LA DESTINEE DE L’AME
196.—La nature de cette destinée. T'être créé n’a pas en lui, mais en Dieu, la cause suffisante de son existence et quant à son excellence, et quant à son activité. — Il suit de là, aussi, qu'il n’a pas en lui mais en Dieu la raison de sa durée et de sa fonction. C’est donc Dieu qui fixe la destinée des créatures. — Et la destinée de l’âme sera d’être une gloire de Dieu et une béatitude, et cela dans la mesure et au poste providentiels voulus de Dieu.
197.— L'âme sera une gloire de Dieu. Elle le sera en réalisant son essentielle perfection. Il est facile de comprendre, en effet, que la perfection essentielle de l'âme est le reflet même de bonté que Dieu avait dessein de produire, (Voir N° 84). Et ce reflet raconte mieux la gloire de Dieu que le firmament constellé. .
L'âme sera une béatitude. En réalisant son essentielle perfection, l’âme entre dans la possession de son plein bonheur, (Voir N° 82). En effet, on comprend facilement que, pour l’âme humaine, sa joie de vivre ne va pas au-delà de son essentielle capacité d'existence et que sa joie est pleine, qu’elle
est une béatitude vivante, dès lors que sa capacité d'être s’épanouit intégralement.
198.—N. B. Une admirable sagesse. Admirons cette profonde sagesse du divin Créateur! I La fondu la fin égoïste de l'âme, (être une béatitude) et 8a fin religieuse, (ètre une gloire de Dieu) dans une harmonie telle que l’une et l'autre fin sont objectivement identiques mais diverses quant au point de vue. En effet, cette perfection de l’âme, au cas où elle se réalise, vue du côté de l’âme, est une béatitude ; et vue du côté du ciel, elle est une gloire de Dieu.
Disons autrement cette merveille de la Sagesse divine. La fin égoïste de l’âme et sa fin religieuse sont si harmonieusement identiques que la destinée de l’âme pourrait se définir ainsi: La destinée de l'âme, dans l’ordre purement naturel, est son épanouissement, selon la mesure de son essence, dans la possession de Dieu connu et aimé, — connu et aimé en lui-même en autant qu’aperçu à travers le voile transparent de l'univers, — connu et aimé dans ses créatures en autant qu’elles sont les reflets créés de ses incréés attributs.
199.—L'élan requis par cette destinée. Plaignons l'âme qui se replie sur elle-même, en s'arrétant dans les biens de la terre : sciences, richesses, honneurs. Ces biens ne sont pas des fins, mais de simples accessoires au poste du service de Dieu que la Providence pourrait fixer à l'âme. Il serait insensé de âonner pour destinée à une âme immortelle la possession et les jouissances d’avantages qui vont s’abimer dans le tombeau. Hélas! quand ce désordre entre dans sa vie, l'âme ressent, avec la perte de sa véritable destinée, trois détresses: elle réclame le vrai, et mille erreurs l’enveloppent; elle réclame le bien, et mille misères envahissent la suite de ses jours; elle réclame le beau, et elle se sent
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glisser dans l’abjection. Que l'âme raisonnable soutienne done toujours vers son Créateur son magnanime essor ; elle le fait aussi longtemps que, née pour Dieu, elle garde pour lui son premier amour avec 8a première pensée.
Sixième question.
LA VOIE A LA DESTINEE Tes lois, les devoirs et les droits.
200.—La voie. Ja voie à sa destinée, c’est pour l'âme la réalisation dans son humaine nature, et quant à son excellence et quant à son activité, de l'idéal sur lequel Dieu créa l’homme (Voir N° 80), par l’observance de ses devoirs qui découlent de lu nature humaine même, ceux de sa nature raisonnable, ceux de sa nature sociale, et ceux de sa nature religieuse: car telle est la source de ces devoirs et de ces droits. Mais c’est Dieu, son Créateur, qui a ainsi constitué la nature humaine; c’est donc Dieu qui doit être considéré, en dernière analyse, comme la source de ces droits et de ces devoirs humains. Pour mieux apercevoir cette vérité, formons-nous une idée exacte des lois divines qui règlent le gouvernement de ce monde.
