PERMIS D'IMPRIMER
Ottawa, le 2 février 1914.
Archevêque d'Ottawa.
PN
Droits réservés, Canada, 1914.
Réflexions Préliminaires
N^» 1. — La portée de ce Manuel ; utilité de ces formules ;
N'^ 2. — Nécessité de l'esthétique à l'école ;
No 3. — Nature de l'esthétique à l'école ;
'No 4. — Les pages littéraires à Técole ;
N'o 5. — Les belles pages ; leur nature.
1. — Les formules du beau. — L'objet de ce manuel. "L'esthétique, enseigne le Nouveau-Larousse, est cette brandie des sciences philosophiques qui a pour objet le beau, c'est-à-dire à la fois la théorie (lu beau et la philosophie de l'art" — Nous n'entrons pas dans ces profondeurs avec les Bclles-LettvcH dr /'f Normalienne. Nous ne prétendons pas donner une esthéti(pie transcendante où les manifestations du beau par les ai'ts divers sont doctement appréciées. Nous nous confinons à iine esthétique d'initidtioïi au })e(tu littèriire ; c'est une connaissance et une pratique de formules et de théories, tirées de classiques exernides, .suffisantes à la maîtresse de la petite école pour créer les belles pages et en causer convenablement.
Il en est qui crieront: "Encore des formules; encore des recettes littéraires." — Des recettes! Hé! j'y consens; mais cela est bien nécessaire. Les j^énies s'en passent admirablement, je le sais. ]\Iais les simples talents, et c'est le très grand nombre à l'école et dans la vie, les sim])les talents ne doivent-ils pas suivre prudennnent les traces des créateurs spontanés? ^I. Lanson affirme que ce genre d'étude aboutit à \m savoir littéral sans vertu littéraire. Si les formules du beau n'étaient, chez les
LA NOIiMAMKNNH
normaliennes, qu'une science "logée au bout de leurs lèvres" comme parlait Montaigne, ces procédés j'y consens, ne seraient plus qu'un impuissant mécanisme; mais si les normaliennes comprennent, pratiquent, s'assimilent ces "Manières précises des grands Maîtres, ces formules contiennent une esthétique féconde. Les illustres auteurs du W U siècle avaient, ce me semble, pour principe de jeter leurs pensées personnelles dans les moules classiques des siècles de Périclès et d'Auguste, et ils nous ont légué des chefs-d'œuvre. Si les génies créateurs se font des manières, comment^ serait-il inutile aux normaliennes de se les assimiler .
Après quelques années d'expérience, je me suis persuadé que les normaliennes profiteraient remarquablement de ce manuel. L'événement prouvera si ie m'abuse. En tout cas, je laisse aller ce petit livre avec confiance. Si quelque érudit parcourt ce manuel et se croit tenu de crier : "Plagiat , pour le dispenser de ce devoir, je déclare que tout ce que je dis de bon, je l'ai pillé quelque part, mais ce riche butin, je l'ai accommodé à mon goût, et ce mente très modeste me suffit.
2 —Nécessité de l'esthétique à l'école. A l'homme, né pour s'éprendre du beau, il faut ou qu'il s'eleve avec les jouissances d'art, ou qu'il descende et ghsse bien bas avec la sensation vulgaire et même mfame. Si l'on veut faire sortir de l'école des hommes bien élevés", éclairons donc l'esprit des jeunes disciples de saines clartés ; formons leur cœur au vouloir chrétien; mais prenons garde aussi de cultiver de bonne heure leur faculté esthétique. "Des ^ enfance, écrit Schiller, entourez l'homme des plus belles formes intellectuelles; enfermez-le dans les images de beauté parfaite." - Cette préoccupation sera l'un des soins, l'un des bonheurs de l institutrice. L'esthétique de celle-ci est incomplète, il est vrai: