LA NORMALIENNE “C7 L'HOMME DE CARACTERE
233.—La personne. Une personne, c’est l'être qui s’appartient à soi-même, parce que, étant intelligent, cet être possède la raison de ses droits et de 8es devoirs, et que, étant libre, il a la maîtrise de ses déterminations. — On voit, par ces éléments de la personnalité, que les animaux ne sont pas des personnes; ils sont des choses. — On voit aussi que, chez l’homme, la dignité de sa personnalité s’évanouit dans la mesure qu'il abdique ses droits et qu'il se dérobe à ses devoirs. T,’homme qui consent à ce mal, est insensé; et, pour cette aliénation mentale volontaire, nous lui donnons notre mépris. Pour assurer sa dignité humaine et maintenir l’honneur de sa personnalité, il faut à l’homme veiller à devenir un homme de caractère.
234.—Les éléments de valeur morale qui constituent le Caractère, la dignité humaine, la grandeur d'âme. — Quand il est question d'hommes de caractère, nous ne parlons pas des hommes dont l, règle de vie est de faire comme les autres, qui sont la bonne bête docile des meneurs, qui sont cette pâte humaine malléable qui entre dars le moule de n’importe quel milieu; — nous parluas ici, de ces hommes qui, selon un beau mot antique, sculptent leur statue dans les vivants éléments de leur nature bien douée. — Or, ces éléments sont de deux espéces, les inte'ligentiels (c’est l’apport de notre nature spirituelle), et les passionnels (c'est l'apport de notre nature animale); les intelligentiels sont ceux de l'intelligence et de la volonté; les passionnels sont les tempéraments, ce dessous des caractères qui projette sur la personne humaine une note savoureuse d'originalité.
235.—L'homme de caractère aperçu dans les éléments intelligentiels de sa forte physionomie morale. L'’hcmme de caractère est l’homme aux convictions saines et inébranlables: voilà pour l'intelligence, et aux déterminations vigoureuses et constantes: voilà pour la volonté. — Cet homme, on le voit, a pris soin de se forger une âme lumineuse et trempée admirablement. Cet homme se reconnaît facilement : il va droit son chemin. Ni la séduction des plaisirs, des richesses et des honneurs, — ni l’émoi des menaces, — ni l’assaut des épreuves ne réussissent à l’intimider, encore moins à le fourvoyer. — N. B. Cet homme est constant, non pas tétu, puisque sa stabilité d'âme est dans la vérité et non pas dans le faux.
LES TEMPERAMENTS
236.—L’homme de caractère aperçu dans les éléments passionnels de sa forte physionomie morale, c'est-à-dire dans les nuances originales qu’il tient de son tempérament.
Les sortes de tempéraments. T'état du squelette et des appareils organiques détermine la constitution, ou forte, ou faible, de l’homme. Et cette conslitution est comme un moule où la vie met en mouvement le sang, la lymphe, la bile, et le fluide nerveux; mais ces. éléments sont répandus, dans le moule humain, en des proportions bien diverses: chez celui-ci, c’est l’un des éléments qui domine, et un autre chez celui-là, et un autre chez... etc. C’est dans cet état physiologique qu’on met le principe de ce qu’on appelle les naturels, les complexions, les tempéraments. Et ces tempéraments sont au nombre de quatre, le sanguin, le bilieux, le nerveux (ou mélancolique) et le flegmatique (ou lyinphatique).
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237.-—-La note d'originalité que le tempérament met sur l’homme de caractère. Au N° 185, on marquait l'empire que la volonté de raison peut exercer sur les tendances passionnelles, ear Ces activités sensibles s’éveilient aux visions de l'imagination. Et l'imagination est une faculté sur laquelle la volonté exerce un commandement considérable. Les tempéraments qui ont leur principe dans la complexion du corps, ne sont pas placés aussi largement sous le bon plaisir de la volonté, puisqu'il ne dépend pas de la volonté de modifier à son gré, la complexion du corps. Toutefois le tempérament appartient à l'unité de la personne humaine : il est donc dans une condition d'existence qui lui permet deux choses : de subir dans une certaine mesure la discipline de la volonté, et de jeter sur le caractère de l'âme une nuance morale, personnelle, une 81veur spéciale d'originalité.
238.— Tableau des nuances du caractère. —- Comme résultat des éléments intelligentiels : il y a les intellectuels qui ont la passion des idées, des principes, de l'étude, de l’examen, de l'analyse; — il y a les volontaires qui ont la passion de l’action, de l'initiative, du commandement, des décisions mises à exécution avec entrain et hardiesse. — Comme résultat des éléments passionnels : il y a les singuins qui sont prompts et faibles ; il y a les flegmatiques qui sont lents et faibles ; il y a les bilieux qui sont prompts et forts; il y 4 les méluncoliques qui sont lents et forts.
NB. Dans la vie réelle, il n’y a pas à nier la complexité des caractères ou des fortes physionomies personnelles : les éléments passionnels et intelligentiels qui les constituent, 8e combinent si diversement !
