‹ La normalienne en belles-lettresChapitre 13 sur 56 · LA NOH MALIEN NE · texte numérisé non relu

LA NOH MALIEN NE

nation.'il n'est pas un obstacle au développement d'une jeune nation, qui a tout à gagner à conserver riiéritage littéraire et social qu'elle tient des deux plus grands peuples de l'Europe."

103. — La belle page? C'est la page oratoire, c'est une amplification sur une idée générale — d'excellente littérature — propre à faire meilleur qui la lit, ou qui l'écoute. Ainsi trois éléments esthétiques constituent essentiellement la valeur littéraire de cette page : une idée générale, de la splendeur littéraire et de la grandeur morale.

§ 1 — L'idée générale.

104. — L'idée générale? Cette idée générale que l'on expose dans la page oratoire, peut être — ou bien une vérité religieuse, un précepte moral, une vérité de philosophie, une loi scientifique, — ou bien une vertu, un talent, un don, — ou bien un proverbe, une maxime, une belle pensée extraite d'un auteur, etc., etc....

Cette idée est dite générale, parce que bien qu'elle soit exposée avec convenance dans l'occasion où l'on parle et avec convenance appropriée au personnage dont on parle, elle pourrait toutefois avec un égal à-propos être exposée dans d'autres occasions, être appropriée à d'autres personnages. Comme exemple, lisons cet extrait du discours que Mgr Eoy prononçait en 1908, à la fête des "Anciennes familles" : On croirait lire un chant de l'épopée du défricheur.

L'épopée du défricheur.

"^Messieurs, la terre que les ancêtres vous ont transmise, après l'avoir défrichée et fécondée de leurs sueurs, n'estelle pas le plus b€au livre d'histoire que vos mains puissent feuilleter et vos yeux parcourir. — La préface en fut écrite par ce vaillant chef de dynastie qui apporta, ici, il y a plus de deux siècles, votre nom, votre fortune, et votre sang.

C'était un Breton, un Normand.... un Français en tout cas. et un brave, à couf) sûr. Avec cet homme et la femms forte qui vient avec lui ou qu'il trouva sur les bords, une famille nouvelle venait fortifier la colonie naissante, civiliser le royaume de Québec et enrichir d'un sang généreux et de belles vertus la noble race canadienne-française.

"Et l'histoire commence palpitante d'intérêt, débordante de vie. Que de fois vous les avez vus repasser dans votre imagination, ces premiers chapitres, écrits au fil de la hache, illuminés par les belles flambées d'abatis et gardant encore aujourd'hui les acres et fortifiantes senteurs des terres neuves que déchirent la pioche et la herse et où germent les premières moissons.... Ce sont les années rudes mais combien fructueuses des premiers défrichements ; c'est la glorieuse épopée de la terre qui naît, de la civilisation qui trace pied à pied son lumineux sillon à travers l'inculte sauvagerie des hommes et des bois. Chaque coup de hache, alors, est une belle et patriotique action ; chaque arbre qui tombe est un ennemi vaincu, chaque sueur qui arrose le sol, est une semence féconde.

"Et comme elle est simple et bonne la vie de ces héroïques pionniers ! La maison, la première qui orna le champ où s'élèvent aujourd'hui vos confortables demeures, dressait au bord de l'abatis sa rudimentaire charpente de bois rond, dominant à peine les souches avoisinantes. De son seuil rustique, la femme et les enfants pouvaient voir le colon conduire ses bêtes et sa charrue, faire le geste sublime du semeur, ou moissonner à l'automne les fruits que la terre et Dieu donnaient à son travail. Leurs yeux s'emplissaient de ce doux spectacle et dans le coeur des tout jeunes, grandissait le désir, la passion de devenir, eux aussi, un jour, des "faiseurs de terre" ou des faucheurs de moisson. On ne connaissait guère, sous ces rudes lambris les envies prétentieuses et les exigences malsaines. La forêt toute voisin 3 qui bornait l'horizon, bornait aussi les désirs. Reculer chaque année les limites de cet empire naissant, arracher à li forêt les trésors de vie qu'elle cache pour que la terre nourricière suffise aux générations qui grandissent : telle est la saine et forte ambition qui travaillait ces cœurs simples, ces esprits robustes. — En vérité, il est beau ce premier chant de l'épopée familiale et de la terre paternelle!"

105. — La théorie des lieux communs, idées générales. L'idée générale n'est-elle pas une banalité, un lieu commun? — Si par idées générales, on entend des réflexions usées, des descriptions suran-

nées, des choses vues ou rebâchées cent fois, ces idées générales ne sont que de laides banalités. — j\Iais si par idées générales on entend des idées savantes ou, tout au moins, exposées avec un art savant, ces idées étant principes d'illuminations pour l'esprit et sources d'émotions exquises pour le cœur, ces idées générales sont, en ce cas, l'élément des pages idéales. C'est pour la raison de son art savant, quoiqu'il fût penseur médiocrement original, que l'on fit cet éloge de V. Hugo: Il est un admirable metteur en scène de lieux communs.

