LES SANCTIONS SCOLAIRES
Il n'y a guère conflit d'opinions sur l'emploi des récompenses scolaires. Où les avis se heurtent, c'est dans la question des sanctions pénales.
254.—L'arme pédagogique des punitions. Ne dcsarmez pas la maîtresse de l'instrument de crainte :
ka peur de la règle, de la férule, de la verge, est le commencement de la sagesse dans le royaume des écoliers. — Voici la raison de cette discipline pédagogique : à l’école, il y a dressage et éducation. Dresser l'enfant, c’est lui faire prendre de bonnes habitudes par la crainte de la verge; les lui faire contracter par un effet de persuasion, c’est l'éduquer. — Il va sans dire que le but à réaliscr, ce n'est pas le dressage mais l'éducation. Cependant il faut avoir recours aux deux procédés, parce que, dauns l'enfant, il y a un jeune fauve aux instincts d'éveil précoce, et il y a un bon sens dont l'éveil retarde. — La verge et la persuasion marcheront de concours mais en sens inverse. Tout de suite, on recourra à la persuasion, mais en l’appuyant de la crainte et méme de l'effet de la férule, si la bonne volonté de l'élève ne répond pas suffisamment à l’appel éducatif de la “aison. LA verge, le fouet, on le sait, opèrent admi.iblement quand les instincts se lèvent aux avenues de l'âme raisonnable, avec leur air insolent ! — Toutefois, le procédé du fouet n'ira jamais sans celui de la persuasion ; tout de mème, dans les premiers temps de l’œuvre de formation humaine, il prend une place assez notable. — Bientôt, la persuasion est d’un effet sensible; un peu plus tard, elle sera suffisante. Bénissons cependant la verge: elle a bien aidé à mettre en branle le bon sens du jeune élève! — (Par le fouet, on entend, ici, tous les moyens de la discipline répressive).
255.—Deux convictions nécessaires pour l'emploi utile de la sanction pénale. Une conviction chez l'élève. Il faut que l'élève ait cette conviction : La maîtresse ne me punit pas dans le but de m'affliger, mais avec la bienveillante intention de m'amener à résipiscence, — Si vraiment la seule
intention de la maîtresse est d’amender l'enfant, on le sentira à sa façon d’user des puuitions.
Une conviction chez la maîtresse: La maîtresse se persuadera que l'enfant est bon; cela ne veut pas dire que l’enfant est sans défauts; cela veut dire qu'il y a, chez l'enfant, de la bonne volonté, un désir sincère de se corriger, de se faire meilleur. La maîtresse pensera donc que, dans les manquements de l'élève, il y a de l’étourder:e plutôt que du mauvais esprit; qu'il y a de la faiblesse plutôt que du mauvais cœur. Cette conviction aidera la maîtresse à ne pas s’énerver, à ne pas s’exaspérer, et par conséquent, à garder de la mesure dans ses reproches et dans ses punitions.
256.—L'expulsion de l’école. S'il se rencontre dans l’école un enfant vraiment méchant, de mauvais esprit, d'âme vicieuse, la maîtresse tâchera, pendant un temps plutôt court, à l’amadouer en vue de l’amender; mais si son effort est vain, elle renverra cet enfant pour sauver la petite communauté scolaire. La verge ne ferait de ce contagieux qu'un hypocrite. À la porte, l'enfant de perdition!
257.—La discipline préventive. Il y a chez les élèves en défaut, et de l’étourderie et de la faiblesse. Ces blessures, faites à la liberté humaine, sont la source philosophique d’où sort le devoir pédagogique de la discipline préventive, à l’école. En allant comme au-devant de l'esprit léger et de la volonté défaillante, la discipline préventive supprime notablement les manquements de la gente écolière. — Voici quelques grands moyens de cette discipline :— la bonne organisation de l'enseignement, (l'horaire et les procédés méthodiques) ; — la bonne émulation (Voir N°% 181 et 114) éveillée par les récompenses, les mentions honorables, les bonnes notes et surtout par le sentiment du devoir chrétien ; — le bon concours des parents, venant en aide à la
maîtresse ; — la bonne surveillance de l’institutrice ; —la discrète indulgence qui accorde ‘‘un pas-perdu”” entre la discipline répressive du fouet et la préventive, pour laisser la jeune étourderie respirer un brin.