LA POESIE LYRIQUE
173.—La poétique de la normalienne. Je but de l'étude des poésies est de rendre la normalicnne habile non pas à créer les poèmes poétiques, si divers, mais à en causcr avec intelligence et intérét.
174.—Les limites de cette étude. Les créations d'art poétique sont infiniment variées, et la normalienne dispose de peu de temps; c’est pourquoi nous bornons ces études aux trois grands genr: :, aux trois grandes formes poétiques, la lyrique, l’épique et la dramatique.
175.— Caractères distinctifs des trois grandes for. mes poétiques. La poésie lyrique est une poésie de sentiment. Ici, en effet, l'écrivain n’a pas l’intention de raconter, de décrire ou de disserter. Il aspire seulement à Communiquer à ses lecteurs son émotion esthétique, sa jouissance d'art, à propos du fait qu'il raconte, du paysage qu'il décrit, ou de l’idée générale qu'il expose. Aussi, le poème qu'il crée, est comme un chant, c’est l'ode.
La poésie épique est une poésie de récit. Le poët: connait un fait d'histoire, plein d'héroïsmes, abon- * dant en leçons humaines ; il lui semble que ce récit intéresserait sa race et même l'humanité. Et |. poème que sa plume crée, prend le nom d’épopée.
La poésie dramatique est une poésie d'action. L'auteur du drame a rencontré dans l’histoire un héros, engagé, un jour, dans l'événement qui aboutit à sa gloire ou à sa ruine. Le poète croit qu'en mettant sous nos yeux ces scènes vivantes, il nous intéresserait singulièrement, Sa plume crée la tragédie.
176.—Les genres poétiques. Au XIX° siècle, une ccole littéraire ridiculisa la distinction des poèmes “n genres que donnaient les vieilles poétiques. Le romantique frondeur avait tort: autant il y a de sortes d'inspirations, autant il y aura de genres de poèmes. Proposons, par exemple, le même sujet litteraire, — Andromaque ou Bérénice à trois génies différents. La matière poétique que ce sujet contient se changera en conte pour un Lafontaine, en comédie pour un Molière, en drame tragique pour un Racine, — Il est incontestable que les inspiralions des génies créateurs varient comme leurs teml'raments poétiques, et que, conséquemment, les poemes, nés de leur verbe, ont des caractères parfaitement distinctifs. La normalienne restera fidèle à l'ancienne école des genres poétiques.
Le genre lyrique.
177.—L'ode. C'est le nom que l'on donna au poeme lyrique. C’est un chant, comme nous le murque le sens étymologique du mot: ce vocable est dérivé du mot grec ôdè, chant. Et cette appelltion est juste, car avec le sentiment qui jaillit du eur Cu poète, la parole intérieure chante sur ses levres — Aussi bien, à l'origine du lyrisme, le poète pSalmodiait son poème : {a lecture qu'il en faisait, ‘tuit une déclamation notée et rythmée. On peut st laire une idée de ce débit musical et rythmique Si l'on a entendu des déclamations dites lyriques, ou encore, au théâtre, ces récitatifs donnés avec un doux et sourd accompagnement d'instruments.
Les noms de l'ode. A raison du sujet inspira teur du poème lyrique, l’ode prend les différents OMS qui suivent : l’ode héroïque, — l’ode sacrée et e antique, — l'élégie, la pastorale, — j'ode badine, — li chanson, la romance, — la cantate, le dithyrau.be, etc......
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178.—La facture technique de l’ode. Te poème lyrique se construit avec une infinie liberté. — Gr. néralement, il se partage en couplets appelés stan- Ces.
Les stances sont des périodes poétiques de quatre à dix vers, offrant une idée complète, une vision complète, sans nécessaire enjambement sur la stunce voisine pour avoir sa plénitude de sens ou d'imuge. — En général, la première stance détermine là combinaison des rimes et des rythmes que les stances suivantes reprendront.
