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N. B. — La place principale faite à l'intelligence dans la page inspirée marque en quoi elle se différencie de la page enthousiaste, En donnant la grande vision le poète de l'enthousiisme veut m'émouvoir et par ce moyen me donner une jouissance esthétique de fait ou de paysage; le poète de l'inspiration vise à m'instruire, à enfoncer à jamais son idée dans mon àme en me donnant ses poétiques visions dans des phrases d’un art parfait.
191.—Le poème lyrique et la faculté poétique. A la question: Ce poème est-il une belle page poétique, la normalienne pourra répondre : Cette page est de belle poésie, étant une page où se manifeste le faculté poétique. La faculté du poète se manifeste de trois manières. — (a) Elle spiritualise les choses matérielles. Exemple: L'étoile du soir de Musset.) autre exemple : L'obélisque du Vatican.
L'Obélisque du Vatican.
par Sir A.-B. RouTHIER.
Il est là, droit et fier, ce géant d’un autre âge Elevant jusqu’au ciel son front majestueux.... Il voit autour de lui les peuples de la terre
Rouler incessamment leurs atômes vivants
I] les voit s’agiter dans leur vie éphémère !....
Il regarde à la fois les deux pôles du monde L'aurore qui se lève et le soleil couchant ;
Il jette à l'univers sa parole féconde
Qui raffermit la foi dans l’âme du passant... Ecce Crux Domini' que tout ce qui respire Devant cet étendard: tombe enfin à genoux ; Ennemis triomphants, tremblez pour votre empire Les antiques Césars étaient plus forts que vous!
(b) Elle matérialise, elle concrétise les choses intelligibles. Exemple : La Conscience de V. Hugo. -- (ce) Elle idéalise les choses réelles, de cette idéalis:tion qui transfigure? (voir N° 73) Exemple. Lu mort de la garde à Waterloo de V. Hugo. Autre exemple : Laure Conan fait cette peinture idéalisée de Louis Hébert, notre premier colon défricheur.
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‘Louis Hébert prit la hache et, autour de son humble luyis, il attaque la forét séculaire. Pour ébranler ces grands crbres ridés, moussus, à la puissante ramure chargée de nids, il fallait bien des coups de hache. Les oiseaux s’envolaient au bruit et, ramassant ses forces, Hébert frappait.
Les géants centenaires finissaient par tomber. La trouée < clargissait. Mais les racines riches de sève étaient bien dures à extirper. C'est moulu de fatigue, les mains ensan- :lantées, que Louis Hébert regagnait, le soir, sa maison. le reflet de l’âtre à la vitre lui était doux. Mais, chaque matin, il fallait reprendre le rude labeur.”
192.—Le poème et les trouvailles poétiques. A la question : Ce poème est-il une belle page poétique, 1 normalienne pourra répondre : Cette page est de belle poésie, étant une page où se rencontrent les trouvailles poétiques.
La trouvaille poétique?—(a) Ou bien c'est une anulogie nouvelle, une comparaison fraîche, contenant à un degré frappant une ressemblance, ou un contraste. Exemple de Routhier.
Le Colisée de Rome.
(et le boa.)
“On dit que le boa, le grand serpent d'Afrique, Quand il est bien repu de chair vive et de sang Se recourbe et s'endort d’un sommeil léthargique En serrant les anneaux de son orbe impuissant. Quand je te vois gisant sur ton lit de poussière Immense Colisée, aux arceaux surannées
Je me dis que sans doute, à grand monstre de pierre, Tu cuves les festins que César t’a donnés.
Hélas! il t’a servi tant de chair virginale, Versé tant de sang pur pour apaiser ta faim, Que tu n'as pu survivre à l’orgie infernale
Et que ton lourd sommeil n’aura jamais de fin! Eternel monument de haine et de luxure
Je suis à ton aspect tenté de t’exécrer ;
Mais le sang des martyrs a lavé ta souillure, Et quand je viens à toi c'est pour te vénérer! Je le baise, en pleurant, ton marbre séculaire ; Ut tremblant de respect d'amour et de terreur, Je pétrirais mon pain de ta sainte poussière, Sûr d’y puiser un sang qui me rendrait meilleur.
HR Li 2