‹ La normalienne en belles-lettresChapitre 24 sur 56 · POUR LA PORTE DES GUERRIERS · texte numérisé non relu

POUR LA PORTE DES GUERRIERS

Et tandis que sur ces visages, encore empourprés du combat, passe un rayon d'orgueil, il lit:

Porte haute, ne crains point l'ombre ; laisse ouvert Ton battant d'airain dur et ton battant de fer. Car, sous ta voûte sombre où résonnent leurs pas, Des hommes ont passé qui ne reculent pas, Et la Victoire prompte et haletante encor Marchait au milieu d'eux, nue en ses ailes d'or, Et les guidait du geste calme de son glaive ; Et son ardent baiser en pourpre sur leur lèvre Saignait, et les clairons aux roses de leurs bouches Vibraient, rumeur de cuivre et d'abeilles farouches.

Ainsi, Monsieur, la Renommée; vous ayant, sur la terre natale, marqué de son doigt jaloux, s'en allait, au fond de l'Orient barbare, porter à des soldats l'émoi de vos vers et le bruit de votre nom.

171. — La critique psychologique. C'est une des façons favorites de Faguet. — Cette causerie a pour objet de donner à qui écoute, des visions d\hne — on de Vâmc de V auteur; — ou de V(hne des person- }iages dont la belle page nous entretient. Dans le premier cas, par exemple, la normalienne dirait : A la juger d'après ses œuvres, l'âme de Racine posséderait telle ou telle qualité. (Voir Faguet, XVIP siècle, Racine.).

Dans le second cas, par exemple, la normalienne dirait : A la juger d'après la tragédie de Racine, l'âme de Joad posséderait telle ou telle qualité. (Voir Faguet, XVIP siècle, Athalie.).

N. B. — Cette causerie psychologique est bien éducative; car l'âme du causeur ou de celui qui

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écoute, se forme au contact des âmes, ainsi révélées, des auteui's, ou des héros de leurs écrits.

Exemple de critique psychologique.

Veuillot et Saint-Simon:

"A mesure que je vieillis et qu'il devient populaire, mon estime pour Saint-Simon diminue. Certes ses Mémoires sont un beau pays, et plantureux à merveille ; mais il y a des fondrières et des bêtes venimeuses, et je n'aime pas à me promener en compagnie de ce duc enragé. L'esprit de dénigrement qui l'enfièvre, lui fait plus de partisans que son talent extraordinaire et étrange. Il est à la mode parce que, dans notre époque féconde en statuettes, le plaisir exquis est d'égratigner les statues. Beaucoup de gens le trouvent honnête homme. Si Saint-Simon est honnête homme, il l'est malhonnêtement. Envieux, hargneux, ingénieux à tout gâter. Tout le jour courbé comme le plus souple courtisan, il éponge les souillures et les scandales, il se sature, et, le soir, il dégorge en flots de lave. Le feu qui fait toujours travailler ce volcan, toujours couler cette lave, n'est pas le feu de l'honneur, ni celui du génie. Ces belles flammes veulefit le jour. Saint-Simon se cache ; il fabrique sa prétendue histoire en secret comme on fabrique la fausse monnaie. Il a tout son génie, toute sa vie, dans un tiroir bien fermé. La postérité ouvrira le tiroir, et ses ennemis sans défense seront diffamés. Il vit cinquante ans avec cette pensée, à peine troublé de quelques scrupules stériles. C'est un méchant et une âme basse, et toute sa morgue de duc et pair est ignoblement chargée de rancunes de laquais.

172. — La critique bavarde. C'était la causerie de Jules Janin. C'est une causerie où le critique, ce nous senihle, ne songe qu'à faire parade d'érudition ou de bel esprit. Toutefois elle a souvent un grand cJiarmc cette causerie oij l'imagination prend son essor et le renouvelle au gré de bien fines associations d'idées et avec de surprenants caprices.

Comme exemple, lisez cette fantaisie de la muse bavarde de liostand, sur la genèse de lame poétique de H. de Bornier. Ce poète des âmes chevaleresques et chrétiennes naquit en la nuit de Noël 1825, et Rostand écrit :

"On ouvrit la fenêtre. La nuit de Noël entra dans la chambre. Il y eut des étoiles dans les rideaux. Une vague de plain-chant vint mourir au pied du grand lit. Ce fut une invasion de cantiques frais et de noëls naïfs. Et tout cela, piété, foi, poésie chrétienne, musique méridionale, ferveur honnête, grandiloquence de l'orgue, pureté des voix enfantines, cordialité des voix populaires, tout cela, se mêlant à l'âme éparse des fiers ancêtres comme le parfum d'encens se mêlait à la vertueuse odeur un peu surannée de la vieille demeure, tout cela fit quelque chose de très noble et d'extraordinairement candide ; ce mélange tourna dans l'ombre, battu par des ailes d'anges ; l'enfant l'aspira avec sa première gorgée d'air ; et ce fut l'âme de M. Bornier.

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