201.—Les lois divines. La loi Eternelle. C’est Dieu qui régit le monde, son ouvrage. Le divin gouvernement embrasse la communauté entière de l’univers. La loi Eternelle, c’est donc la sagesse qui guide le divin Modérateur dans le gouvernement des choses créées. Et à cause de notre façon d'’apercevoir sous de multiples aspects, ce qui est infiniment simple en Dieu, la loi Eternelle pourrait encore se définir l'ensemble des raisons directrices du divin gouvernement.
202.— La loi Naturelle. Dans la mesure où les êtres sont assujettis à la loi Eternelle, régis par cette loi, ce qui apparaît dans le fait de leurs inclinations à l'égard des actes et de la fin qui leur sont propres, nous disons que ces êtres sont participants de la loi Eternelle. — Mais la créature raisonnable est soumise à ce gouvernement de Dieu d’une manière plus excellente que les autres êtres du monde visible. Car ceux-ci sont pliés à la loi aveuglément et fatalement: celle-là, par contre, connaît cette loi grâce à sa raison bien avertie, et peut y acquiescer ou ne s’y pas conformer grâce à sa volonté libre.
Cette participation consciente de l'âme raisc.nable à la loi Eternelle prend le nom de loi naturelle, et elle peut se définir comme il suit: — La loi Naturelle, c’est la raison même de l'homme, en autant qu’elle est éclairée, dès son réveil, par un rayonnement de la loi Eternelle, éclairée, dis-je, sur les ordonnances du divin Modérateur du monde, lesquelles constituent les devoirs et les droits de la personne humaine. — Ou encore: la loi Naturelle est ce code de devoirs et de droits qui doivent ordonner les actions de l’homme en vue de sa fin dernière à acquérir, et dont la raison a comme un? conscience innée par une gratuite participation à la loi Eternelle : bienfait pour lequel Dieu soit à jamais béni !
203.—La loi positive divine. Les maximes premières de la vie morale (Voir N° 149, 150) sont inaltérables comme la nature raisonnable est impérissable. Mais quand l’homme en vient à appliquer ces maximes à ses actions particulières, sa raison pratique n'arrive que laborieusement à bien conclure, embarrassée qu’elle est par la complexité des circonstances où l’homme doit agir. Tout de même, gi l’homme eût conservé sa droiture d'origine, la loi Naturelle, imprimée dans son cœur, aurait suffi
à l’homme pour la gouverne de sa vie. Muis à cause de la dépravation personnelle de l'individu, à cause de son éducation vicieuse, à cause des coutumes malsaines des milieux sociaux, la raison pratique de l'homme s'égare dans ses raisonnements et conclut déplorablement, comme on le voit dans l’histoire des peuples même policés. Ila donc fallu que Dieu appuyât la loi Naturelle dont les conclusions étaient discutées, par une loi positive solennellement promulguée. Cette loi positive divine, c'est le Décalogue dont les Livres Saints, acceptés méme comme livres simplement historiques, nous racontent avec une incontestable autorité, l’extraordinaire promulgation au Sinaï.
204.—La loi positive humaine. Sous la poussée de leur naturelle sociabilité, les hommes sont amenés à vivre en sociétés nationales; il faut donc une législation pour régir socialement ces diverses patries. Sans le bienfait des lois publiques, les collectivités humaines ne seraient pas des sociétés civilisées mais des cohues barbares. — Cependant, la source des lois nationales n'est pas une raison indépendante de Dieu; car Dieu, qui a créé l’homme sociable, est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs; la source des lois nationales est donc li raison humaine, portant ses décrets publics à la lumière de la loi Naturelle, et même, si elle fait ton: son devoir, à la lumière de la loi positive divine. Une loi humaine contradictoire à la loi Eternelle (naturelle ou positive), ne serait pas une loi, mais une iniquité;, — elle serait une iniquité puisqu'il n’est pas permis de régir l’homme contre le maître souverain de toutes choses, Dieu; — elle serait une iniquité puisqu'elle ferait des citoyens méchants : l’homme, en effet, ne peut éaliser son essentielle bonté qu’en se moulant sur la volonté de Dieu et, par elle, sur l'idéal de son existence.