‹ La normalienne en belles-lettresChapitre 8 sur 56 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

LA V\UK DKSCRIPTIVE

(Le thème: un paysage à décrire.)

Deuxième forimile de la belle page.

§ — I La formule.

72. — La belle page dojit le sujet est un paysage à décrire, c'est une copie expressive et idéalisée de la nature. — Elle nous marque les deux éléments esthétiques du paysage et son aspect local et son aspect symbolique. — Cette conception de la page desci'iptive, prise dans son intégrale beauté, apparaît bien juste dans l'exemple suivant; le poème do Fréchette :

Renouveau.

P: d'abord la copie expressive du paysage.

"Il faisait froid. J'errais dans la lande déserte. Songeant, rêveur distrait, aux beaux jours envolés ; De givre étincelant la route était couverte. Et le vent secouait les arbres désolés.

Tout à coup, au détour du sentier, sous les branches D'un buisson dépouillé, j'aperçus, entr'ouvert. Un nid, débris informe où quelques plumes blanches Tourbillonnaient encor sous la bise d'hiver.

Je m'en souviens: — c'était le nid d'un? linotte Que j'avais, un matin du mois de mai dernier, Surprise, éparpillant sa merveilleuse note Dans les airs tout remplis d'arôme printanier.

Ce jour-là, tout riait ; la lande ensoleillée S'enveloppait au loin de reflets radieux ; Et sous chaque arbrisseau, l'oreille émerveillée Entendait bourdonner des bruits mélodieux.

Le soleil était chaud ; la brise, caressante ;

De feuilles et de fleurs les rameaux étaient lourds ;

La linotte chantait sa gamme éblouissante

Près du berceau de mousse où dormaient ses amours.

50 I-^ NORMALIENNE

2" : Puis la coi)ic' idéalisée du paysage :

\lors au souvenir de ces jours clairs et roses,^

Qu'a remplacés l'automne avec son ciel marbre,

Mon cœur, - j'ai quelquefois de ces heures moroses, -

Mon cœur s'émut devant ce vieux nid délabre.

Et je songeai longtemps à mes jeunes années, Frêles fleurs dont l'orage a tué les parfums, A nus illusions que la vie a fanées.

Au pauvre nid brisé de mes bonheurs défunts.

73— Les idéalisations dont la page descriptive est l'ouvrage. — H y a deux sortes d'idéalisation, celle qui transfigure et celle qui interprète le paysage.

(a) L'idéalisation qui transfigure le paysage. Toute copie expressive du paysage, comme on vient d'en parler, est une copie idéalisée puisque, grâce au choix des détails plus intéressants, autre est le paysage dans la nature, autre est le paysage dans ht' page littéraire. Certes, le paysage d art est le paysage réel mais retenu seulement dans sa fleur de poésie par l'élimination des traits à caractère banal. ''La nature, le réel, oui, je le veux, écrit Sainte-Beuve, mais je le veux rayonnant d une clarté idéale en y mettant ce quelque chose d art qui, sans détruire le réel, sans le rendre méconnaissable en élimine les pauvretés, les incohérences, les disparates, et qui fait saisir, par le choix dans le réel un réel d'un plus vif relief." C'est a cette idéalisation que nous devons la copie expressive du paysage.

74.(b) L'idéalisation qui interprète le paysage. Il est de bonne httérature d'interpréter les paysao-es car d'eux sortent de confuses paroles que l ecnlaili doit préciser; de muettes pensées qui veulent être traduites.

LA PAOE DESCRIPTIVE 51

Là, debout, appuyés sur nos bâtons noueux. Contemplant l'horizon qui charmera nos yeux, Nous rêverons ensemble et sans bruit de paroles,

afin que les symboles

De la sainte nature en nous puissent venir

et nous entretenir. (M. de Guérin.)

C'est à cette idéalisation que nous devons la copie idéalisée du pasage.

75. — La copie expressive du paysage. Cette copie, ouvrage de l'idéalisation qui transfigure, est l'esquisse littéraire, le tableau incomplet, la description du paijsage — composée de traits bien choisis, — écrite dans des phrases d'art si précises et si colorées (voir les N*'^ 50, 54.) que le lecteur croit avoir l'objet sous les yeux.