179.—Le sonnet. C'est un poème lyrique à forme rigoureusement définie. Ce poème se compose de quatorze vers partagés en deux quatrains et en deux tercets. S'il est régulier, —dar® ” 3 quatrains se rencontrent deux rimes seulement e° : haque quatrain renferme deux vers à rimes plates=A B B A. —ABB A (voir l’exemple).
Dans les tercets du sonnet régulier, les deux premiers vers du premier tercet sont à rimes plates; les rimes des vers qui suivent doivent être croisées =CCD — EDE. — Enfin, le dernier vers doit renfermer un trait, doit être relevé, voulons-nous dire, par une pensée, où un sentiment, ou une image qui enchante par son magisme: Exemple:
‘Nos Croix” de P. Lemay.
Nos Croix.
A—Au bord du fleuve immense et le long & > chemins, B—Comme un poème doux qu’on fait stance après stance, B—Nos pères ont planté, de distance en distance, A—De hautes croix de bois qui sont :08 parchemin:.
A—A genoux à leur pied, parmi les blancs jasmins. B—Ils venaient imploré la divine assistance B—Pour que le champ nouveau donnât la subsistai +. A—Et que l’'humble foyer eût d’heureux lendemain:
poème — Ge.
stan-
quatre VISION , Stand'imuine la y Stun-
à formpose et en trains € qua- B B A.
x preplates; roisees rs doit S-Tous une mple:
nins, stance,
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C—Qua: 4 on passe devant, homme ou femme, on salue: U—Chez nos Sons campagnards à l’âme résolue, D—Patriotisme et foi sont fortement : ncrés.
E—Elles sont là, toujours, sous l’azur ou l’averse,
D—Et pour que nos enfants aient des abris sacrés,
E—On les remet debout quand le temps les renverse.
180.—L'origine du sonnet. Elle est fort discutée ; on pense assez généralement que les Trouvères de k Cour de France en sont les inventeurs. Ce que l'histoire assure, c’est que, au XVI: siècle, du Belky importa d'Italie ce poème favori de Pétrarque. Le sonnet eut une grande vogue. Le XVII: siècle connut même la querelle du sonnet. En effet, Paris et la Cour royale se partageaient en deux camps, les Uranistes et les Jobelins. Ceux-ci soutenaient que le sonnet de Benserade sur Job était le chef- “œuvre du genre; ceux-la réclamaient cette gloire de perfection pour le sonnet de Voiture sur Uranie. On méprisa ce jeu d'esprit au XVIIe siècle. Au NIX® siècle, Sainte-Beuve et les Romantiques lui rendirent sa vogue, Maintenant les sonneurs de sonnets foisonnent.
N. B. — Dans ce moule, on épanche les petites
poésies, mais il est aussi des sonnets de haute inspiration.
I —Causerie historique sur le poème lyrique.
I81.—L'origine historique de l’ode. Au commencement de la civilisation grecque, avec l’éveil du génie hellénique, parurent des hommes de Lettres doués d’une imagination capable d’enthousias- Me, nous voulons dire, créatrice de visions esthéties, ct grandes, et ardentes. Ces hommes ne contirent pas leurs véhémentes émotions ; ils les laissèrent échapper de leur âme exaltée, dans des
poèmes ; et ces poèmes de sentiment furent appelés odes ou chants parce qu'ils se récitaient sur un ton musical et rythmé.
Plus tard, des poètes d’une plus exquise esthéti. que imaginèrent d'appuyer leur mélopée de la voix des instruments. C'est le célèbre Pindare de Thé. bes en Béotie, qui donna les plus classiques exen:. ples de cette fusion des deux arts, la parole et li musique, Et l'on appela lyrique cette poésie de sentiment parce que la lyre était l'instrument g‘néralement préféré des poètes.
182.—L'élégie. Ta flûte toutefois fut en vogue chez les Grecs et l’on appela élégies les poèmes d'une forme métrique très spéciale dont la diction était soutenue d’un accompagnement de flûte.
