LES DEVOIRS DE L’AME RAISONNABLE À L'ÉGARD DU COMPOSÉ HUMAIN
129.—Le devoir de conserver son union substantielle avec le corps. L'homme est une créature de Dieu; et c’est pour accomplir dans la création une fonction, un service providentiel (Voir N° 196) que Dieu lui a communiqué une existence d’animal raisonnable. Il suit de là que l’âme raisonnable agit eriminellement si, contre la volonté du divin Maitre, comme dans le cas du suicide ou de l’alcoolisme, elle ruine le composé humain; et si, en brisant son union avec le corps, elle tranche sa vie temporelle avant d’avoir touché la fin de son service de Dieu et le terme de sa carrière providentielle.
130.—Le crime du suicide. L'âme a le devoir de conserver la vie de son corps. C’est, à elle, un crime de rompre l'union que Dieu a formée entre elle et son corps “ar le violent attentat du suicide. Le suicide © ! . Car il est, contre la volonté de Dieu, |’. . : du poste auquel la Providence appelait l’hesnne en le tirant du néant; — le suicide est injusie, car il est comme une défection à la patrie à qui l’homme, citoyen, refuse son service ; — le suicide est lâche, car il est une défaillance de la volonté, en face d’une douleur à porter ou d’une tâche à accomplir. — Honte, donc, à ce forcené qui trahit sa destinée religieuse, sociale et humaine !
131.—Le crime de l'alcoolisme. Tout comme le suicide, l’alcoolisme est une conduite impie, injuste. et lâche, cet alcoolisme qui rend le coupable inapte à sa destinée, en hébétant son esprit, en énervant sa volonté, en altérant sa santé et, pour comble de
malheur, en transmettant à 868 fils, ses tares physiques et morales, et notamment la tuberculose et l'idiotie, bref, une lamentable dégénérescence des descendants.
132.—Le devoir de la culture physique. Cette culture est appelée aussi l'éducation physique de l'homme : le sujet de cette éducation est l’homme animal, l’homme considéré dans sa vie végétative, sensitive, et locomotrice. Une première raison de ce devoir de la culture physique : l'âme raisonnable a le devoir de faire entrer l'homme, le composé humain, dans sa destinée providentielle, autant qu’elle le peut; une condition régulière et désirable de ce pouvoir est la maîtrise de l’âme sur le corps qu’elle anime; l'âme raisonnable augmente cette maîtrise, cette possession de la chair qu’elle vivifie par l'union substantielle, si elle se fait un corps et sain et souple ; mais cette santé et cette souplesse du corps sont un des bienfaits de la culture physique. Done, la culture physique est un des devoirs de l’âme raisonnable envers son Corps : et c’est son devoir aussi rigoureux que l'est, pour elle, celui d'élever tout l’homme, tout le composé humain, tout l’animol raisonnable, au bonheur de sa destinée providentielle.
Une deuxième raison: L'’ôme raisonnable fait éclore dans la chair qu’elle vivifie deux vies, la végétative et la sensitive ou animale, et les série: de facultés organiques de l’une ou l’autre vie. (Ouvrons ici une parenthèse: les facultés organi ques sont des formes d’ètre, aptes à des action: déterminées qui vont jusque dans l'âme raisonnable. chercher leur racine vivifiante, mais qui accomplis sent leur fonction propre, dans l'organe comme dan: leur sujet. Ces facultés de la vie végétative et d la vie animale, dit le philosophe dans son langas précis, sont radicalement dans l’âme mais formelle
ment dans leur organe respectif. — Les principales facultés végétatives sont celles de la nutrition, de la croissance et de la génération; les principales facultés de la vie animale sont, quant aux sens externes, la vue, l’ouïe, l’odorat, le zoüt, le toucher; et quant aux sens internes, l'imagination et la sensibilité.) — Reprenons l'énoncé de notre deuxième raison de la culture physique.
L'âme humaine a, devant Dieu, la responsabilité des vies qu'elle fait naître dans son corps. Mais ces vies, la végétative et l’animale, réclament, pour s'épanouir, un pirfait équilibre du système nerveux avec le système musculaire. Or, c’est un bien que l'âme assure, en dotant son corps de santé et de souplesse par la culture physique. Donc, cette culture est un devoir de l’âme raisonnable. Autre raison: la vie intellective appartient absolument à l’âme raisonnable ; mais, à cause de son union substantielle avec le corps, elle subit, pour exercer son activité, une dépendance du côté de son corps qui n’est qu'objective (Voir N° 142) mais qui fait toutefois du corps un collaborateur nécessaire. Or, pour donner, comme il faut, cette collaboration, il importe que le corps soit sain et souple grâce à une bonne culture physique. — Donc, l’âme raisonnable a le devoir d’entourer son corps des soins et des exercices dont l’ensemble constitue sa culture physique.
