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LA POESIE DRAMATIQUE

209.—Les origines classiques de la tragédie. Nous ne parlons pas ici des origines légendaires de la po:sie dramatique : Il est incontestable que, dans tous les âges de l'humanité, au cours des fêtes nationales, dans les représentations scéniques de facture plus ou moins gauche, on jouait les dieux et les héros. — L'origine classique de la tragédie dont nous commençons l'étude est dans les fêtes dont Athènes honorait Bacchus. Pendant des siècles autour des autels de ce dieu les poésies chorales suffisaient au goût des Athéniens.—Le dithyrambe c'était le nom donné à l’ensemble des poésies cho-

rales, se divistit en stances, écrites sur des rythmes divers.

Ces stances se nommaient strophes, ou antistrophes, où épodes selon le mouvement du chœur qui, en chantant, en dansant, allait autour de l'autel, où revenait sur lui-même, ou stationnait à l'endroit qui lui était réservé.

L'objet du dithyrambe était le souvenir du dieu que l’on cymmémorait, et l'éloge de Bacchus.

Pendant que l'on exécutait les chœurs. le prétre de Bacchus offrait au dieu sa victime, un bouc, en grec tragis d'où le mot: tragédie. C’est du spectacle dionysien que devait sortir la tragédie.

Quatre poètes devaient concourir à cette eréat: littéraire :

Thespis......vers 550 avant Jésus-Christ.

Eschyle...,,.vers 500 avant Jésus-Christ.

Sophocle.....vers 475 avant Jésus-Christ.

Eripide...... vers 450 avant Jésus-Christ.

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210.—Thespis. L'innovation de Thespis fut l’infroduction dins les chants d’un personnage qui racout le soutenir du dieu que l'on célébrait, ou L'un héros associé au dieu. Ces récits étaient comme des intermèdes propres à délasser le chœur. Le othyrambe restait la pièce principale; les récits n ctaient qu'un divertissement littéraire accessoire, Le populaire Thespis, allait sur son chariot de hamenu en hameau, au temps des grandes ou petites D'onysiaques, offrant ses services et ceux de sa horale et c'était grande féte pour les Grecs de Atique qui célébraient Dionysos, réunis autour de l'autel rustique sur le gazons.

211.—Eschyle. Eschyle goûta l'innovation de Thespis, mais il fit passer le poème dionysien du chariot rustique sur le théâtre d'Athènes. Non seulement il eréa le théâtre et le machinisme, mais il imagina le dialogue cet élément essentiel du drame tiquel le monologue de Thespis dut faire place.

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En dépit du dialogue qui multiplie, au bénéfice du driiae, autour du personnage principal, des persohnages qui parlent au lieu de chanter, la tragédie schylienne est faiblement dramatique : l'élément dramatique S'y trouve comme étouffé par le lyrisme ct le récit d'épopée. Le drame d'Eschyle n’est pas ‘ne catastrophe imminente mais un malheur arrivé : on le raconte et l'on se lamente : Pour exemple, lire son drame, Les Perses.

Le théâtre de Bucchus dont Eschyle trouva l'idée, fut taillé dans le roc de l’un des sommets qu'Athènes renfermait. 11 comptait trois parties: 1° La scéne, ce mot veut dire la tente: c'était la partie réservée aux acteurs; elle seule était abritée par une tente contre les intempéries de la saison, — 9 l'orchestre, c'était la place vide faite autour de l'autel de Bacchus, et sise près de la scène, c'est là que le chœur se tenait et évoluait en exccutant ses

chants. — 3 Les gradins, ou rangées de bancs; là

le peuple Athénien venait s'asseoir et c le spectacle qui lui était gratuite

ontemplait

ment offert.

Dans le machinisme qu'Eschyle créa, il faut an-

noter le costume donné aux personnages

Dans les

tragédies d'Eschyle, les héros sont des surhommes aux prises avec la divinité qui les accable. Pour

leur donner des hausse leur tail cothurne, et grossit la portée de le sage du porte-voir.

humaine s’e 212.—Soplhocle.

scéniques d’'Eschyle il diminua l'élément matique

L'intrigue.

phocle ; et cel situation tragique, Eschyle prend |’ se dénoue, terrasse le he l'événement à-dire au moment que le e entre le héros et 1 nouement au milieu des traires au héros du lutte un grand air de vr visa de mettre son héros divinité qui a résolu de avec un malheur auquel, volonté du héros le peut volonté est hautement c

Pour exemple de l'intrigue, lire la Sophocie, Philoctète.

