‹ La normalienne en philosophie et aux sources de la pédagogie [microforme]Chapitre 66 sur 91 · RE · texte numérisé non relu

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la conscience, étant la connaissance du bien à faire et du mal à éviter, est une lumincuse participation de la loi Eternelle. — En effet ‘est Dieu qui met

dans l’âme la faculté d’appré 1 les faits moraux dont notre vie se compose: .:.' appelle-t-on li conscience, la voir de Dieu. — Lisons encore: La

conscience, c’est, après l'événement, le souvenir de nos actions et de nos omissions, accompagné, ou du sentiment de satisfaction, ou de la morsure du remords, selon le caractère moral de notre conduite.

222.—La fonction de la conscience. Elle est le guide de notre vie. Le propre de la bête, c’est d’être stimulée à ses mouvements par le penchant aveugle de l'instinct, c'est d'agir par impressions. Le propre de l’homme, c’est d’avoir pour guide s1 raison avertie, et d'agir, éveillé par les appels de 81 conscience. — ‘‘J'agis d’après ma conscience” : certes, voilà le bon mot! mais il importe de le bien comprendre. Agir d’après sa conscience, ce n’est pas se déterminer d’après la chimère d’un esprit ignorant ou préjugé, non plus sous l'impétuosité d'un cœur cupide d'argent et d'honneurs ; agir d’aprés sa conscience, c’est aller à l’œuvre par suite d'un jugement porté dans son for intérieur, grâce à la connaissance de ses. droits »t de ses devoirs.

223.—L'éducateur de la conscience. La conscience, on l'a vu, est une connaissance directrice de nos jugements ct de nos déterminations dans notre vie morale. Pour acquérir cette conscience, à quelle école l'homme ira-t-il ? Pour former et assurer dans la vérité sa conscience, où l’homme trouvera-t-il le maître éclairé et probe? Le philosophe qui ne veut enseigner la morale qu’à la lumière d’une raison séparée de la Vérité Catholique, sera toujours, à l’égard de son disciple, un maître mal sûr pour apercevoir la vérité, et un maître s1ns autorité pour imposer ses enseignements. — La

LA PSYCHOLOGIE 155 cause de ce mal? — C'est d’abord l’infirmité de son esprit qui bronche dans ses raisonnements; — ce sont ensuite les trop fréquents écarts de sa raison, manifestement victime de ses préjugés et de ses passions ; — c’est encore le fait éclatant des contrâdictions qui surgissent entre les écoles de l’humaine philosophie.

224.—Le prêtre et la conscience. Dieu connaît ce sort déplorable de l’homme qui a besoin d'être enseigné et qui ne voit s'ouvrir devant lui que des écoles contradictoires ; et le bon Dieu aime l’homme, sa créature préférée du monde visible : c’est pourquoi Dieu ne l’abandonne pas aux hasards des enseignements philosophiques. Dieu est donc venu sur la terre; il a parlé; il a établi une chaire enseignante qu'il confin à la hiérarchie catholique. Donc, c'est le prêtre qui est l’éducateur et le guide sûr et autorise de la conscience humaine.

225.—L'institutrice et la conscience de l'enfant. L'un des grands devoirs de l'institutrice, c’est de former la conscience de ses élèves. Elle fait l’éducation de leur conscience, en leur donnant une notion précise des préceptes de l'Evangile, des commandements de Dieu et de l'Eglise; puis en leur faisant contracter l'habitude de les observer sous le “egard de Dieu. ‘Dieu le veut’’, c’est lui qui donne le commandement; ‘‘Dieu me voit’’, c’est lui qui va punir ou recompenser: voilà des maximes qui posent un frein ferme sur les concupiscences naissante ‘e l'enfant, et qui jroduisent dans ses bonnes : : tés, l'élan vainqueur. Pour produire une bel ..e morale, le sentiment de l'honneur dont le monde fait si grand cas, est un débile ressort au prix de la conscience chrétienne.

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LA NORMALIENNE ‘bp’ LA LIBERTE

226.—La liberté morale. Il y a plusieurs sortes de liberté: (a) La liberté civile ou sociale ; c’est le pouvoir, garanti par l'Etat à l’homme considéré comme personne humaine, d'exercer ses droits, par exemple, d’artisan, de propriétaire, et d'accomplir ses devoirs sous la protection de l’autorité civile ; (b) la liberté politique : c’est la faculté, reconnue à l’homme considéré eomme citoyen, de participer, dans les conditions que la loi constitutionnelle définit, au gouvernement des affaires publiques, soit municipales, soit provinciales, soit fédérales; par exemple, le vote est une des prérogatives de la liberté politique; (ec) la liberté morale est celle dont il est question dans la présente étude: la liberté morale est La faculté de prendre des décisions, d’après ses propres délibérations ; c’est, pour l’âme humaine, la maitrise de ses déterminations ; le domaine de la liberté morale est donc celui des actes humains, des actions délibérées, des actes, voulonsnous dire, accomplis avec pleine advertance de l'esprit et avec plein consentement de la volonté: I] est facile de voir que le caractère humain, le caractère délibéré de nos actions s'’évanouit à mesure que l’advertance ou le consentement s’amoindrit.

227.—L'âme humaine possède la prérogative de la liberté morale. Ja raison de cet avantage? Le principe de la liberté morale dont notre volonté jouit, est facile à apercevoir, le voici: en offrant à l'âme humaine la connaissance du bien universel, la raison éveille dans l'appétit raisonnable l'amour du bien universel; mais, sous ses yeux et à se main, l'homme ne rencontre que des biens particuliers, des biens, par conséquent, d’un charme incapable de l’entraîner parce que insuffisant pour le satis-

‘ faire; la volonté humaine demeure donc maîtresse d'elle-même et, à son gré, choisit ceci et laisse aller cela.