133.—Le corps sain et l'hygiène. Te corps est en bonne santé quand ses organes accomplissent leur fonction normalement, c’est-à-dire, avec régularité t narmonie., L'objet de l'hygiène est de soigner le corps et de l’endurcir à l'effet de le faire sain.
L'hygiène soigne ie corps et ses organes afin que ‘out cela soit en bon état. A ce point de vue, le “and souci de l’hygiéniste est de donner au corps, n outre de la bonne nourriture et du bon vétement,
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de l'eau, de l'air, de la lumière, de la bonne tenue. Pour tuer le microbe ennemi, la propreté baignera d'eau vive les membres du corps; l'aérage procurera à sa respiration un air renouvelé, un air chargé du vivifiant oxygène ; l'éclairage venant du bon côté et dans la mesure convenable, défendra le corps contre la malfaisance des ombres humides et contre les accidents dont les yeux, plus particulièrement, auraient à souffrir; la bonne tenue qui est celle de l'attitude droite, (que l’homme soit debout, assis, ou couché,) sauvera le corps des déformations de la charpente osseuse, lesquelles sont à la fois de laides difformités et des atteintes à la santé. L'hygiène endurcit le corps. Il faut prendre soin du corps, mais ne le gâtons p18 p1r de complaisants dorlotages. Le bon hygiéniste veille donc à donner au corps de l'endurance. Pour cela, il se montre attentif à ses besoins légitimes, mais il le contrarie dans ses exigences déréglées. Il lui épargne les mauvais traitements, mais il lui ménage l’occasion de manger, de temps à autre, une tranche de vache enragée. La mortification est aussi salutaire au corps bien portant que le remède l’est au corps malade; il faut en user. Disons davantage : Aimons à soumettre le corps à l’austère régime : ce tonique quotidien gardera les organes dans une persévérante jeunesse.
134.— Le corps souple et la gymnastique. — Lorsqu’on parle de souplesse du corps, on envisage celuici dans sa fonction d’instrument et d’instrument indispensable de l’âme. Le corps est souple quand, à L'appel de l'âme, il lui apporte le concours de 8es fonctions organiques dans une collaboration, et prompte et parfaite.
La gymnastique dont il est ici question, est l'ensemble des exercices physiques, propres à retenir, ou à remettre en bon état le système musculaire ;
et cette gymnastique est dite naturelle et spontanée, s'il s'agit des jeux libres; et elle est dite rationnelle et méthodique, s'il s'agit de ces exercices callisthéniques et de ces sports, établis d'après des règles rigoureuses,
135.—Excès à éviter. Spencer préchait les sports à outrance, dès les jours de l’école; il exprimait son idéal de l’homme, en disar: : Je veux faire de l’Anglais un bel animal. — C'est pourtant à l'école qu'il faut pousser la culture intellectuelle. Hors de l’école et après la scolarité, le bel animal aura maintes chances de se développer. Si l'on fait large place aux sports pendant les années à vivre sous le toit scolaire, il pourrait bien arriver que l'animal humain en sortirait trop fort.
Evitons les ercés, toutefois, ct du trop étudier aussi bien que du trop jouer: Il importe que l'élève, atteignant le terme de ses classes, ne soit ni un homme surmené par trop d'humanisme, ni un homme fourbu par trop d'athlétisme.
136.—N, B. Afin que les enfants aillent aux jeux de meilleure grâce, et qu'ils s'y livrent cependant avec mesure, la maîtresse fera bien de s’y associer. Sa présence augmente l'entrain aux jeux et y main. tient la bonne discipline, et la vertu édu s’ive des jeux se fait plus efficace.
N. B. — La vertu éducative des jeux récréatifs, c'est de guérir les susceptibilités et les présomptions des enfants; c’est de leur faire pratiquer la loyauté et le courage: c’est de développer chez eux le sens de l’observation et l'esprit d'initiative.
137.—Le corps souple et l’enseignement manuel. La main est. chez l’homme, l'instrument des instruments ; elle est ainsi appelée, parce que les outils changent selon les métiers, mais c’est toujours la main de l’homme qui les rend utiles. Il est donc
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judicieux d'assurer la dextérité manuelle à l'enfant qui demain aura à gagner fa vie. Cependant, guidée par la maxime : l’école pour la vie, la maîtresse variera l’enseignement manuel selon que l’enfant grandit dans un milieu agricole, ou dans un milieu industriel. C’est au métier qu'il apprendra demain, c’est à la profession où il entrera demain, que l’enseignement manuel de l’école prépare l'enfant. Il va sans dire que cette application des élèves aux travaux manuels, à certaines heures de leurs loisirs, n’est qu’une simp'e initiation au métier; elle n’est pas l'entraînement professionnel de l’apprentissage.