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dramatique

attitudes de demi-dicux, Eschyle masque et du ur voix par l'u- L'illusion d'une grandeur surn suit facilement.

Sophocle approuva les moyens et les perfectionna. Davantage lyrique et accrut l'élément dru- , le dialogue ct l'intrigue.

L'intrigue fut une création de Sode sa conception de la différente de celle d'Eschyle :

itrale au moment qu’elle au moment où la divinité irrésistible cros. Sophocle, au contraire, prend son origine, c'’estonflit suprème s'engage a divinité, évoluant vers son dipéripéties, propices ou conpoème: Pour donner à cette aisemblance, Sophocle s'ànon pas tant en face d’une foudroyer, qu'aux prises la divinité y consent, là soustraire si toutefois cette ourageuse,

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213.—Euripide. Euripide consacra par des chefsd'œuvre tous les moyens scéniques, créés par Eschyle et Sophocle. Il ajouta aux richesses du poèine dramatique, l'élément psychologique; on peut lui donner cette gloire tant par cet endroit, il excella sur Escliyle et même sur Sophocle.

Euripide a scruté l’âme humaine telle qu’elle se déclare dans les réalités quotidiennes, puis il l’étale sur la scène avec un singulier relief.

Pour exemple de profonde psychologie, lire la trasedie d'Euripide : Iphigénie à Aulis.

214.— L'origine classique de la tragédie française. Le poème dramatique dont la France se fait gloire depuis Corneille et Racine, n’est pas une évolution des Mystères, ces populaires représentations scéniques du Moyen-Age,et plus particulièrement du XV* siecle. — Ces poèmes dramatiques qui représentuient les Mystères de notre foi, cessèrent d’avoir de la vogue et furent abolis.

La tragédie classique est sortie des collèges, des universités, quand l’Humanisme, la Renaissance, renouvelant le goût d’art selon les modèles des siècles classiques de Périclès et d'Auguste, donna une conception, nouvelle pour la France, du poème dramatique. Les Humanistes créèrent la tragédie nouvelle en se guidant sur la Poétique d'’Aristote et sur les exemples de Sénèque.

Les initiateurs toutefois furent gauches: ils ne conçurent pas avec vigueur une action qui va évoluant vers une catastrophes plutôt et généralement ls imaginèrent la catastrophe accablant déjà le héros,

La conséquence de cette maladroite conception du drame, ce fut que l'élément narratif et l'élément lvrique prirent presque la place qui devait appartenir à l'élément dramatique. — Le lyrisme envahit

le drame et l'étouffa, — Ainsi par exemple, les tragédi.s de Ja ‘Cléopâtre’ de Jodelle, vers 1550, d:: “Les Juires"" de Garnier, vers 1575, de li‘*Sophonisbe"" de Montehrétien, vers 1600, sont tout simplement la représentation sans intrigue d'une situation pathétique, grâce à des récits et à des lamentations Ivriques.

C'est Hardy, qui imagina, comme on le peut voir dans son œuvre capitale Didon'’ vers 1600, l'intri. gue psychologique qui est la substances méme du poème dramatique, et c'est Mairet qui, vers 1625, avec ses tragédies de Syleanire et de Sophonisbe, fit entrer dans la poctique classique la loi des trois unités ; et grâce à ces bonnes préparations du génie français au poème dramatique, Corneille eut le bonheur et la gloire de donner, en 1631, le premier chef-C'œuvre du théâtre français: le Cid.

215.—La nature du poème dramatique. Ze pocme dramatique, la tragédie, est une action pathétique, non pas racontée, mais représentce par des acteurs, lesque' montés sur les tréteaux, parlent ci agissent sous les yeur des spectateurs. C'est comme une résurrection de h£ros antiques, historique.« ou légendaires, engagés dans une situation plein. d'angoisses,

Cette action dramatique est un moment de la vie du héros où sa grandeur d'üme éclite à l'occasion d'un grand péril, où d'un grand conflit de devoirs et de passions.