Quant aux sentiments de ce poème, ils étaient chez les Grecs infiniment divers. Les sentiments élégialu
ques chez Tibulle de Rome, et chez les lyrique: XIX® siècle, sont ceux des tristesses plus ou douces et des mélancolies plus ou moins funè ces petits poèmes, effusions d’un cœur contrarié et mélancolisé, seraient bien fades sans le charme d'une sensibilité très-sincère. Exemple :
‘Devant deux portraits de ma mère.” par E. NELLIGAN.
Ma mère, que je l’aime en ce portr: ‘ ancien Peint aux jours glorieux qu’elle était jeune fille, Le front couleur de lys et le regard qui brille, Comme un éblouissant miroir vénitien.
Ma mère que voici n’est plus autant la même:
Les soucis ont passé sur le marbre frontal;
Il a perdu l'éclat du temps sentimental
Où son printemps chantait comme un rcse poème.
Aujourd'hui je compare
Ce front chargé de joie et ce front de souci... Mais, mystère de cœur qui ne peut s’éclairer ! Comment puis-je sourire à ces lèvres fanées ; Au portrait qui sourit, comment puis-je pleurer
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N. B. — Pour bien connaître le lyri*me des vieux siveles littéraires, il suffirait d'étudier soigneuse ment Pindare du siècle de Périclès, Horace du siecle d'Auguste, Ronsard du siècle de Francois 1, enfin Jean-Baptiste Rousseau et le Franc de Pompienan du XVIIT siècle,
183.—Le lyrisme moderne, Je lyrisme moderne est une façon personnelle de comprendre et de rescntir, nous voulons dire, de voir, avec vision esthétique grande et émotion véhémente, Dieu, la nature, ct l'homme.
L'origine de ce lyrisme, enseignons-la avec Fa: set: c'est Lamartine qui à donné la conception moderne du lyrisme; Il fut le Chateaubriand en vers que la France attendait pour raviver son âme portique avec la faculté restaurée de l’entho.siasme. Cette âme languissait, blessée déplorablement pur l'ironie voltairienne. Chateaubriand, en renouvelunt universellement l'imagination française, avait rendu à la France des arts un plus grand service, mis comme le prestige du vers l'emporte sur le chirme des proses, Lamartine eut un éclat plus subit et un plus retentissant succès que l’auteur du Génie du Christianisme. L’admiration pour le eréateur des Méditations et des Harmonies fut telle que l'on dit de lui: C'est plus qu'un poète, c'est la poé- Sie méme, Lisez: ‘La fenêtre de lu Maison pater-nelle, vraiment tout y est poésie.
Certes la poésie de sentiment existait en France depuis Villon, depuis Ronsard, depuis Pacine, mais lex poèmes lyriques réussis étaient plutôt rares. lüniurtine rendit populaire le génie du lyrisme. Au leu de son inspiration nombre de poètes allumèrent k flimme de leur remarquable talent.
IS4.—La rénovation lamartiniènne. Lamartine
nouvela le lyrisme en lui donnant l'inspiration et les thèmes.
RORRE era arreter Ph
L'inspiration sincère. JLamartine exige que le poète lyrique s'abstienne d'écrire s'il n'est entrainé à le faire par un sincère enthousiasme, (Lire son ode à ‘‘L'Enthousiasme’'). On doit se moquer, à son avis, d'un feu de pure imagination à la mode de J.-B. Rousseau. Il veut que la flamme des visions créées par l'imagination descende au cœur pour l'embraser: alors seulement naîtra la poésie d'un chant intéricur aux images ardentes, aux vers vibrants d'émotions. C'est la doctrine lamartinienne que Musset affirme dans les vers suivants:
Ah! frappe-toi le cœur, c’est là qu'est le génie! C'est là qu'est la pitié, la souffrance et l'amour C'est là qu'est le rochrr du désert de la vie
D'où les flots d'harmonie Quand Moïse viendra, jailliront quelque jour.
