La donnée historique. Boileau écrivait
“Avant done que d'écrire apprenez à penser.” Et cela est incontestable, Mais quand la tête est l’urne vide, quelles pensées versera-t-elle sur le sujet à traiter? Pour remplir la tête de ses élèves des idées nécessaires à la rédaction, la normalienne recourra à la donnée historique et à la causerie préparatoire.
La donnée historique, pour les élèves du Cours Académique. — Si l'on veut que nos élèves de l’Académie, bien gardées contre le péril des banalités et contre la tentation de copier des pages trouvées, écrivent avec couleurs locales sur le sujet à traiter et composent d’après elles-mêmes, au moins faut-il les avoir préparées à ce travail par des études préliminaires et relatives au sujet: cette pensée directrice est de Murmontel, Pour suppléer au livre eau temps qui manquent à nos grandes élèves, la maitresse leur remettra la donnée historique.
La donnée historique ? C'est sur la feuille que l’on pisse à l'élève une suite de renseignements, d'informations sur le personnage et sur l'événement que le titre de la narration indique, informations présentées dans un désordre voulu. dans un désordre voulu. Hé! pourquoi la donnée historique ne doit pis étre un canevas ?
26.—Le canevas? C’est le som maire, c'est le plan de T4 composition elle-même : c'est l'énoncé ct l’ordonnance des idées qui constituent je développement de la composition ; c’est le travail tout fait du trai varié et du vrai un. — Donner aux élèves des canevas, c'est leur ôter avec le labeur de l'invention et de la disposition des idées, l'occasion de cultiver leur intelligence littéraire, celle qui crée vraiment cet élément esthétique de la belle page, le vrai varié, Et ces élèves que le canevas dispense de réfléchir et de composer, acquièrent avec la facilité grande de répandre des mots, le goût des redon-
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dunces fades et de la faconde ridicule. Tout cela est de mauvaise pédagogie. — Par contre, la donnée historique, tout en mettant l'élève dans l’essentielle réalité, dans l’essentielle vérité, ne le dispense ni du travail de l'intelligence littéraire, qui est de trouver, choisir, ordonner les bonnes idées ni du travail de l'imagination, qui est de changer en visions esthétiques ses idées préférées; et à cause de tout cela, la composition devient un exercice vraiment littéraire dont l'effet assez prochain est une charmante effloraison du sens esthétique. Et tout cela est de bonne pédogagie.
27.—La causerie préparatoire à la rédaction pour les plus jeunes élèves.
A l’école primaire, l’institutrice ne passe pas aux élèves la donnée historique; mais, en vue de les préparer à la rédaction, elle fait avec eux une causerie. Le but de la causerie, c'est d'aider les élèves à penser ct à parler avec convenance sur le sujet de la rédaction. — 1° C'est donc de donner aux clèves des renseignements de couleur locale en les induisant à bien observer le sujet à traiter, à discerner et choisir les détails principaux et à négliger les accessoires, à se garder des banalités. La triste habitude des lieux communs, dans leurs conversations et dans leurs rédactions, est, chez les enfants, une suite de leur paresse intellectuelle, de leur superficiel et fugitif regard. — 2 C’est d'enrichir le vocabulaire des enfants en leur donnant le souci des termes propres. — 8° C’est habituer le: enfants à composer soigneusement leurs phrases. En effet, si l'institutrice exige des enfants, des réponses à phrases précises, correctes, complètes, la bonne facture de la phrase leur deviendra familière.