228.—Les preuves de cette liberté, — (4) le sentiment intime l'atteste. Je sens en effet que j'ai le choix de mes déterminations; j'éprouve que, selon qu’il m’agrée, j'agis ou je m'’abstiens; que je fais ceci de préférence à cela. — (b) Dieu et les peuples l'attestent. Dans le fait que Dieu et les peuples promulguent des lois et qu'ils décrètent des récompenses et des châtiments, on a raison d’apercevoir un témoignage éclatant de leur conviction au sujet de la liberté morale de l’âme. — (c) La négation de lu liberté a des conséquences absurdes. En effet, si l'on nie le franc-arbitre, il faut nier du même coup nos idées de devoir et de mérite, d’imputabilité et de responsabilité; et alors la vie humaine, tout comme la vie de la brute, n’est qu’une suite de fatalités qui ne méritent ni louanges, ni censures.

229.—La possibilité de faillir. La possibilité de faillir n’est pas une perfection de la liberté humaine: elle est sa grande misère. Comprenons bien ceci: L'homme est homme de par la possession

d’une nature raisonnable, d’une nature que la rai-

son guide; il suit de là, que l'homme cst d'autant plus libre qu'il a facilité plus grande d’être homme, c'est-à-dire de vivre en conformité avec sa raison. Pousser l'homme à agir, non pas de par les dictées de la droite raison, mais de par une corruption survenue dans sa nature, ce n’est pas l’affranchir, mais le faire entrer dans un igroble esclavage. Te règne du vice, c’est donc la parfaite servitude; et, par contre, le règne de la vertu, c’est la parfaite liberté.

230.—Les blessures de la liberté. Certes, la liberté de l’homme était faillible, même dans l’état de justice originelle, puisque c’est le propre d’un

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DÉREECNE TENSIONS

être tiré du néant d’avoir cette misère, celle de

retomber de son rang et de son existence, dans l’état humilié et dans le rien. Cette misère lui est naturelle comme la rouille l’est au brillant acier, parce que l'acier est tiré du fer, ce métal apte à l'oxydation.

Cependant, Dieu avait donné à la liberté humaine dans la gloire de sa primitive institution, quatre appuis contre sa naturelle défaillance, quatre inelinations à se bien déterminer, la prudence dans l’esprit, la justice dans la volonté, la force dans l'irascible, &4 tempérance dans le concupiscible. — Le péché de l’ancêtre et nos péchés personnels ont blessé lamentablement cette merveille de la liberté, au siège même des vertus caruinales; et voici les quatre blessures, ouvrage du péché, l’étourderie et l’ignoranée dans l'esprit, la malice dans la volonté, la faiblesse et la làcheté dans l’iriscible, la convoitise et le sens charnel dans le concupiscible. — Toutefois, Dieu soit béni! il offre toujours pa- ternellement le secours et le concours de sa gràce

victorieuse, à tout homme pieux attentif à restaurer dans son âme la glorieuse liberté du bien.

231.—L'honnête homme. La donnée de la philosophie chrétienne sur la liberté et ses blessures nous marque l’idée que l’on doit se faire de l’honnête homme ; nous entendons parler, ici, de cet homme aux belles apparences humaines, qui fleurit chez le juif et le gentil du XX° siècle, cet homme qui est le sujet d’orgueil du monde qui veut vivre séparé de Jésus-Christ, avec les seuls appuis de la raison et du sens de l’honneur. Car ce monde se flatte de produire des honnêtes hommes comme l'Eglise du Christ se glorifie de créer des saints. — Hé bien! l'honnête homme existe-t-il ? Voilà la question. — Il est assurément impossible de faire, hors de la sainte religion, un peuple vertueux, un

peuple d’honnétes hommes. ‘L'homme sans Dieu, s’écriait un jour Napoléon I, mais je l’ai vu à l’œuvre depuis 1793, et cet homme-là, on ne le gouverne pas; on le fusille’””. — A tout le moins, existet-il des unités d'honnête homme ? — L'aptitude de l’homme à vivre une vie ordonnée par les vertus cardinales, lui vient de sa noture raisonnable ; cette nature n’est pas anéantie par le péché de l'ancêtre. Donc, l’homme possède, dans sa nature, des énergies de bien qui: peuvent aboutir à de bonnes actions. Mais la naturelle aptitude à la vertu est profondément entravée par les blessures énumérées plus haut, mal dont la liberté ne guérit pas sans la grâce de Dieu, sans cette grâce qui manque pourtant à ces fameux honnêt?s hommes. Donc, des honnêtes hommes, il s’en rencontre dans le monde séparé de Dieu; mais ils abondent en défaillances. L'honnéte homme du monde, séparé de Jésus- Christ, est donc en dernière analyse, une grande misère enveloppée de quelques faux éclats de vertu.

232.—Le faux éclat des vertus de l’honnête homme. Ses vertus ont un faux éclat. La raison? L1 vertu, en dernière analyse, est l’ordre dns l'amour, selon le beau mot de saint Augustin; la vertu, c’est l'orientation de s1 vie vers s1 fin dernière, Dieu. — Cr, le désordre est grand dans l’amour de l’honnèête homme : il va à grands pas hors de la voie, puisque Dieu n’est pas son premier amour, ni même sa première, ou sa seconde pensée. Puis quels motifs lui inspirent se: bonnes actions? N'est-ce pas la vanité ? ou l’hameur du moment ? ou i’intérêt ? L'honnète homme ! s’il offre matière à l’admiration, en vérité la matière est mince!

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