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LA MEMOIRE LA FACULTE DU SAVANT, DE L'ERUDIT

163.—La mémoire. Il y a chez l’homme, deux facultés cognitives, l'intelligence et l'imagination ; il y aura donc aussi deux mémoires, l'intellectuelle et la sensitive, ou animale. Celle-ci est l’imagination elle-même, mais aperçue comme faculté apte à conserver les images; celle-là, c'est l'intelligence méme, mais considérée comme faculté d'apprendre après avoir été la faculté de comprendre.

La mémoire intellectuelle, cette faculté de retenir, de rappeler, de reconnaître les idées acquises, rend possible chez l'homme, la possession de l'érudi’ - et de la doctrine: et en donnant, par là, à l : humain, de l’extension et de la pénétration, lu amoire devient la compagne nécessaire, pour ne pas dire, la mère du Génie.

164.— Place d'abord à la mémoire intellectuelle. ‘L'âme n'est pas un vase qu'il faut remplir, mais un foyer qu'il faut allumer”. Plutarque voulait dire : Le maître d’école se persuadera, tout d’abord, que son élève n'est p18 une mémoire à gaver de notions programmeuses, mais une intelligence à illuminer d'idées claires.

Donc, c'est l1 mémoire intellectuelle qu'il faut cultiver. Dans les laborieuses études, la mémoire animale ne doit apporter qu’un concours d’auxiliaire, un concours qui n’a de prix que si la mémoire d'intelligence opère principalement. — Si la maitresse, dans l’accomplissement de sa tâche, faisait à la mémoire d’iinagination une place considérable, et à la mémoire intellectuelle, une place restreinte, le savoir de l’enfant serait, pour une trop grande part, un méprisable verbalisme.

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165.—Le verbalisme, c'est une plaie scolaire qui s'étend à mesure que les programmes augmentent ; c'est le mal de meubler la tête de l'élève de mots plutôt que d'idées; la science verbale est, chez l'élève, une mémoire chargée de vocables peu compris, et même vides de sens, faute d'explications, de la part de la maîtresse, et d'applications suffisantes; le verbalisme est le savoir des élèves-perroquets.

166.—La culture de la mémoire. UNE PRE- MIERE REGLE: la mémoire, n'ayant de valeur qu'à titre de compagne du jugement, ne doit apprendre que des choses comprises. Toutefois, n’appliquons pas la règle trop rigoureusement. On permettra, chez l'enfant studieux, un peu de verbalisme. La raison? C’est que les formules, bien apprises, demeurent longtemps dans la mémoire et, avec le temps qui le mürit, l'esprit achèvera de les comprerdre : tel est l’avis de Bossuet.

UNE DEUXIEME REGLE: ‘‘Le jeune esprit de l’élève est comme une bougie allumée dans un lieu exposé au vent’’. Fénelon veut dire que l’esprit de l’enfant n’est jamais fixé sur l’obiet de son étude, avec toute sa vigueur. Il suit de là qu'il ne le comprend jamais bien du premier coup; il faut donc l’y ramener souvent; il suit de là que la mémoire de choses comprises réclame des récitations, des récapitulations, des répétitions, des questions de contrôle, etc., et que, sans ces procédés pédagogiques, elle ne s’acquiert que médiocrement.

UNE TROISIEME REGLE. La mémoire apvrendra les idées qui constituent son savoir, non pas isolées les unes des autres, mais associées en groupes rationnels. La raison? C’est que les idées décousues sont des pêles-mêles impossibles à retenir; par contre, les idées bien aperçues dans leur enchaînement logique, demeurent vivaces dans l’esprit aussi longtemps que leur lien logique reste visi-

ble à l'esprit, et cela dure longtemps. — C'est de cette règle que sort la loi pédagogique dite loi de l'association des idées.

