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167.—C. — La sympathie. Je goût doit étre sympathique aux auteurs. C'est lu doctrine de Sainte-Beuve et de Faguet ; celui-ci a dit : ‘‘J'airue qu'on soit moins maitre de soi et qu'on se laisse un peu emballer par les auteurs à apprécier." — Et celui-là écrivait : ‘La Muse de la critique, c'est l'enthousiasme.””" — Un goût sympathique ? cela veut dire un goût incliné à chercher dans l’auteur les belles pages pour les admirer plutôt que les pages défectueuses pour les censurer. La grimace des Zoïles est moins éducative que le regard d’admiration des Aristarques. Un goût sympathique ? cel: veut dire un gqût qui n'est pas fermé aux beautés de l’auteur à apprécier ni par préjugés d'école, ou de l’école classique ou de l'école romantique, ete. , ni par préjugés d'auteurs qui font le lecteur regarder à la signature pour former ses jugements.
16€.—N. B. — La raison et les lettres. Cependant.
il est un principe d'esthétique que toute école doit respecter. Une page renferme une laideur essentielle, si la raison n’y occupe la place royale, la ruison qui réclame dans toute création d'art le vrai, ou du moins à vraisemblance, Boileau énonce bien cette doctrine littéraire :
‘ Aimez donc la raison: que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule, et leur lustre et leur prix... Tout doit tendre au bon sens ; mais pour y parvenir,
Le chemin est glissant et pénible à tenir.
$ 2—Les façons de causer avec les auteurs, ou des
diverses sortes de critiques.
169.—La critique esthétique. C'était la causerie d’Aristarque, de Quintillien, de Boileau, de L:harpe, etc. Cette façon de causer avec les auteurs consiste à apprécier les belles pages rigoureusement au point de vue littéraire et d'après les formules du beau. Le critique prendra soin d’abord de donner la loi de la théorie et cette idée littéraire, il l’expo-
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era tout comme ferait un professeur dans sa tri- Line, puis, généralement, il ne négligeru pas de fur des citations de l'auteur, c'est-à-dire de marquer les passages précis où, à son avis, la loi littérire à été manifestement respectée dans le cas de 1 louange; et, dans le cus du blâme, où cette idée littéraire fut ignorée, violée. Exemples tirés de diflrents critiques qui ont loué Louis Veuillot,
(a) Le vrai est une des lois du beau. M. Ollé- Laprune loue particulièrement Veuillot d'avoir fait resplendir dans ses belles pages lu Vérité Catholique. -
“Génie merveilleux et vraiment puissant, il a toutes les ‘rmes et tous les charmes. Il n’est pas théologien mais | doctrine romaine, il l'a sucée dans Rome même et il sait la retrouver à toutes les pages de l’histoire comme il l’aperçut dans toutes les pierres de la Ville Eternelle ; il l'a tel'.ment rendue sienne qu'il semble participer au privilège de l’infaillibilité. On dirait une sorte d'évêque du dehors, de pape laque qui traduit en langue vulgaire les décisions du souvorain pontificat, etc. (Suivraient des citations).
(b) Le terme propre dans la phrase d'art: voilà re loi de littérature que Veuillot a observée singulerement et ce dont se plaît à le louer M. Paul Bourget :
“La qualité maîtresse de son mâle langage est une percep- Uon instinctive et comme infaillible de la valeur exacte des mots. Il n'en est pas qui soit plus rare.... Et cette puissiice d'employer les mots avec tant de justesse qu'il ne fût pas besoin de les rajeunir par des procédés d'artifice, Veuillot la dut à trois causes : D'abord, il était enfant du peuple ; et c'est directement comme Malherbe voulait qu'on le fit, à méme la familiarité de la vie qu'il apprit sa langue; de la. la saveur rustique et ouvrière qu'il y a dans sa prose... En second lieu, M. Louis Veuillot s’imposa la lecture continue de Bossuet et de la Bruyère. Il était impossible de mieux choisir ses modèles: jamais auteur plus que ceux-là n'a possédé la plénitude du terme ni plus directement nomme les choses par leur vrai nom...
Enfin, M. Louis Veuillot se donna la peine d'apprendre le tin. Cela seul suffirait pour juger sa valeur d'écrivain.
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Il savait plutôt par divination que par raisonnement, l'é tonnunte différence que la connaissance ou l'ignorance du latin établit entre deux prosateurs. Que nous le voulions ou non, écrire en français, c'est toujours écrire en latin. L'ossature de nos mots, leur tonalité, leur physionomie, leur señs, tout cela dérive de Rome.’”’.... (Suivraient des citations).
(e) La variété est une autre loi de la phrase d'art que M. Emile Ollivier louait :
‘M. Louis Veuillot est un des écrivains les plus remarquables de notre temps. 11 se sert de notre meilleur langue mais en la marquant de son cachet propre, et son parler est ancien en restant original.... Sa diction toujours de forte trempe, est en même temps d'une merveilleuse souplesse «t d'une riche variété ; elle a le ton pressant de l’indignation, la pointe perçante de l'ironie, l'ampleur épanchée de l’éloquence, la grâce des tours imprévus, les mots brefs et lumi. ne: x, et aussi les notes légères, douces, pénétrantes, harmunieuses et comme des clairières inondées de lumière au milieu du massif épais des arbres vigoureux.”’.... (Suivraient des itations".