L'action dramatique n’est bis un fait accompli, thème d'’effusions lyriques ; — c'est un fuit qui s'uvance avee maintes complications vers son dénoucment; ces complications où péripéties de l'intrigue permeltent de couper la représentation de l'événement tragique cn fragments, appelés actes et scines, et elles créent chez les Spectateurs des espoirs et des argoisses, bref des anxiétés qui passionnent.

le poème dramatique est un chef-d'œuvre d'ins

es ls mesure de l'illusion scénique qu'il donne aux ho. Bi -rctateurs. Pour assurer cette merveilleuse il 4 FA son, l'auteur observe le plus possible, dans k fe. nition de son poème, la loi des trois unit: - Re “) une seule action (un seul péril; un seul conflis; : (db) un seul livu (un salon, un palais, une ville) ; . (ec) un seul temps (au plus 24 heures). "08 Pr mirite des trois unités est grand quoique secondaire. ca I 'iaut en louer l'auteur quand son poème le posbe, 216.—-Les espèces du poème dramatique. Un rois jour, Napoléon I disait à Gæthe: ‘Votre tragédie nie « une histoire: la nôtre est une crise’”. — Ainsi, on- s lon ce bon mot qui ferait honneur au plus estimé ier tique littéraire, la tragédie d’un Schiller, d'un A likespoare, serait comme un poème d’épopée dia- 7 D loue, et celle d'un Corneille, d'un Racine, serait Hi. une crise de passion à conclusion brusque. de I y a done drux conceptions du poèine drama- 5 tique: celle des classiques, et pour l'entendre, on É pourrait lire le Cid de Corneille, l’Andromaque de Ne Racine;.... celle des romantiques; et, pour l’en- " tendre, on pourrait lire le Guillaume Tell de Schilkr et le Jules Césir de Shakespeare.

“je Marquors soigneusement les principales différenon ces de la tragédie classique et du drame romantique. Ms 7 PREMIERE DIFFERENCE de La tranche de vie, la crise d’ame.

s 217.—La tranche de vie. La théorie du drame ; romantique est celle de lu tranche de vie à décou- #8 per de la vie des héros. C’est pourquoi le dramaes turge romantique retracera le milieu même, l’ensem-

ble des circonstances historiques où le héros renconq

tra la lutte, thème du poème. Dans ce milieu dont les décors et les figurations encombrent la scène, l'action dramatique qui inspira le poème, n'apparait que comme un épisode principal et le héros n'est plus qu'un personnage, mis en plus vif relief : et fa. cilement l'intérèt du spectateur glisse vers d’autres épisodes et d’autres personnages. Le critique anglais, W. Archer, écrivait de ce drame: ‘C'était une tragédie sans logique’. Pour exemple, lisons le “Guillaume Tell” de Schiller et le ‘César’ de Shakespeare ; et dans le poème £llemand, c’est ln Suisse entière, son peuple et ses grandioses panoramas, c'est, dis-je, la Suisse entière plutôt que Tell qui crée l'essentiel intérêt du chef-d'œuvre; ct de mème, dans le poème anglais, plus que César, c'est Rome pittoresque et psychologique, qui retient l'attention passionnée des spectateurs. Lisez dans Guillaume Tell: Scène I et scène III, du premier acte, scène II du deuxième acte; scène I du quatrième acte; scène III du troisième acte.

Lisez dans César : scènes I'et Il et III et VI du

premier acte ; scène I et II et III du deuxième acte : scène I du troisième acte.

218.—La crise d'âme. Ju théorie de la tragédie classique est celle de la crise d'âme. C'est pourquoi grâce à une abstraction vraiment esthétique, cette âme que le conflit intérieur tiraille pathétiquement. apparaît isvlée de toute circonstance incohérent., disparate, étrangère à la crise. Le vrai théâtre de cette action dramatique, on }* sent, c’est le cœur ; et l’objet de l'attention émue ds spectateurs, c’est l'âme même: Pour jouer cette action, on n’a que faire du milieu dont le romantique fait si grand cas ;

» Suffit. — Pour exem- Corneille et de Ra-

u dont scène, l'Appas n’est et fuautres ue an- C'était lisons “Ai de est la panot que re; ct ’'ésar, etient dans emier qui-

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N. B. — De cette première différence entre la tragédie et le drame, il suit qu'il faut plus de sens historique à l'auteur romantique, et à l'auteur classique, plus de sens psychologique.

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