167.—La loi de l'association des idées. La loi de l'association des idées est une tendance de notre esprit à faire le rapprochement d'une autre idée avec l'idée qu'il étudie, en vue d'’élucider celle-ci par celle-là. Cette loi est l’un des moyens dont notre esnrit se sert, mème spontanément, pour faire arriver à l'inconnu la lumière d’un connu. A ce point de vue, cette loi appartient à l'intelligence comme faculté d’entendement: c’est pour mieux comprendre que notre esprit l'applique.

Cette loi offre un autre aspect: elle est un procédé auquel notre esprit a naturellement recours pour construire dans les divers domaines du savoir humain, des blocs, des ensembles d'idées acquises, et comme des ‘‘Sommcs’’ de conaaissances et à ce

point de vue, la loi dont on parle appartient à la mémoire et devient l’un des exercices de sa culture.

Muis cornme dans sa fonction de faire mieux comprendre, sa place est moins considérable que celle qu'elle prend dans sa fonction de faire mieux apprendre, de faire mieux ressouvenir, il y avait bonne raison d’en parler ici, à propos de la mémoire, et.de ne le pas faire plus haut, dans l’étude de la raison, comme faculté d’entendement.

168.—Les rapprots entre les idées associées. Les rapports qui conduisent notre esprit à associer ure idée à une autre, à l'effet de la faire mieux comprendre, ou de la faire mieux apprendre, sont rationnels ou sont artificiels.

LE, RAPPORTS RATIONNELS. L'un des premiers objectifs de l’‘cole, c'est la formation du jugement, chez les élèves; c’est pourquoi on exige

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de la part de la inaîtresse, un enseignement rationnel. Le devoir de et enseignement inspirera donc à la maîtresse de faire médiocrement cas des ass0siations d'idées où la liaison est artificielle, ou de pure fantaisie. Au contraire, elle fera prendre à ses élèves l'habitude d'associer leurs idées en vertu de rapports rationnels. Quels rapports rationnels peuvent exister entre telle et telle idée? — ou ces rapports sont ceux d'éléments, entrant dans la composition d'une essence ; — où ces rapports sont ceux de cause à effet, de fin à moyen, de principe à conséquence; — ou ces rapports sont ceux d'analogie, ou de contraste.

LES RAPPORTS ARTIFICIELS, ce sont des rapports de pure fantaisie, par exemple, toutes ces ficelles familières aux mnémotechniciens. Ces rapports, ne les méprisons pas tout à fait; pour autant qu'ils aident la mémoire intellectuelle, usons-en avec sobriété.

169.—Les tableaux synoptiques au tableau noir, ou sur des feuilles à conserver. Le tableau synoptique est une des applications de la loi de l’association. C'est une façon à relief, de présenter à li fois à l'intelligence et à l'imagination un groupement considérable d'idées, avec leurs liaisons d’ordre logique et, en outre, assCz souvent, de nature artificielle. C'est une façon toujours effective, de donner sur un enseignement considérable, et le regard analytique des détails, et le regard collectif de l’ensemble, — La vertu éducative du tableau synoptique est grande, parce qu'il fait resplendir à l'esprit studieux l'organisation rationnelle des idées. La maîtresse n’en usera jainais trop.

170.—La mémoire d'imagination. La mémoire sensitive ou d'imagination peut apporter un efficace concours pour fortifier le fidèle souvenir intellectuel. ‘‘Pour savoir, il faut voir,” cette donnée

pédagogique est excessive, puisque l'intelligence va bien au-delà du sens de la vue; mais elle ne laisse pas de contenir cette vérité que la mémoire d’imagination est un précieux auxiliaire de la mémoire intellectuelle : I,'élève retiendra bien plus longtemps les idées à entendre si la maîtresse est attentive à présenter ces idées avec des tours frappants et à les accrocher à d'intéressants concrets. Et ces concrets seront d'un intérêt encore plus vif si la maitresse les choisit dans la vie et dans les expériences quotidiennes de ses élèves.

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