170.—La critique pittoresque. C'était la causerie préférée de Sainte-Beuve. Dans cette facon d'apprécier l'auteur, le critique ne néglige pus de marquer ses mérites littéraires, de marquer quelles lois de littérature il à particulièrement observées, mais le critique annote succinctement ce mérite «u bout d'un morceau de littérature pittoresque que st plume compose avec complaisance, corame on le voit dans les exemples: (a) — (b) — (c).
On entend par pittoresque dans la critique, res matières d'imagination, faits ou paysages qui font risions esthétiques dans la causerie: et le charme de ce pittoresque, c'est qu'il est donné: — ou conme le symbole du mérite littéraire que l’on indique. Exemple (a); — ou comme la cause de la beauté littéraire que l’on fait goûter, exemple (b); — — ou encore comme le cadre, le décor dans lequel l'on fait surgir l'auteur à apprécier, exemple (c).
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Exemple (a). — Coppée et Botrel:
“Mon cher Botrel, dans votre bon pays de Bretagne on trouve souvent au bout d’une jetée un grand crucifix érigé en face de la mer et le bruit des lames qui s'écoulent devant lui est comme une prière éternelle et sublime.
C'est sur ce rythme de l'Océan aux pieds de Jésus en croix, barde vraiment breton, que vous cadencez vos meilleurs vers, comme c'est Jà que vous trou‘’ez les plus originales inspirations de vos poètes, de vos chansons si vibrantes de patriotisme et de foi.—
Pendant que je vous lisais, je me comparais à un invalide qui traîne sa canne dans la banlieue et qui s'arrête pour “couter l'écho des clairons. Ils sonnent haut, juste et clair ; c'est le biniou des bretons qui retentit dans vos vers, nous ‘aimons entendre ses appels au drapeau de la Patrie, ses appels à l’étendard du Christ. Barde des chansons patriotiques et des cantiques pieux, jouez, jouez du biniou.—
Exemple (b). — Barrès et de Hérédia :
‘L'automne enveloppe Senlis d'une douceur et d’une tristesse incomparable. Quand les bois commencent de s’effeuiller, et que les cloches résonnent à travers la brume d’octobre, quand les contours de Chantilly et d'Hermenonville exhalent une mélancolie tendre et chantante, le jeune de Hérédia, avec une âme éveillée aux visions de l'imagination attique par la lecture des humanités, errait à l’irée des bois, ou sur la berge des torrents et aspirait la poésie es choses, radieuses mais éplorées ; c’est cette âme originak.nent esthé- ‘que qui allait se répandre dans ses immortels sonnets....
Exemple {c). — Le comte A. de Mun et le poète Henri de Régnier qu’il va apprécier :
“Un des premiers jours de l’année 1896, une petite troupe de soldats français bivouaquait à l'extrémité septentrionale du Torkin, sur la frontière de la Chine, au pied d’une forteresse de rochers. Depuis le matin, pour en déloger les Chinois, ces hommes avaient livré un combat acharné, portant les canons à bras, dans un élan magnifique, jusqu’au sommet du rude escarpement. Maîtres de la position, heureux du succès, fiers de leur courage, ils dressaient les tentes joveusement. La nuit était venue Un grand feu jetait son éclat mouvant sur les rochers, sur les canons, sur les soldats, sur les officiers, groupés alentour. Tout à coup, dans ctte lumiere, un homme se dressa, s’approcha et d’un pas rapide. Une clameur l’accueillit: le courrier. Il portait un sac de
toile, transmis de poste en poste, depuis la côte à l'autre extrémité du Tonkin. Près du feu, aussitôt, le sac est éven. tré; en un moment, chacun des privilégiés reçoit son lot. Du sien, un jeune chef d’escadrons, arrivé la veille, tire une revue, l’ouvre et s’écrie: ‘Des vers. — Lisez, lisez !”’ Une brassée de bois mort tombe sur le feu qui se ranime en flambant, le cercle se serre, l'officier, d’une voix chaude et vibrante, jette, à ses camarades, le titre du poème:
POUR LA PORTE DES GUERRIERS Et tandis que sur ces visages, encore empourprés du combat, passe un rayon d'’orgueil, il lit:
Porte haute, ne crains point l’ombre ; laisse ouvert Ton battant d’airain dur et ton battant de fer. Car, sous ta voûte sombre où résounent leurs pas, Des hommes ont passé qui ne reculent pas, Et la Victoire prompte et haletante encor Marchait au miiieu d’eux, nue en ses ailes d’or, Et les guidait du geste calme de son glaive ; Et son ardent baiser en pourpre sur leur lèvre Saignait, et les clairons aux roses de leurs bouches Vibraient, rumeur de cuivre et d’abeilles farouches. Ainsi, Monsieur, la Renommée, vous ayant, sur la terre natale, marqué de son doigt jaloux, s’en allait, au fond de l'Orient barbare, porter à des soldats l’émoi de vos vers et le bruit de votre nom.
171.—La critique psychologique. C’est une des façons favorites de Faguet. — Cette causerie a pour objet de donner à qui écoute, des visions d'âme — ou de l'âme de l'auteur; — ou de l'âme des person: nuages dont la beile page nous entretient. Dans k premier cas, par exemple, la normalienne dirait : A l1 juger d'après ses œuvres, l’âme de Racine posséderait telle ou telle qualité. (Voir Faguet, XVII siècle, Racine.) Dans le second cas, par exemple, la normalienne dirait: A la juger d’après la tragédie de Racine, l'âme de Joad posséderait telle ou telle qualité. (Voir Faguet, XVII* siècle, Athalie.).
N. B. — Cette causerie psychologique est ien éducative: car l'âme du causeur ou de celui qui
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