185.—Les thèmes lyriques. Les thèmes du Iyrisme moderne d’après les exemples de Lamartine seront Dieu, Lt nature et l'homme, thèmes vraiment lyriques que ces lieux communs éternels! Ils sont vraiment lyriques car ils sont sujets universels capables, voulons-nous dire, de toucher, de passionner tout cœur d'homme; car ils sont aussi sujets personnels puisqu'ils offrent des aspects si variés que chaque âme peut s'en faire des visions propres et originales.
186.— La nature, thème lyrique, c'est-à-dire objet de grandes visions et de fortes émotions. La nature, chez Lamartine, n’est pas un thème à descriptions éblouissantes comme on le voit chez les descriptifs du XVIII* siècle, notamment chez le verbeux abbé Delille; — ce n’est pas ron plus la nàture acceptée comme un cadre et un décor où l'homme va paraître, ainsi qu’en use V. Hugo avec une complaisance inépuisable. Pour Lamartine la n: ture est thème lyrique à raison de ce charme d'espèce esthétique qu'on appelle l'âme des choses,
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cest un secret de littérature qui fait de ln nature comme un mystérieux prolongement de l'âme hunaine, ‘Objets inanimés, avez-vous done une ‘me qui s'attache à notre âme et la force d'aimer :"’ et pour le dire dans les beaux vers de Musset. ‘Les voilà, ces buissons où toute ma jeunesse — comme un essaim d'oiseaux, chante aux bruits de mes pus. "”".... Et quand l'écrivain use habilement de ce secret d'art, il répand sur la poésie des paysiges une poésie d'âme vivante, une poésie divine ou humaine de vieux souvenirs où de jeunes espérances. Et cela est hautement poétique.
Exemples: Le Vallon; La Vigne et lu Maison :
ete.
Un exemple du lyrisme sur la Nature prise dans si poésie et dans celle de l'âme qui y répand son éclit mystique, cet exemple est tiré du poème de Routhier, ‘La Tentat on’.
‘La Tentation.'’
La lumière, effleurant l’oasis embaumée, Prolongeait ses rayons à l'horizon vermeil ; Les sables d'or brillaient sous les feux du soleil Qui s'élevait..., semblable à la bombe enflammée Que le mortier géant lance au loin dans les cieux Et qui décrit dans l’air de vastes paraboles.... Déjà dans les vallons brillaient les fleurs éclcses ; Tout le ciel rayonnant d’un éclat vif et pur Semblait communiquer la vie à toutes choses ;
Les sentiers verdoyants Voyaient épanouir les lilas et les roses ; De la cime des monts et des palmiers géants S'élevaient vers le Ciel des hymnes matinales ; Et la nature entière aux pieds du Créateur Plus fidèle que l’homme oubliant son auteur Semblait, en déployant ses splendeurs virginales, Implorer le pardon du prévaricateur.
Grâce, chantaient en chœur les forêts et les flots Et le vallon modeste et la montagne altière Le cèdre :t le brin d'herbe unissant leurs sanglots ; Prends pitié de ce monde, O Dieu ! grâce pour l’homme
en
LE
CESR PRE PLIS PTTENINNENI TETE
pentes rennes cer
Sauve-le de l'abime où Satan l'a plongé ; Que ton Verbe descende enfin dans son royaume Et la face du monde aura bientôt changé.
187.—L'homme, thème lyrique. Pour Larmurtinr, l'homme est un sujet capable de causer l'effet 1yrique quand on le considère — ou bien dans ses grands vestes, duns ses grands crimes, dans ses grande: infortunes. Exemples: Bonaparte, le lézard sur les ruines de Rome ; — où bien dans les grands problèmes de son existence, ceux de son origine avec ses divines visions, Exemple: L'homme à Lord Byron; — ceux de la mort, de l'au-delà de sa vie présente avec leurs extases pour les croyants, avec leurs agonies pour les incrédules. Exemple: Le tombeau d'une méère, — où bien ceux de ses amitiés: la ferveur patriotique, les affections du foyer, erfin l'umour, Exemple de lyrisme sur la mort, le poème d'Albert Lozeau. ‘Les morts.”
