LES RESPONSABILITES ET LES SANCTIONS
244.—La raison des responsabilités. Autre chose est la liberté: autre chose, l'indépendance. T'homme est libre, mais non pas indépendant.
L'homme jouit de le maîtrise de ses déterminations ; c’est pourquoi nous enseignons qu'il est libre; mois manifestement ausri, l’homme est un être gouverné, c'est-à-dire naissant ct vivant membre de sociétés, c’est-à-dire naissant et vivant dans de multiples dépendances sociales. — La conséquence de cette condition dépendanie, c'est que, du côté de
l'homme, il y a responsabilité de sa vie vis-à-vis de ses chefs, et que, du côté des chefs, il y a le dévoir des sanctions pénales ou rémunératives, vis-à-vis de leurs subordonnés.
245.—La responsabilité, c’est le caractère des actions délibérées, par suite duquel l'homme, en tant que membre d’une société, doit rendre compte de sa conduite au tribunal de ses chefs, à savoir s’il a vécu en conformité, ou en opposition avec les lois de la société dont ces chefs ont la garde.
246.—Le devoir des sanctions. C’est le devoir des chefs d'assurer le bonheur des sociétés dont ils ont charge, et c’est pour accomplir ce devoir qu'ils promulguent des lois. — Mais les lois, dénuces de sanctions, seraient pour les citoyens des directions impuissantes vers la poursuite du bien général de la communauté. (En effet des lois non sanctionnées ne seraient plus que des conseils. Des conseils! il n'y a que les citoyens d'élite qui peut-être s’y plieraient!) — Done, les chefs ont le devoir d’attacher aux lois des sanctions, rémunératives ou pénales, selon que la vie des citoyens est vécue en conformité ou en violation de la loi.
C'est bien là La conviction des peuples: ils nous l’on marquée en mettant dans la main des chefs, la verge, s’il s’agit du père; le glaive, s’il s’agit du roi; la foudre, s'il s’agit de Dieu.
247.-La mesure de la responsabilité, et la circonspection avec laquelle on doit juger son prochain, On juge son prochain; du haut de notre tribunal, nous lui envoyons notre mépris ou notre estime, notre louange ou notre censure, et, quand on est chef, ie châtiment ou la récompense. Pour user bien de ce droit d'apprécier la vie de notre prochain, il importe d’avoir en tête cette maxime : L'homme est responsable de son action à notre tri-
bunal dans la mesure que cette action lui est imputable.
248.—L'imputabilité est le caractère de l'action, par suite duquel on en regarde tel homme pour l'auteur, à raison de son libre arbitre. De cette notion de l’imputabilité, il suit que telle action n’est imputable à tel homme que s'il l’a faite en agissant avec conscience et liberté. Avant donc que de juger la conduite de son prochain, il faut tout d’abord se demander dans quelle mesure on peut la lui im- : puter, la lui attribuer. A-t-il agi en connaissance de cause? En avait-il bien conscience? A ce titre, l’imputabilité peut s’amoindrir beaucoup: il y a souvent autour de la conscience, tant d’ignorance et de préjugés qui en troublent le clair regard. — Tenez compte des bonnes intentions, s’il vous plaît; les volontés malignes sont rares. — A-t-il agi en pleine liberté? — Il y a souvent, sur la volonté du prochain, bien des servitudes morales. Sa liberté, la maîtrise de ses déterminations, voulons-nous dire, est bien amoindrie par les entraves de craintes éprouvées, de violences morales subies, de concupiscences enfiévrées. Nous concluons: L'homme doit porter la honte cu l’honneur de sa conduite ; mais jugeons-le avec circonspection.