres que ces êtres inférieurs concevraient s'ils étaient doués de raison, — et qu'il éprouve avec une étonnante convenance les sentiments de joie, de tristesse, d’orgueil, de simplicité, ou autres qui remueraient ces êtres inférieurs s'ils avaient une conscience raisonnée de leurs aventures.

Lisez, par exemple, la fable du Cochet — le chat — et le souriceau.

148.—L'idéalisme, le second élément du génie 4: Lafontaine. Le regard du fabuliste, avons-nous dit. est sur la nature. Quel regard? non pas celui du photographe, mais celui de l'artiste. Sa vision n’est done pas celle de la nature aperçue dans la totalit: des traits qui la constituent mais, grâce à une abs. traction esthétique, c'est la vision de la nature cùconscrite aux seuls détails qui ont impressionné l’artiste. Et ces visions, le fabuliste nous les redit, ces visions non livresques, mais fraîches qu'il a goûtées là-bas — ou couché sur l'herbe au bord d’un ruisseau, — ou bien assis à l’orée du bois sur un arbre renversé, — ou encore errant, comme un: muse nonchalante et rêveuse, dans des ravins onbreux. Ainsi le génie de Lafontaine, considéré dans son aspect idéaliste, c’est ‘‘la nature vue à travers un tempérament”, le sien, (exemple: La colombe et la fourmi, Le lièvre et les grenouilles).

149.—Et son idéalisme personnel, celui qui constitue plus proprement son originalité, c'est de faire des animaux le constant symbole des hommes et de leurs mœurs. Son personnel animal couvre d’un masque très léger l'air humain que le fabuliste lui fait prendre. Et ainsi des scènes que le fabuliste fait jouer aux animaux dans le décor qui leur convient, il compose l’ample comédie de l’humanité, de l'humanité qu'il avait sous les yeux. En effit,

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chaque animal est représentatif d'un état d'âme que le fabuliste eut l'occasion d'observer: par exemple, l- lion et l'aigle, c’est la majesté royale, c’est le despotisme brutal; le renard, c’est la fourberie: le chat, c’est l'hypocrisie; l’âne, la grenouille, c’est la sottise prétentieuse; le chien, c’est la servitude sutisfaite; le loup, c'est l'indépendance hautaine, ete., etc.

S 2—Sa charmante poétique.

150.—Le charme de sa poétique. Le charme de k1 poétique de Lafontaine trouve son principe dans is dons de l'artiste, notamment : dans son don de peindre dramatiquement avec une imagination attique, et son don du vers souple et rythmé.

151.—L'imagination attique de Lafontaine. Après «voir lu attentivement les fables des siècles passés, lfontaine se persuade qu'il en faut changer la mauière si l'on veut faire de ce petit poème un genre littéraire. L'apologue d’Esope est sèche, (la sécheresse est un manque d'art), — les fables du Moyen- Age, sont prolixes, (la prolixité est un manque d'art). Lafontaine se prit à penser en fermant ses livres de lecture : La morale nue ennuie, il faut imasiner le conte pour la faire agréer; mais d'autre part l: conte redondant dégoûte parce que, dans le symbole moins transparent à raison de sa prolixité, la morale s'obseurcit. Hé bien! se dit-il, brisons le moule antique en introduisant dans la fable, l’ima- “nation, (plus de sécheresse), mais ne lâchons pas le frein à cette folle du logis, (plus de prolixité). Done écrivons la fable avec une imagination attique, c'est-à-dire avec une imagination sobre, précise et intense. Et ainsi, grâce à l’atticisme de son ima- “ination, Lafontaine créa la fable charmante : celle qui présente ses moralités enveloppées d'amplificalions, pittoresques ou dramatiques, justement re-

Le

quises pour répandre sur lt pensée de bon sens que contient lu fable, une grâce esthétique. Lire, gomme exemple: La laitière et le pot au lait, et aussi, La tortue et les deux canards.

152.—Le don de peindre &ramatiquement. L'imagination attique qui assure admirablement à Lafontaine le don de peindre — (car qui voit bien, peint bien) — est plutôt dramatique que pittoresque. L'artiste peint comme il voit ; il s'applique à rendre fidèlement ce qu'il a vu là-bas, au champ, ces choses vues dont l'imagination lui garde l’image d'autant plus précise et intense qu’elle est plus sobre. Donc dans les visions brèves et vives des fables, l'animal apparaît tel qu'il allait sous les bois, sur la berge des ruisseaux, dans les prés reverdis, sur le bord du marais, et le lecteur le voit revivre, c’està-dire reprendre ses attitudes avec une vérité psY\chologique singulière. Les procédés scéniques qui abondent dans les fables de Lafontaine, nous marquent donc l'aspect particulièrement dramatique de l'imagination de Lafontaine. Lire, comme exemple : Les deux amies et les deux pigeons.

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