‘Les morts.’
Ne plaignons pas les morts: c'est nous les misérables: Ils ont l'éternité pour royaume: ils sont rois ; Ils ne subissent plus les terrestres effrois Et la perte des grands bonheurs inexorables ; En sa demeure fixe, au sein des temps durables, Délivré de la sombre horreur des jours étroits Celui qu'on nomme mort, dont on clot les yeux froils, Contemple la beauté des choses adorables ; Etre fait d'ombre hier, de lumière demain, . Hier rampante larve, ignoble ver humain, Demain clair papillon aux triomphantes ailes Ils ont, quittant la terre, hérité du ciel bleu Passé de l'heure brève aux heures éternelles, Les morts, ces vrais vivants du beau pays de Dieu.
L'amour, chez Lamartine, considéré comme theme lyrique, ce n'est pas la coquetterie avec ses duperies quotidiennes comme on le voit dans Ho: race et Ronsard; — ce n’est pas l'amour courtois que les troubadours ont chanté chez les chevaliers et la dame de leurs pensées; — ce n’est pas la pas
urtine, et lyrigrands randes rd sur ds proe avec ù Lord sa vie s, AVEC Le : Le *s umnil- foyer, mort,
froids,
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ne thevec ses ns Ho:
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son uvec ses fureurs tragiques comme Racine l'a dramatisée dans Phèdre et Hermione, ou avec ses ivresses voluptueuses comme il apparait dans les poëtes corrupteurs du XIX°* siècle, — L'amour que Limartine agrée comme thème lyrique, c'est une unité purgée de toutes sensualités qui présente l''tre aimé sous un reflet d'idéal, dans une lumière mystique, et c'est alors comme une vision merveilluxe qui éveille non pas une sensation abjecte, mais une. jouissance esthétique. Exemple. Le Premier legret. Albert Lozeau, chantant un amour qui sevanouit en de très-pures visions, nous en donne le bel exemple suivant :
“Le soir nous enveloppe indiciblement doux Comme un regard d'amour se promenant sur nous. L'heure passe là-haut penchant un peu son urne, Heure de paix divine et de rêve noctourne!
La caresse de l'ombre éclatante au ciel
Emplit le cœur de joie et la bouche de miel.
La calme Nuit étend son empire tranquille
Le bienfait du silence approche de la Ville...
Et nous sommes, tous deux, sang parole, songeant À la sainte splendeur des points d'or et d'argent ; Heureux, loin du Réel jan 1x qui nous réclame, Comme s'il nous pleuvait des étoiles dans l’âme. Quel soir harmonieux, chère, quel soir divin, Où j'ai senti cela: hors t'aimer, tout est vain! Ma gloire, c'est d'avoir mon cœur dans ta pensée Comme ta main jolie en la mienne pressée,
Et d'écouter les mots que tu dis dans le soir
Et de te regarder de si près sans te voir!
Car l'ombre s'épaissit en noyant les visages Comme au lointain elle a fondu les paysages.
Demeurons en silence et regardons les cieux :
C'est en ne parlant pas qu’on s’adore le mieux.
Et vois comme là-haut magnifique en ses voiles, Rève paisiblement la Nuit aux yeux d'étoiles.