Le procédé de la causerie, pour être une facon vivante de penser avec les élèves, — 1° sera intuitif : l'enfant aura sous les yeux le fait ou le paysage sur
lequel il écrit ; ou bien il lui sera présenté en image — où bien le chapitre d'histoire d'où le sujet est tiré, et que l'on a étudié, sera ouvert sous les yeux de l'élève. Le procédé intuitif impose à la mattresse de chercher ses sujets de rédaction dans les expériences de l'enfant. Le sujet qu’elle choisira, sera — ou l’un des petits événements dont se compose la vie de l'élève, — Lu l’un des paysages qui forment le décor de son existence, — ou l’une des idées générales dont l'enfant doit prendre conscience pour sa propre gouverne et pour apprécier la conduite des autres; — 2° Je procédé sera suggestif, la question que posera l'institutrice sera faite en termes généraux pour forcer l'élève à bien regarder et à bien nommer les choses. Ainsi, l'institutrice ne dira pas: ‘‘Louise, était-ce à l'heure de l'aube que Jumonville fut tué,”’? mais: ‘‘A quel moment du jour, fut-il tué?’ Elle ne dira pas : ‘Louise, ne VOxez-Vous pas un bosquet d’érables au pied du coteau?"” Mais elle dira : ‘‘Qu'apercevez-vous au pied du côteau?’" Ainsi, elle ne marquera pas l'idée à son élève, mais elle l'aidera à la trouver, à la préciser; — 8° le procédé sera sobre, car l’intitutrice posera plus où moins nombreuses ses questions, selon que l'élève est plus ou moins cultivé, et, par conséquent, plus où moins capable d'invention lit-
téraire; — 4° le procédé sera ordonné puisque l'institutrice pose ses questions on se suidant sur les formules du beau. — Ainsi, s'agit-il d’un fait à
narrer, l'institutrice préparera la snite de ses questions en se guidant sur le plan de la narration indiqué plus haut (N° 24. Brouillon du vrai un) le temps, le lieu, le personnage, la chose elle-même. — la conclusion (quatre questions pour trouver liée de la conclusion, ou celle de cause, ou celle d'effet, ete...)
A ns dé de
N. B. — Il faut mettre dans li tête de l'enfant li suite de ces questions; c'est une directic 1 pour l'amener à des réflexions personnelles.
N. B. — I! va sans dire que l'institutrice doit avoir fait au préalable sa propre rédaction.
28.—Le canevas pour les plus jeunes. Est-il judicieux de donner aux plus jeunes un canevas après la causerie? peut-être : de bons pédagogues le pensent nécessaire. Nous sommes néanmoins d’avis que le canevas est un frein sur l'initiative de l'enfant : il empèche le libre jeu de la pensée qui fermente après la causerie; il le retient dans l'effort d’un périlleux verbiage. Il suffit pour que l’eftort personnel et fécond soit réglé, il suffit d'accoutumer l'enfant à se poser à soi-même, suivant le sujet à traiter, la série, la suite logique des quealions marquées aux N°° 12, — 100, — 107, — 108, puis, après avoir choisi dans le tas des réflexions, il écrira comme son bon sens le lui inspirera. Ce travail sera ainsi métlodique à la fois et s’accommodant avec l'initiative le l'enfant; et ce travail assurera chez l’enfunt l'éveil de sa personnalité, de son originalité littéraire.
N. B. — A chaque causerie, la maîtresse aura som d'écrire, sur le tableau noir, suivant le sujet de rédaction, cette suite logique des questions; elle le fera afin de la bien imprimer dans la mémoire des élèves,
$ 2—La splendeur littéraire.
ou le deuxième élément de la belle page de narration.
N° 29.-—Ce qu'est la splendeur littéraire.
o 30. Ses éléments: les visions esthétiques, ouvrage de l'imagination créatrice 3—la phrase d’art, ouvrage de la plume cultivée.
Les visions esthétiques, ce premier élément de la splendeur.
N° 31.—‘Les visions esthétiques” : le tableau et le drame. N° 32.—Le tableau: ce que c’est.
N° 33.—Le trait pittoresque.
No 34.—L'imagination pittoresque pour réassir un tableau, N° 35.—Le Drame: ce que c’est, N° 36.—Le trait dramatique, ‘ N° 37.—L'imagination psychologique pour réussir un drame.
N° 38.—Pour stimuler l'imagination de création un procédé toujours effectif.
No 39.—Est.i] puéril ?
N° 40.—La loi du frein: choix et proportion.
N° 41.—L'heureuse habitude du travail créateur de l'imagination.
N° 42.-‘La phrase d'art”, ce deuxième élénert de la splendeur (voir plus loin).
S 2Z—La splendeur littéraire.
29.—La splendeur littéraire? Ce deuxième élément d'une belle page narrative, c'est une façon de dire et d'écrire, ample, abondante, qui fait rayonner le sujet de la narration dans des visions pittoresques et dramatiques. — ‘Mon ami, disait Flaubert à Guy de Maupassant, vois bien la nature; vois-la vivement, et rends sincèrement ta vision : c'est le tout de l'artiste :°” — “Ia première question qu'on doive faire sur un artiste est celle-ci : Comment voit-il les objets ? — avec quelle netteté, avec quelle
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