76. — Ces traits bien choisis sont de trois sortes : (a) les traits vraiment distinctifs du paysage qui constituent ses excellentes couleurs locales (voir N°^ 9 et 10) ; exemple : Québec, foyer des Lettres canadiennes.

"Nous n'osons plus dire, écrit l'abbé C. Roy, que Québec, perché sur son Acropole, est l'Athènes du Canada ; il y a, certes, dans cette phrase classique que certains Grecs de la* Nouvelle-France aiment encore à répéter aux oreilles avides d'harmonie, une ambition et une sorte de fierté que justifie mal l'événement ; mais nous osons croire encore que Québec, qui se dresse avec tant d'élégance dans le ciel et dans la lumière, qui se couronne de tant de grâces et de vaillance, qui baigne si profondément dans le flot gris ou bleu son rocher pittoresque, qui regarde avec tant de joie les spectacles incomparables que la nature a multipliés autour de lui. et qui s'enivre si facilement du vin de sa gloire ; nous pensons que Québec où l'érable verdoie mieux que l'olivier d'Athènes, qui porte sur les Laurentides un regard que ne pourraient plus étonner les montagnes de l'Attique, est bien, ici, sur ce sol du Canada, la cité de l'esprit, la ville des arts et des lettres."

77. — (b) Les traits à contraste, puisés dans le paysage même ou dans un autre qui offre avec celuilà des rapports d'opposition. Un bel exemple de

52 LA noh.mai.ihnm:

ce mérite s'aperçoit dans le poème du Renouveau : la scène chantante du j:)rintemps fait contraste avec l'aspect éploré de l'autonme.

78. — LcH traits marquant Vâme des choses. L'âme des choses? c'est l'homn^ie ou Dieu prenant jjlace dans le paysage : souvenirs ou espoirs qui, en mêlant leur poésie à celle de la nature, éveillent une émotion, ime sympathie, toujours goûtée du lecteur.

Exemple : elle est intéressante par ses détails locaux cette page descriptive de l'abbé E. Auclair, sur le rocher au pin. ]\Iais en évoquant un souvenir français et la légende abénaquise, l'auteur a jeté sur^ la description de ce témoin du passé, I0 chai'me de l'âme des choses et lu page descriptive en est beaucoup plus belle.

Le rocher au pin.

"Les habitants de Sherbrooke ont, eux aussi, dans les limites de leur ville, un témoin du passé (jui mérite mieux qu'un regard indifférent, j'ai nommé le Rocher au pin. — Fixé en plein dans les eaux du Saint-François, un peu au-dessous du confluent que forment dans cette rivière les eaux du Magog, le rocher bizarre m'a l'air d'un vieux grognard : alors que les rives et les collines d'alentour s'ornementent et se parent de jour en jour, il conserve, lui, sa rocailleuse sauvagerie. . . . C'est un spectacle extraordinaire que celui que présente cet arbre apparemment desséché dont la vitalité ne s'affirme que par quelques rameaux d'un vert douteux. Comment a-t-il poussé là? Comment peut-il s'approvisionner de sève, alors que sa souche est assis? à pl?.t sur une surface dénudée et que ses maigres racines ont si loin pour se rendre, de crevasses en crevasse, jusqu'au lit de la rivière? On lui coupait une branche, l'autre année ; on l'envoyait à l'Université de Québec, pour lui faire dire son âge. La science affirma que ce pin rabougri est au moins deux fois centenaire ! . . . . Il est bicentenaire ! Il vivait donc au temps des Français 1 Notre vénérable solitaire du rocher a donc vu, un jour, le drapeau aux fleurs de lis claquer à la brise. En effet François Hertel, venu des Trois-Rivières, remontait, en 1690, le Saint-François avec cinquante-deux hommes, sous les couleurs de France ; il allait porter la guerre au pays de la Nouvelle-York. Or le drapeau blanc, alors, c'était la

