‹ La normalienne en belles-lettres [microforme]Chapitre 41 sur 78 · MA UC DE · texte numérisé non relu

MA UC DE

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“eoute, se forme au contact des âmes, ainsi révéles, des auteurs, ou des héros de leurs écrits.

Exemple de critique psychologique.

Veuillot et Saint-Simon :

“A mesure que je vieillis et qu’il devient populaire, mon estime pour Saint-Simon diminue. Certes ses Mémoires sont un beau pays, et plantureux à merveille; mais il y a des fondrières et des bêtes venimeuses, et je n’aime pas à me promener en compagnie de ce duc enragé. L’esprit de dénivrement qui l’enfièvre, lui fait plus de partisans que son talent extraordinaire et étrange. Il est à la mode parce que, dans notre époque féconde en statuettes, le plaisir exquis est d’égratigner les statues. Beaucoup de gens le trouvent honnête homme. Si Saint-Simon est honnête homme, il l’est malhonnêtement. Envieux, hargneux, ingénieux à tout gäter. Tout le jour courbé comme le plus souple courtisan, il cponge les souillures et les scandales, il se sature, et, le soir, il dégorge en flots de lave. Le feu qui fait toujours travailler ce volcan, toujours couler cette lave, n’est pas le feu de l'honneur, ni celui du génie. Ces belles flammes veulent le jour. Saint-Simon se cache; il fabrique sa prétendue histoire en secret comme on fabrique la fausse monnaie. Il a tout son génie, toute sa vie, dans un tiroir bien fermé. La postérité ouvrira le tiroir, et ses ennemis sans défense seront diffamés. Il vit cinquante ans avec cette pensée, à peine troublé de quelques scrupules stériles. C’est un méchant et une âme basse, et toute sa morgue de duc et pair vst ignoblement chargée de rancunes de laquais.

172.—La critique bavarde. C'était la causerie de Jules Janin. (C’est une causerie où le critique, ce nous semble, ne songe qu’à faire parade d’érudition ou de bel esprit. Toutefois elle a souvent un grand charme cette causerie où l'imagination prend son essor et le renouvelle au gré de bien fines associations d'idées et avec de surprenants caprices.

Comme exemple, lisez cette fantaisie de la muse bavarde de Rostand, sur la genèse de l'âme poétique de H. de Bornier. Ce poète des âmes chevaicresques et chrétiennes naquit en la nuit de Noël 1825, et Rostand écrit :

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“On ouvrit la fenêtre. La nuit de Noël entra dans la chambre. Il y eut des étoiles dans les rideaux. Une vague de plain-chant vint mourir au pied du grand lit. Ce fut une invasion de cantiques frais et de noëls naïfs. Et tout cela, piété, foi, poésie chrétienne, musique méridionale, ferveur honnête, grandiloquence de l'orgue, pureté des voix enfantines, cordialité des voix populaires, tout cela, se mêlant à l’âme éparse des fiers ancêtres comme le parfum d’encens se mêlait à la vertueuse odeur un peu surannée de la vieille demeure, tout cela fit quelque chose de très noble et d’extraordinairerient candide ; ce mélange tourna dans l'ombre, battu par des ailes d’anges ; l'enfant l’aspira avec sa première gorgée d'air; et ce fut l'âme de M. Bornier.

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