239.—L'éclosion des caractères à l’école, ou la culture de la volonté héroïque. — Former un carac-
tère n'est pas un ouvrage que la maîtresse a mission d'accomplir : la scolarité n’atteint pas la limite d'âge et ne renferme pas la phase des épreuves où le caractère se fixe définitivement. — Mais de le faire éclore, qui l'empêche? La pièce fondamentale du caractère et son agent créateur est la volonté héroïque. Or, la maîtresse peut forger chez son élève, une âme grande, c'est-à-dire, élever sa volonté à ce degré d'intensité et de durable fermeté qui est plus qu'une simple virilité.
240.—Les moyens de culture. Pour favoriser l'éclosion du caractère chez son élève, que fera la inaîtresse ?
(a) La maîtresse fera agir son élève, non pts par sentiment mais par conviction. Certes, ils sont beaux, les juvéniles enthousinsmes qui s’allument chez l'élève, au contact d’une maîtresse d'esprit lumineux et de cœur fervent! Mais la volonté de sentiment a la nature du sentiment : C’est une flambée brève. — La volonté convaincue, seule, a chance d'être stable comme les maximes de bon sens qui l’auront éveillée, et, par conséquent, d'être la volonté des tenaces activités, des longs et pitients efforts qui marquent un caractère. — 11 va sans dire que si la volonté de sentiment surgit en concours avec la volonté de conviction, ce sera une vraie bonne fortune.
(b) La maîtresse fera pratiquer à son élève l'abnégation, ce renoncement à soi qui ruine l’égoïisme ravageur des caractères. Dans les mille petites conjonctures où sa vie est engagée, l'enfant a de belles occasions de faire acte d’abnégation. La maitresse fera pratiquer l'abnégation à son élève, — (a) vis-à-vis de Dieu par la maxime : Le bon plaisir de Dieu d'abord! — (b) vis-à-vis de son prochain par les deux maximes: Sois agréable toujours par ton égalité d’humeur,... Sois obligeant toujours.”
À L'ECOLE L'INITIATIVE ET L'OBEISSANCE, ou CULTURE D'UNE VOLONTE SAGEMENT AUTONOME
241.—L'initiative, sa nature. La liberté implique essentiellement l'initiative. L'initiative, c’est, chez l'homme, la maîtrise de son activité bien personnelle; c'est la prérogative de se mettre à l’exécution de ses projets, à ses œuvres, à ses entreprises, sous 8a personnalle impulsion, non pas sous la poussée de l’autre; c’est, chez l’homme, la volonté d'augmenter son existence, en se faisant au soleil une place meilleure. — Heureuse initiative, c'est elle qui crée dans un pays, la race des hommes nouveaux, de ces hommes qui, en se dégageant des routines domestiques ou sociales, ajoutent à la fortune publique par d'’inattendus services, et à la gloire de leur famille, par d'inespérés honneurs !
242.—La culture de l'initiative à l’école. Faisons place à l'initiative à l’école. L'enfant est un être vivant, destiné à se conduire, un jour, par son propre conseil; la maîtresse lui inspirera donc l'estime et lui fera goûter la pratique de son don de liberté, en donnant carrière à ses initiatives : et ces chu mp8, propices à la culture de la volonté autonome, ce sont les petites autonomies scolaires que la maitresse peut établir; nous voulons parler de ces ministères variés qui partagent entre les élèves, les soin de la bonne tenue de l’école : à celle-ci, la charge de l’aération des classes: à celle-là, la charge des fleurs aux fenêtres ; à cette autre, la charge du por-
te manteau, etc. ; — nous voulons parler encore de ces associations d'élèves, par exemple, pour les jeux,
pour le parler français, pour la culture du jardin,
bref de toutes ces organisations dont les jeunes officiers portent les respon:abilités.
243.—L'obéissance à l'école. Place large à l'obéissance dans la vie de l'enfant. Ja bonne fortune de l'enfant sera d'avoir acquis par la pratique de l'initiative, non pas une volonté autonome, mais une volonté sagement autonome. La culture d'une volonté sagrmeri autonome est le fruit d'une initiative et «une obéissance, agissant de concours. En effet, l'estime et la pratique de l'initiative comportent des périls, celui des présomptions, et celui des indocilités, dommageables à l'avenir de l’enfant. En voici la raison : l'enfant jouit d’un esprit, mais d'un esprit à courtes vues : l'enfant jouit d'une
liberté 1ux multiples blessur.:; l'enfant a donc besoin a entourer son initiative, s: volunté autonome, de garanties justement rassurante. Qui lui
apporte ces sûres garanties? Sc: purorits, ea maîtresse, bref, tous ses légitimes supérieurs. Et quand a-t-il le bénéfice de ces garanties? — Quand il obéit à ses légitimes supérieurs. Donc, il faut faire place large à l’obéissance dans la vie de l'enfant. L'obéissance lui apporte le supplément de lumièrr et j1rce dont ont tant besoin ce jeuv. esprit ignorant et cette jeune liberté défaillante.
Voici notre conclusion: L'enfant d’une volonté sagement autonome, c’est celui qui pratiqe l'initiative, mais qui, avant de donner essor à gr personnelle activité, prend conseil de ses maitres, ou qui, au milieu même de ses efforts, et sans écouter son orgueil, se désiste de ses voies, eb acquiesce au sage avis de ses supérieurs.
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