LA I'A(il-: DKSCHIPTIVE 53

France. La France a donc passé ici 1 Debout, citoyens, c est la France qui j)asse ! Vive la France ! — Que si le f)oint d'histoire vous paraît mince et qu'il faille une légende pour poétiser le rocher au pin, je vais vous la fournir. Deux ans après le passage de Hertel, d'autres soldats, alliés à la France, passaient ici. Les Abénaquis, à la recherche des Iroquois, arrivaient au Grand-Portage par le Saint-François. Les farouches alliés des Anglais y étaient venus par le Magog. Une rencontre eut lieu, c'est dire une bataille. ]Mais, détail curieux et qui rappelle le classique fait d'armes des Horace et des Curiace,.... on convint de part et d'autre de s'en rapporter à un. Il fut arrêté qu'un guerrier de chaque nation devrait courir autour du rocher au i)in jusqu'à épuisement. Le vainqueur à la course aurait droit de tuer son adversaire et cela déciderait de la victoire entre les deux armées. Ce fut l'Abénaquis qui l'emporta.

(Sherbrooke, juin 1902.)

79. — L'œil d'observation intense. Le don ncccsfiairc à rccrirdin , pour n'ussir lu copia expressive du pli usage, c'est J'o'il d'observation intense. "Crèvetoi les yeux à force de regarder", disait Flaubert, — "Mais surtout il a des yeux, écrivait Lanson de riiistorieu Joiuville, et tout ce qui passe devant ses yeux, y laisse une image précise".

Donc, il faut voir. Toujours il en faut venii- là. Combien l'institutrice doit êti'e attentive à corriger citez J'euf'iut hi déplorable habitude de regarder niacliin ileinoit : chez l'élève (jui ne sait observer la nature, rinia»^inatiou estln'ticiut' n'a ])as chance de s'éveille)'.

80. — A'. B. Une direction. T/ écrivain n'est ])as un toui'iste qui ])i'('ud des notes. C'est un artiste qui voit. C'est pourcpioi, a])i-ès avoir ivcueilli, les yeux sui- le ])aysage, les (]étails, les traits marqués plus haut, l'écrivain les livre à son imagination et avec ces traits choisis, il tâche de se faire da paysage ufie vision intérieure toate rive: c'est aloi's le moment d'i'ciire. Sans cette re])résentation idéale que l'imagination va créer, l'écrivain risque de faire de

54 LA XOUMALIKNNE

tous les détails du paysage une énumération froide et décousue. Cela ressemblerait à une analyse plutôt qu'à une peinture.

81. — A^. B. — Un conseil : Tour donner la description du temps, ne fixez pas les yeux sur le firmament, mais sur le site géographique, et vous éviterez la banalité. Ainsi, si vous décrivez un clair matin, les yeux au ciel, ce lever du jour sera vraiment le même à Québec, à Montréal, à Ottawa, c'est une banalité. Décrivez-le les yeux sur le site qu'il éclaire, et vous peindrez trois clairs matins aussi beaux que divers : il y a couleurs locales. Concluez donc que du temps et du lieu vous ne faites qu'une seule vision.

82. — La copie idéalisée du paysage? Ouvrage de l'idéalisation qui interprête, cette copie précise la parole confuse ou divine ou humaine qui sort du paysage; elle exprime nettement la pensée muette ou divine ou humaine que le paysage contient; c'est enfin la copie qui change le paysage en symbole, avec une parfaite justesse, avec un parfait balancemont.

83. — L'esprit créateur de symbole, pour réussir la copie idéalisée, le don nécessaire à l'écrivain — c'est le souci habituel de faire comme sortir du paysage une réflexion humaine ou divine que le bon sens ou le bon goût inspire; — c'est l'esprit créateur de symboles par une facilité acquise à interpréter les paysages aux paroles confuses, aux perisées muettes. — Y. Hugo, allant aux champs, s'appliquait à voir "et, par le vent bercées, pendre à tous les rameaux de confuses pensées." — Et ce don, la normalienne le sollicite à agir en face du paysage intéressant en se posant la question : A quoi cela me fait-il penser?

84. — Une heureuse habitude que la normalienne fera prendre à son élève aussitôt que possible, sera

celle (le se poser frais questions en présence de tout paysage qui impressionne vivement.

