CHAPITRE TH
Li VXinV. ORATOIRK KT LA TACiE DIDACTIQUE
(Le thème: une idée ciénérale à exposer.)
Troisième formule de la belle page.
jQj ]y £} — La page oratoire et la didactique sont identiques pour le fond C'est par la forme qu'elles se différencient; celle-là abonde en éclat, d'imagination et celle-ci ne parle qu'a 1 esprit. ^
102?— Une observation sur la page oratoire qu on nommerait également bien la page idéale.
Pourquoi appelons-nous pages oratoires les pages dont le sujet à exposer est une idée générale? LUe est la vraie page de l'orateur.
Les idées générales, (ce que la rhétorique appelle les lieux communs) constituent essentiellement la matière de l'éloquence. Certes on goûte ce varleur charmant, qui raconte ou décrit avec un art tm ces actuelles réalités, — faits ou paysages, - dont se compose pour lui l'occasion de parler. ^ Toutefois la postérité prendra rarement garde de s en souvenir. C'est Vidée générale qui assurera aux discours i élévation et l'intérêt éternel. "Je veux dans une seule mort, (celle de la duchesse d'Orléans), faire voir le néant de toutes les grandeurs humâmes te soin de Bossuet de dégager l'idée générale, le heu commun qui enfermait dans son extension le sujet particulier de l'oraison funèbre à faire, c'est le souci de tout grand orateur. Cicéron, qui s entendait, en pages oratoires, a soutenu que l'éloquence romaine n'avait pris d'ampleur qu'au jour ou 1 école de la Ehétorique y avait fait pénétrer les idées générales de la philosophie.
Un exemple. — Dans sa préface, écrite pour le livre: La race française en Amérique, M. l'abbé Ph. Perrier réprouve l'œuvre des assimilateurs. Le bon écrivain ne renferme pas sa pensée dans les considérations, spéciales à notre Canada que nos défenseurs font valoir, en orateur bien avisés; l'abbé s'élève jusqu'à la grande vérité qui contient pour tous les pays la solution du problème de la coexistence des races. Et cette idée générale que l'épanouissement légitime des races dans une même patrie ajoute à l'éclat de sa civilisation, jette à tel endroit de la préface la splendeur d'une page oratoire. "Nous voulons, nous, écrit-il, que les deux races vivent en harmonie ; mais nous ne voulons pas que les rapports de l'une à l'autre soient de maître à esclave, de vainqueur à vaincu". Suit l'amplification de l'idée générale :
"Les diverses familles de l'humanité ont reçu en partage des énergies, des vertus, des aptitudes nécessaires au genre humain. Chacune d'elles doit au monde l'apport des dons qu'elles a reçus. Mais voulez-vous que pour la plus grande goire de la patrie commune elle verse avec abondance ses idées, son intelligence, son être dans le fonds commun? N'asservissez pas une race à une autre: vous étoufferiez les initiatives contraires au concept que l'une se fait de la vie, du devoir, du vrai, du beau. La société entière se trouverait appauvrie de tout ce qu'une race arrêtée dans son développement spontané préparait de moissons nouvelles. La civilisntion elle-même subirait des pertes proportionnées au joug d'intolérance que l'on ferait peser sur toute une catégorie de citoyens dont on étoufferait dans le germe les qualités natives."
Puis, après avoir appuyé cette vérité générale du témoignage de notre ancien gouverneur. Lord Elgin, M. Perrier tire, en notre faveur, une conclusion particulière à la querelle des races, en Canada. "La conservation de l'élément français et de la langue française, c'est un gage de grandeur et de progrès pour la confédération canadienne. Ce dualisme