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Exemple : Le vertueux Hippolyte à son père Thésée, auprès de qui il est calomnié :
Hippolyte.
D'un mensonge si noir justement irrité Je devrais faire ici parler la vérité,
Seigneur: mais je supprime un secret qui: s touche. Approuvez le respect qui me ferme la br ; Et, sans vouloir vous-même augmenter ennuis,
Examinez votre vie, et songez qui je sus.
Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes: Quiconque a pu franchir les bornes légitimes
Peut violer enfin les droits les plus sacrés:
Ainsi que la vertu le crime a ses degrés ;
Et ja ais on n’a vu la timide innocence
Passer subitement à l’extrème licence.
Un seul jour ne fait point d’un mortel vertueux Un perfide assassin, un lâche incestueux.
Elevé par le soin d’une chaste héroïne,
Je n'ai point de son sang démenti l’origine:
Pitthée, estimé sage entre tous les humains, Daigna m'instruire encore au sortir de ses nains. Je ne veux point me peindre avec trop d’avantag: : Mais si quelque vertu m'est tombée en partage, Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater
La haine des forfaits qu'on ose m’imputer.
C’est par là qu’'Hippolyte est connu dans la Grèce. J'ai poussé la vertu jusques à la rudesses :
On sait de mes chagrins l’inflexible rigueur.
Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur.
232.—Le style dramatique, vers Cornéliens. Le style dramatique, c’est l’abord la beauté de l’élocution imagée et bien sonore, qui convient aux poèmes solennels et passionnés. C'est ensuite la beauté d’une phraséologie émaillée de vers cornéliens rt de duos retentissants.
Ces vers cornéliens?—(1) Ce sont des vers sobres, presque laconiques, mais où resplendit avec plénitude une grande pensée. Ces vers deviennent facilement sur les lèvres des hommes, des maximes, des sentences, par exemple :
père
che.
rimes :
b rCS , lénifacimes,
+ LA TRAGÉDIE 191 è
‘A qui venge son père, il n’est rien d’impossible, — Mais LÉ qui veut vivre infâme est indigne du jour. — Mais aux ‘mes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années — À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. -- Qui veut mourir ou vaincre, est vaincu rarement.
(2) Ce sont des vers sobres qui suscitent avec une rivacité d'éclair une grande image, une large perspective: par exemple :
Dans le Cid.
Nouvelle diginité, fatale à mon bonheur!
Précipice élevé d’où tombe mon honneur!
Ton bras est invaincu mais non pas invincible Les Maures en fuyant ont emporté son crime
Dans Horace.
On pleure injustement des pertes domestiques Quand on en voit sortir des victoires publiques!
(3) Ce sont des vers sobres qui renferment deux mots où deux groupes de mots qui s’entrechoquent,
en formant de frappantes antithèses de pensées ou de mots, par exerr "a:
“Qui m'aima g 1e haïrait infâme.”’ Dans le Cid.
“Et dans ce grand bonheur je crains un grand revers Dans le Cid.
J'irai sous mes cyprès accabler ses lauriers. Dans Horace.
Dans un si beau trépas ils sont les seuls à plaindre La gloire en est pour vous et la perte pour eux! Il vous fait immortel et les rend malheureux !
Dans le Cid.
“Ils couraient au pillage, ils rencontrent la guerre !
(4) Ce sont ces périodes poétiques de trois ou quatre vers, inspirées par l'énergie de la pensée, par
rte
li véhemence du sentiment, où par la splendeur de Pinage, becuer et violents jets d'une àme impatiente d'épuncher ce flot intéricur.
Horace à Curiace.
Le sort qui de l'honneur nous ouvre la carrière
Offre à notre constance une illustre matière ;
Il épuise sa forces à former un malheur
Pour mittiX se mesurer avec notre valeur
Néarque à Polyeucte.
Nous pouvons tout aimer, il le souffre, il l’ordonne :
Mais, à vous dire tout, ce Seigneur des seigneurs
Veut Le premier amour et les premiers honneurs,
Comme rien n'est égal à sa granderr suprême,
Il faut ne rien aimer qu'après lui, qu’en lui-même.
Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens, et rang,
Exposer pour sa gloire et verser tout son sang.
Les duos retentissants: Ce sont dans des débats d'ämes superbes, des suites de reparlics d'un denivers, d'un vers, de deux vers tu plus, qui se croisent comme des éclairs; ce sont des explosions de repurties à phrases courtes et fulgurantes: ce sont comme des traits incisifs que des âmes aux prises se Lincent,
Exemple: Scène IT de l'acte IT du Cid de Cor: ncille.
Don Rodrigue et le Comte.
D. Rodrigue. -- A moi, Comte, deux mots.
Le Conte, — Parle.
D. Bodrique, — Ote-moi d'un doute. Connaistu lion
Don Diègue?
Le Comte. — Oui.
D. Rodrique. — Parlons bas; écoute Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, La vaillance et l'honneur de son temps? le sais-tu
Le Comte, — Peut-être.
D. Rodrigue. — Cette ardeur que dans les yeux je prrte, Sais-tu que c'est son sang? le sai: u?
Le Comte, — Que m'importe?
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porte,
D. Rodrigue. — A quatre pas d'ici je te le fais savoir. Le Comte. — Jeune présomptueux !
D. Rodrigue. — Parle sans t'émouvoir.
Je suis jeune, il est vrai: mais aux âmes bien nées La valeur n'attend point le nombre des années.
Le Comte. — Te mesurer à moi! qui t'a rendu si vain Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main?
D. lodrique. — Mes pareils à deux fois ne se font point [connaître, Et pour leurs coup. d'essai veulent des coups de maître. Le Comte. — Sais-tu bien qui je suis”?
D. Rodrigue. — Oui; tout autre que moi
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d'’effroi.
Mais j'aurai trop de forc:, ayant assez de cœur.
À qui venge son père il n’est rien d'impossible .
Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.
Le Comte. — Ce grand cœur qui parait aux discours que
[tu tiens,
Par tes yeux, chaque jour, se découvrait aux miens ;
Mon âme avec plaisir te destinait ma fille...
Dispense ma valeur d’un combat inégal ;
Trop peu d'honneur pour moi suivrait cette victoire:
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire,
D. Rodrique. — D'une indigne pitié ton audace est suivie : Qui m'ose ôter l'honneur craint de m'ôter la vie!
Le Comte. — Retire-toi d'ici.
D. Rodrigue. — Marchons sans discourir,
Le Conte, — Es-tu si las de vivre?
D. Rodrigue. — As-ta peur de mourir?
Le Comte, — Viens, tu fais ton devoir, et le fils dégénère
Qui survit un moment à l’honneur de son père.
233.— Une recommandation. Je Cid et le Polytucte le Corneille, l'Andromaque, le Britannicus, Athalie et Esther Ge Racine, {4 Zaïre de Voltaire, Le Louis XI de Casimir Delavigne, la Fille de Roland de H. de Bornier. ce sont là les poèmes du théâtre français; le Jules César de Shakespeare, le Guilliume Tell de Schiller, le Lohengrin de Wagner, ce sont là les poèmes du théâtre étranger, dont nous recommandons la lecture à la normalienne. Ces lec-
tures auront deux avantages : celui de la rendre familière avec la conception moderne du théâtre, celui de lui donner, avec une intelligence pure et une sensibilité délicate, le goût des œuvres dramatiques vraiment belles et le dégoût le toutes ces pivces qui encombrent nos théâtres du jour, au grand préjudice du bon sens et de la morale,