(a) Première question. Qu'est-ce que je vois? et son regard d'observation intense, promené sur cette tranche de la nature, en discernera les traits locaux, à contraste, ou ame des choses, et en attrapera la beauté originale.

Deuxième question. (b) .4 quoi ce paysage me faitil pensera A cette question, ce que le paysage a de suggestif, ne tardera guère à se dégager.

(c) Puis pour réaliser en perfection cette page littéraire, l'élève se posera une troisième question: ''Est-ce qu'il y a un juste balance ment entre les deux parties de mon paysage littéraire, l'expressive et l'idéalisée ? Cela balance avec justesse : quand à chaque trait de la description répond nn détail de l'idéalisation. Il importe que ça fasse juste, car tout détail oiseux dans la copie expressive en gâte la transparence symbolique. Exem])le de juste balancement dans ce gracieux poème de Routhier : au double détail de la copie expressive : l'étang fangeux et le lotus immaculé, répondent les deux détails de l'idéalisation: le monde scandaleux et la femme candide.

Idéalisation.

".Te |)assHis Tautre jour au bord d'une eau dormante Qui croupissait verdâtre en un marais fangeux ; Et j'y vis, tremblottant sur si tige charmante, Un lotus dont l'éclat éblouissait les yeux ;

Sa corolle de lis, ouverte, étincelante. Sans souillures, flottait sur cet étang boueux, Et conservant toujours leur blancheur éclatante Ses pétales d'argent se dressaient yers les cieux.

Il eu doit être ainsi sur terre de la femme

surnageant toujours parmi les flots humains

Elle doit rester ]nire au milieu de la fange Garder libre son cœur, libres ses ailes d'ange.

5(i LA NOK.MALIKNNE

85. — L'allégorie. Xovis no donnons pas ici, toute la dot'liinc dv cet ('•It-nicnt littéraift-. Pour ne pas sortir du donriaine de la deuxième formule du beau, la normalienne ne s'intéresse qu'à l'allégorie, créée avec ces matières du pa^'sage, le minéral, le végétal ou l'animal. P'xemple :

La demoiselle.

Par Mme Louise Colet.

Dans un jour de printemps est-il rien de joli

Comme la demoiselle aux quatre ailes de gaze,

Aux antennes de soie, au corps svelte et poli,

Tour à tour émeraude, ou saphir, ou topaze î

Elle vole dans l'air quand le jour a pâli ;

Elle enlève un parfum à la fleur qu'elle rase ;

Et le regard charmé la contemple en extase

Sur les flots azurés traçant un léger pli.

Comme toi, fleur qui vis et jamais ne te fane,

Ah ! que n'ai-je reçu des ailes diaphanes !

Je ne planerais pas sur ce globe terni.

Aux régions de l'âme où nul mortel ne passe,

J'irais, cherchant toujours dans les cieux, dans l'espace

Le monde que je rêve, éternel, infini.

Tel qu'il se présente, ce petit poème est une copie expressive et idéalisée de la nature. — Se souvenant de l'avoir lu, la normalienne écrit : L'âme jeune qui, chercheuse de bons livres, s'embaume de pensées idéales, c'est, pour moi, la libellule qui vole aux fleurs des grèves ensoleillées, avide de s'en parfumer. La noriïialienne a fait avec les éléments du poème une gracieuse métaphore. — ]\Iais voici que, gardant dans sa pensée ce toiu- métaphorique et insistant sur les analogies de cette âme avec la libellule, la normalienne écrit : Ma jeune amie, si heureuse de sortir enfin de la ténébreuse ignorance, si éprise d'un vol libre dans les clartés idéales et chrétiennes, c'est pour moi, la demoiselle aux ailes de gaze. La grève sereine et fleurie est le lieu de ses visites de joie. Sortie enfin des heures noires de

LA i'A(;k kescriftive 57

la nuit, elle ^^oûte le rayon virginal que le soliel, source de la lumière, allume sur l'enveloppe de son âme. Les souffles d'une brise chargée de parfums, l'éclat des candides nt'nuphars, le miroir des eaux calmes oii le ciel se réfléchit, tout cela est sa vie, son amour, son extase. — Cette métaphore, soutenue à ti-avers tant de phrases, change de nom; on l'appelle allégorie.