188.— Dieu, thème lyrique ou objet de grandes visions accessibles à l'imagination et d'émotions Ychémentes. — D'après Lamartine, Dieu est un sujet lyrique non pas quand on le considère dans sa
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nature intime et dans ses perfections absolues; à ce point de vue il est plutôt la contemplation des anges; mais si on le considère dans ses relations avec la nature, l'univers et l'homme. C'est à ce: point de vue que les poètes se plaisent à le chanter: Et les bons poètes, dans cette rencontre avee Dieu, diront leurs ravissements; et les poètes dont le cœur s'est vidé de la religion, diront leurs agonies. Exemples: Le Chéne; Voici un exemple donné pur le poète canadien, Jules Tremblay; L'existence de Dieu prouvée par la eréation — et mème par la vue d'une simple Luciole.
“La Luciole.” 1er moment,
Je feuilletais un livre, un livre négateur
Dont les phrases sapaient l'œuvre du Créateur
Le jour fuyait .... or
Le limpide horizon au lointain rougeoyait ;
Les murmures du vent bruissant dans les arbres,
Les eaux de la fontaine égouttant sur les marbres,
Les fleurs et les parfums les oiseaux et les voix,
Redisaient l'hosanna des ondes et des bois.
Le temple, le palais, la ferme. la chaumière,
Tout rendait gloire à Dieu, tout devenait prière, 2me moment.
Le livre niuit l'âme et l’immortalité
L'espérance et l'amour, ces rayons de clarté,
Il niait l'existence et la bonté du Maître:
Et l'omtre, lertement, tombait sur la Vesprée
La lucioie ouvrait son aile diaprée
Et s'éleva vers moi dans un rayonnement ;
Elle vint sur le livre. Ainsi qu’un truchement
Elle fit scintiller ses stigmates de feu
Partout sur le feuillet où vibrait le mot: Dieu.
N. B. — Il est incontestable que le mysticisme lumartinien qui consiste à méler aux larges visions de lu nature de brèves mais saisissantes visions de Dieu, est d'effet éminemment esthétique. Exemjie: L'Isolement.
ieti, t le aies, pur e de vue
hat
Causerie esthétique sur le poèr: iyrique. au la page poétique.
189.—Le cème lyrique et l'enthousiasme: Nous cuuserons mMiliienant Gu lyrisme non pas dans ses ripports ave: ex innov:tions historiques du genre nus dans ses rapports avec les lois du beau. Nous
“rquerons les six conceptions que l'on peut avoir di poème Ivrique ou poétique.
Ainsi à la question: Ce poème que l'on vient de le est-il une belle page de poésie, la normalienne pourra donner jusqu'à six réponses fort intéressant selon qu'elle se plait à y voir réaliser l’une ou l'utre des six conceptions d’une œuvre poétique.
Première conception de la belle page poétique. Cest la pige où éclite l'enthousiasme lyrique.
L'enthousiasme lyrique? Chez l'auteur du poème, l'enthousiasme est un état d'âme marqué par l’ex-
ufaition des facultés, l'imagination et la sensibilité. l'ame est exultée à ce point qu'elle semblait aux Anciens du paganisme tombée sous l'empire d’un dou, et ce dieu était l’une des Muses. — Dans le porme l'enthousiasme se reconnaît aux trois éléments suivants: Une grande vision, une émotion profonde, une phrase d'art parfait. Exemple : Na-
polon IT de V. Hugo.
N. B. — Quant à es visions d'imagination créaice la normalienne en parlera comme il est indiqué ui numéros 32 et 35 de la splendeur littéraire.
Exemple :
‘“‘Le départ de Cartier de St-Malo.'”’
par W. CHAPMaAx.
‘Ur jour, François premier apprend que son rival S'empare des trésors du monde occidental
Et rêve d'y fonder une seconde Espagne Alors.... François I
DAT, Ne ÿ
Er nié
Qui convoite une part du continent nouveau Tourne son fier regard vers la plage bretonne
Et du doigt indiquant le ponant qui rayonne:
Qui veut se dévouer! s'exclame le grand toi;
Et Cartier le hardi nautonnier répond: Moy.
