‹ La normalienne en belles-lettres [microforme]Chapitre 66 sur 78 · OPERA · texte numérisé non relu

OPERA

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vois-Je? — Avec la vision nuîtra l'émotion; avec l'émotion éclatera l'accent.

Que vois-je? — Que vois-je ? — I1 faut toujours

en venir là pour bien dire ainsi que pour bien écrire. Entendez-vous, Normaliennes ?

8.—Le rythme. 11 résulte des pauses et des mouvements introduits dans le débit.

Les pauses. Ce sont des silences, des suspensions de voix, entre les parties de la phrase, ou pour mettre en relief les éléments de la phrase (pauses grammaticales), ou pour mettre en relief les mots de valeur, les mots de passion (pauses oratoires).

Principales pauses gramamticales (pour étre bien compris).

(a)—Après le sujet, s'il n'est pas un monosyllabe ;

(b)-—Entre le subst tif et l'adjectif, si l’adjectif est chargé d'un régime,

(c)—Entre le régime direct et le régime indirect et les indirects d'espèce différente de temps, de lieux, de manières :

(d)—Avant tout nom propre peu connu.

Pauses oratoires, (pour agréer, ow pour toucher.) On les fait avant et après un mot de passion important. ;

9.—Les mouvements. Ce sont des ralentissements ou des accélérations de débit dont l'on nuance le mouvement général du discours, ou de la lecture expressive.

Ces mouvements sont réclamés par les passions qu'on exprime, ou par la chose que l'on dépeint : on récite autrement l'effort de la résistance et la fuite des eaux, un rocher qui écrase, un torrent qui se précipite. Il faut voir; il faut voir les choses dites pour attraper le charme du rythme.

Les gestes.

10.—Les gestes. La gesticulation, c'est l'expression de la pensée par les attitudes du corps, les mouvements des tras et des mains et les jeux de la pl ysionomie. Ce langage, qui se fait entendre aux veux, doit se parler avec élégance : on doit suppriet les gestes risibles.

Faites-vous un vocabulaire mimique, c'est-à-dire l'usage facile et élégant d’un certain nombre de gestes expressifs.

N. B. — Pour réussir les gestes si variés que l’interprétation du morceau réclame, ln Normalienne devra s'appliquer à voir la chose à dire. Il faut que l'imagination lu lui représente vivement. — Que vois-je ? — Que vois-je? — se demande la Normalienne.

L'insuccès du geste est hors de doute, si lu vision manque.

Ce langage des gestes réclame trois choses. — Ta sculpture du personnage, les jeux de la tête et de la physionomie, les mouvements expressifs des bras et des mains.

11.—(A) Sculpter son personnage. Donner à son corps oui interprète l'âme qui l’anime, une beauté sculpturale, qu'est-ce cela? C’est faire prendre au corps l'attitude que le sculpteur donnerait à la statue, faite pour interpréter le passage pathétique à dire. L'art raffiné des attitudes du corps pour produire un effet de sculpture, c’est après avoir pris cette att:tude esthétique, demeurer un peu de temps silencieux, puis dire lentement la phrase passionnante. Ainsi les yeux de l’auditeur aurait le ternps de suisir lz forme marmoréenne, et d'en éprouver l'effet pathétique.

. 12.—(B) La tête et la physionomie. Pour les jeux de la tête et de la physionomie, dont les yeux et les

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lèvres constituent l'élément essentiel, disons que la Normalienne ne les fera pas bien par calcul. Si elle se donne la vision de la chose à dire, elle y réussira.

Cependant annotons quelques mouvements de la tète :

Pour exprimer négation et improbation, l’affirmation où l'approbation, elle oscille de droite à gauche, où de haut en bas.

Pour exprimer empire, ou arrogance, elle se pose droite et ferme.

Pour exprimer admiration, elle se dresse avec un regard tendu vers l’objet.

Pour exprimer horreur, effroi, elle se détourne de l'objet.

13.—(C) Les gestes des bras et des mains. N. B.— Pour les réussir, 1 faut voir ce que l’on dit: puis veiller à trois choses : à 1° Articuler le geste, — 2° Soutenir le geste, — 3° Faire parler le geste.

l°—Bien a.ticuler le geste. Articuler le geste, c'est le faire partir du cœur. Donc, avant de lancer le geste, il faut, en dessinant une légère courbe, élever la main vers le cœur. Donc, le geste évolut üe dedans en dehors. Et pour articuler un geste à deux mains, anand une main est déjà lancée, on ramène vers le cœur la main déjà lancée, pendant que l’autre se lève vers le cœur, puis de là les deux mains dessinent le geste à faire.

2—Soutenir le geste. Autant que possible, on ne laisse pas tomber le bras avant la fin de la phrase. Il faut donc soutenir dans leur mouvement expiessif tout le long de la phrase, le bras et la main sans les laisser retomber. ©

3— Faire parler le geste. Je geste est un moyen d'expression. 1] faut supprimer tout geste qui ne

signifie rien. Quand vous levez le bras, il faut justifier ce mouvement par un besoin d’expression. Un geste qui ne parlent pas est une laideur. Le geste se dessine avant les mots ou pendant l’énoncé des mots qu'il interprète jamais après ce mot. |

Les gestes qui parlent sont: (a) Le geste indicatif. — (b) Le geste imitatif. — (c) Le geste pathétique.

(a) —Le geste indicatif. La main partant du cœur, la paume en haut, se porte vers l’objet. Il se fait à deux mains quand il y a immensité, plénitude, ‘‘tout’’, dans l’objet à indiquer.

(b)—Le geste imitatif. Le geste est imitatif quand par le mouvement des bras et des mains, on représente le mouvement, ou la forme des choses dont on parle. Voyez ce que vous peignez et le geste se fera bien. Il faut voir.

(c)—Le geste pathétique. Celui qui interprète les sentiments et les passions. Notons quelques vestes de cette catégorie :

1°—Pour exprimer négation, mépris et antipathie : la main levée, la paume tournée contre l’objet et la tête se détournant de l’objet.

2 Pour exprimer affirmation, sympathie : la main levée, paume en haut et la tête penchée vers l’objet. Pour l'affirmation forte et pour le commandement avec empire: la main tendue en avant, la paume renversée, l'index détaché et la tête droite et ferme.

3°— Pour exprimer l'admiration: tout le corps, la tête, le bras et la main semblent s'élever vers l’objet; les regards se fixent vaguement vers l'objet, la main s'élève avec un certain excès, la paume tournée vers l’objet.

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4—Pour exprimer horreur, épouvante: tout le corps recule, s'appuyant sur le pied en arrière; la tete se détourne comme pour ne point voir l’objet ; la main se tend vers l’objet, la paume contre l’ob- Jet et les doigts faisant patte d’oie.

9°— Les bras croisés ont un sens fort divers, mais ce qu'ils signifient plus généralement, c’est confiance, assurance dans ce que l'on dit.

REFLEXIONS PRÉLIMINAIRES (voir page 3)

1.—La portée de ce Manuel ; utilité de ces formules ; 2,— Nécessité de l'esthétique à l’école ;

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