L'allégorie — c^f, donc, une métapltore prolov^gce. C'est un concret amplement retracé dans l'imagination pour faire rayonner dans l'esprit et plus vive et plus embellie une idée abstraite. La beauté (le la fiction allégorique, ce n'est pas de donner l'un après l'autre le paysage, puis la pensée muette qu'il contient; cette beauté ent de funionner si bien le concret avec Vabstrait que le lecteur, en lisant celuilà, aperçoit celui-ci. Les deux visions, celle du concret et celle de l'abstrait, resplendissent en concours. r^e paysage ne laisse pas d'être un voile jeté sur la j)ensée; mais la transparence en est si grande que le lecteur, ce semble, aperçoit moins le voile délicat (pie la ])ensée (jui rayonne sous lui.

^ 2 — Le portrait et le parelièle.

86. — Le portrait? Le portrait, c'est la description de Vhornme, non pas de l'homme en général: ce serait un caractère, mais de Vindividu dont nous voulons causer: nous sommes ici en ])leine réalité. — Est-ce la description de l'individu au physique, c'est une prosopographie : — est-ce la description de l'individu au moral, r'r.s-f une éthopée. Exemple:

Le portrait de Champlain.

j)ar Garneau.

Champlain au moral :

"Né à Brouage en Saintonge, Champlain avait embrassé le métier de la mer et s'était distingué.... Doué d'un jugement droit et pénétrant, d'un génie pratique, Champlain pou-

58 LA XOR-MALIKNNK

vait concevoir et suivre sans jamais s'en éc;irter, un plan étendu et compliqué. Trente ans d'efforts pour établir le Canada prouvent cette persévérance de son caractère....

Champlain a laissé une relation de sts voyages ; on y trouve un observateur judicieux et attentif, tant les détails sur les mœurs des aborigènes et sur la géographie du pays sont abondants et fidèles ! . , . .

Champlain au pliysiqvie :

Champlain avait une belle figure, un port noble et militaire ; et sa constitution vigoureuse le mit en état de résister à toutes les fatigues de corps et d'esprit qu'il éprouva dans sa rude carrière. . . .

87. — La loi des traits personnels : Pour donner aux descriptions des paysages une valeur littéraire, on a recommandé d'en annoter dans un vif relief le ton local, le caractère singulier. De même prenons note, pour composer le portrait littéraire, des traits les plus marquants du personnage. L'écrivain qui dégage bien l'aspect personnel de l'individu à peindre, et en donne au lecteur la particulière impression, celui-là entend son art. Dans le portrait de la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation dont nous donnons ici un exemple, l'élève remarquera avec quel soin l'historien Ferland met en relief la force d'âme, cet aspect vraiment personnel de la grande Ursuline.

"Le dernier jour d'avril de l'année 1672, mourait la Mère de l'Incarnation.... qui, par ses vertus et par son intelligence des choses spirituelles, a mérité d'être nommée la Thérèse de la Nouvelle-France.

Possédant un esprit supérieur, un courage calme et inébranlable, une patience que rien ne pouvait lasser, elle était éminemment propre aux devoirs qu'elle fut appelée à remplir ; — à la tête d'une communauté de filles, faible et dénuée de ressources, elle sut inspirer à ses compagnes la force d'âme et la confiance en Dieu qui la soutenaient elle-même.... Survenait-il quelque malheur subit, elle se dressait dans toute la grandeur d'une chrétienne de la primitive Eglise pour la recevoir avec constance.... Son âme forte et grande semblait s'élever naturellement au-dessus des malheurs qui

assaillaient la colonie naissante.... Habile à manier l'aiguille et le pinceau aussi bien que la plume, capable de surveiller les travaux de construction comme les ouvrages de l'intelligence, elle réunissait, suivant l'opinion de ses contemporaines, toutes les qualités de la femme forte dont l'Ecriture Sainte fait un si beau portrait."

Page 1