Sa parole donnée à l'orgueilleux monarque
Le moderne Jason désertant une barque
Que la Manche be:çait dès longtemps sur ses flots Equipe trois voiliers au port de Saint-Malo
Et parmi ses plus fiers caboteurs de la côte Brunis aux mèmes vents et grandis côte à côte Recrute les marins qui doivent les monter.
Avant que de partir pour aller affronter L’immensité des eaux et des forèts sauvages, Cartier dans le lieu saint conduit ses équipages Et là devant l'autel où le lourd Ostensoir Flambe dans un nuage odorant d’encensoir Comme le soleil d’or rayonne dans la brume Que la mer fait monter de sa vague qui fume,
Il implore avec eux le Maître souverain ;
Et tous ces matelots, aux poitrines d’airain, Pauvres aventuriers qui n’ont courbé la tête
Ni devant les puissants ni devant la tempête, Au signal de leur chef s'inclinèrent, tout tremblants. Sous l’absolution d’un prêtre en cheveux blancs. À quelques jours de là, toutes voiles ouvertes Aux souffles du printemps ridant les ondes vertes Où l'aube secouait sa crinière de feu L'Emérillon, la Grande Hermine, et le Courlieu Cinglaient, le cap à l’ouest, acclamés par la foule Dont les cris dominant les clameurs de la houle Se mélaient aux vivats du canon des remparts Pendant que les gabiers sur les vergues épars D'un long regard voilé d’une larme furtive Embrassaient le granit décroissant de la rive. Et si quelqu'un le soir de ce départ béni
Se fut attardé, l’œil plongé dans l'infini,
Au bord de l'Océan qui réprimait ses vagues
Il aurait entendu vibrer des lambeaux vagues D'un viel Ave dolent que la brise de mai Apportait par moments du lointain embrumé
Où Cartier, entraîné vers des plages nouvelles, Venait de disparaître avec ses caravelles.
190.—Le poème lyrique et l'inspiration : À la ques- ‘on: ce poème est-il une belle page poétique, la normalienne pourra répondre: Cette page est de elle poésie ecant une page où resplendit l'inspira- {tON.
L'inspiration lyrique. Chez l'auteur du poème, M inspiration est un état d'âme marqué par l’exal- 4 ‘ion des facultés, l'intelligence, l'imagination, la Li sensibilité, — Dans le poème, l'inspiration consiste { ‘uns une grande vision laquelle a eu pour cause une srande idée et pour effet une forte émotion.
Exemple : W. Chapman veut enfoncer dans l’àue de ses compatriotes cette idée: La langue francase est grande et c’est la nôtre: Aimons-là. — Et son âme inspirée crée ce poème :
‘Notre Langue.’’
Notre langue naquit au lèvres des (Gaulois.
Ses mots sont caressants ; ses règles sont sévères... Elle a puisé son souffle aux refrains des trouvères. Elle a le charme exquis du timbre des Latins
Le séduisant brio du parler des Hellènes....
Elle chante, partout, pour louer Jéhova ;
Et dissipant la nuit où l'erreur se dérobe
Elle est la messagère immortelle qui va
Porter de la lumière au limite du globe...
Langue de feu, qui luit comme un divin flambeau, Elle éclaire les arts, et guide la science ;
Elle jette, en servant le Vrai, le Bien, le Beau,
A l'horizon du siècle une lueur immense
Un jour d’âpres marins, vénérés parmi nous, L'apportèrent du sol des Menhirs et des landes... La première, elle dit le nom de l'Eternel
Sous les bois canadiens noyés dans le mystère ;
La première, elle fit monter vers notre ciel
Les hymnes de l’amour, l'élan de la prière... Nous avons conservé l’idiome, légué
Par ses héros quittant pour nos bois leurs falaises... Il est encore vainqueur sous les couleurs anglaises... Brille donc à jamais sous le regard de Dieu
O langue des anciens! Combats et civilise,
Et sois toujours pour nous la colonne de feu
Qui guidait les Hébreux vers la Terre Promise.
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