106. — Le procédé d'invention dans la compositions de la page oratoire.

"Bossuet, écrit Lanson, saisit fortement deux ou trois aspects du sujet qu'il traite" et, là-dessus, ajouterons-nous, il répand la splendeur de son éloquence lyrique. Hé! comment s'y prend-on pour découvrir ces aspects divers de Vidée générale, pour créer le vrai varié dans la page oratoire ? La normalienne fera poser devant elle l'idée générale, et pour en apercevoir les faces multiples, les yeux fixés sur cette idée maîtresse, Vi norm^alienne se fera à ellemême cinq questions. Autant de réponses, autant d'idées secondaires mais essentielles dont l'ensemble constituera la vision complète de l'idée générale.

107. — Les cinq questions à se poser dans la méditation de l'idée générale, par exemple sur le patriotisme.

1''^ question : quelle est la nature de Vidée générale ? Qu'est-ce ? Comment est-ce ? En quoi consiste-t-elle ? Quels en sont les éléments ? Quelles en sont les parties constitutives ? Par exemple : Le patriotisme, cet amour de la patrie est fait de multiples affections : le foyer, l'église paroissiale, la petite école, le coteau, etc., etc.

2^ question: quelle est la cause, quel est le pourquoi de l'amour patriotique : ce sont les beautés et les bienfaits de lu patrie visi-à-vis ses enfants.

La normalienne annoterait ces spéciales beautés, ces particuliers bienfaits.

3® question: quel est l'effet de Vidée générale? quelles suites, quels résultats peut-elle avoir? Par exemple l'effet de l'amour patriotique, ce sont les services dévoués des compatriotes pour assurer la vie de la patrie, pour en augmenter la richesse, la gloire : Dollard, etc.

108. 4® question: quel rapprochement par analogie ou par contraste peut-on faire de l'idée générale à traiter avec une autre idée générale. Par exemple, entre le patriotisme et le chauvinisme ou le cosmopolitisme.

A". B. — Les contrastes entre les idées générales, ou l'exposé antithétique . La normalienne fera bien de contracter l'habitude de l'antithèse. L'antithèse, qui consiste principalement dans le choc des mots, est un artifice de rhétorique un peu frivole ; faisons-lui place tout au plus dans les pages légères. L'antithèse, qui est l'art de faire heurter les idées, est une des meilleures sources d'inspiration pour les écrivains d'idées. C'est donc un souci hautement littéraire, que de chercher à donner à l'idée générale à exposer, plus de netteté et plus de piquant par son rapprochement avec l'idée générale contraire. Exemple : ce sont les éléments antithétiques qu'il contient, qui donnent au morceau suivant sa meilleure saveur littéraire.

Québec, ville française,

par l'abbé C. Roy.

"Québec, est sur ce continent de l'Amérique la ville française par excellence. D'autres cités ont eu au Canada des origines semblables, ont été baptisées dans le sang et dans

l'esprit français, se glorifient d'avoir conservé intact on à peu près inviolé ce qui fut l'âme elle-même et la grâce de la vie française.

Montréal et Trois-Rivières, pour ne nommer que cts deux sœurs les plus anciennes de Québec, sont nées d'une pensée, furent bercées à leurs premiers jours par l'espérance des âmes de France, connurent les gloires héroïques de la générosité française. Mais celle-ci, la cité de La Violette, plus grande par ses aspirations que par sa fortune, n'a pu encore donner l'abondante mesure de vie que nous promettent ses desseins ; l'autre, la ville de Maisonneuve, voit la fortune presque toujours égaler ses désirs, mais elle risque souvent, dans le tumulte des affaires et dans la promiscuité de ses enfants, l'idéal qui fixa sur la France son premier et très vif regard. Trois-Rivières trop inactive et Montréal trop cosmopolite ne peuvent être dans notre pays du Canada et de l'Amérique, les types les plus vivants et les plus représentatifs de la cité française.

Québec, un peu plus remuant que Trois-Rivières : moins mêlé que ^lontréal, s'arroge donc avec quelque bon droit la gloire de mieux symboliser, ou de mieux faire resplendir l'âme et la vie françaises." (Suivent les preuves historiques).

~f question: quels témoignages? quelles belles cif (liions la normalienne pourrait-elle apporter pour appuyer l'idée générale ou la ruiner, selon le but où elle vise? par exemple pour célébrer l'amour de la patrie, elle citerait les beaux vers de Crémazie : Salut ; ô ma belle patrie î Salut, ô bords du Saint -Laurent ! etc.

109. — X. B. — Le triage. Il va sans dire que la noi'malienne laissera de côté dans la création de sa page oratoire, beaucoup de ces idées secondaires dont la réponse aux cinq questions a couvert la feuille du brouillon. Elle fera le triage des idées ])lus intéressantes ; et elle en fera les éléments ordonnés de sa composition. Ensuite, viendra le travail de la splendeur; la normalienne s'y mettra avec le souci de la parfaite exécution.

§ 2 — La splendeur littéraire, ou la parfaite exécution.

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