AUX POETES
SUR LES PIECES Qu'lLZ ONT FAICTES A l'hONNEUR DE MONSIEUR DE GUISE.
(C'est pour mettre en teste du recueil.)
Voicy le grand Henry, du sanp; de Cliarlemaiîne (i), Plus brave que n'estoit le premier des Césars, Invincible aux malheurs, intrépide aux hasards, Qui pour guide eut l'honneur, Bellone pour compagne;
Qui sceut charmer la France et fit trembler l'Espagne, Que Parlhenope a veu, luy servant de remparts, Opposer son courage à mille et mille dards, Et du sang de l'Ybere arrouser la campagne.
Cessez, rares esprits, cessez vos doctes airs,
Qui peuvent d'un grand nom remplir tout l'univers;
Ce héros à vos soins n'a laissé rien à faire.
Il scavoit mieux que vous exercer les beaux arts;
il cueillit des lauriers d'Apollon et île M irs,
Et fut de ses hauts faits et l'Achille et l'Homère.
Mezeray.
C'est assurément avoir bien de l'effronterie que de joindre un si meschant sonnet à celuy de M. Corneille, mais les poètes ont des suivants, et l'on m'a assuré que le sens en était bon, et l'air assez poétique.
Ce jeudi, 10» de juillet 1664 (2).
(1) Mézeray a écrit en marge : \l en est issu par femmes, (î) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg.
Les lettres de Hiiet sont moins rares que celles de Mezcray ; le Brilish Muséum en possède plusieurs dont deux adressées à Ménage, qui résidait alors au cloître Notre-Dame : la première est du 17 octobre 1684 ; Iluet n'était encore qu'abbé d'Aunay, il n'avait pas été pourvu de l'évêché de Soissons dont il ne prit pas possession. C'est de Caen qu'il écrit : « Il espère être à Paris à la fm du mois; il le remercie de lui avoir dédié ses observations sur Cujas; il espère que cet hiver ils pourront faire quelques petits repas ensemble, non multi cihi , sed multi joci (1). »
Il écrit de nouveau à Ménage, le 19 octobre 1690: « Il espère partir de Caen devers deux jours pour retourner à Paris par le plus mauvais chemin et le plus mauvais temps que l'on sauroit imaginer; il proteste de son amitié. »
Enfin une dernière lettre de lui, datée de Paris le 19 décembre 1713 est adressée au père Oudin, jésuite à Dijon : « M. de la Mure (3) lui communiqua autrefois une vie de Saumaise, il préfère y renoncer que de le voir plus longtemps en peine pour cela (4). »
Terminons cette trop courte série par deux lettres de Ségrais, la première datée du 16 août 1689 ne
(1) British Muséum, collect. Egerton, Miscell. Letters, n» 1,
(2) Ibid.
(3) L'historien du Forez.
(4) British Muséum, collection Egerton.
porte pas de suscription, mais elle est très-certaiment adressée à Ménage :
Ayant rer II de M. Tintendaiit (1) les Origines de M. de (lascneuvc('"2;. dimanche après-midy, je ne manqiiay pas ie les faire empaqueter aussitost et de les envier au carosse [uipart le lundi malin. Le paquet est couché sur le registre et le messager est fidèle qui s'appelle Osmont et .ûj'e h Paris rue-Bethisy à ranciL,^n hôtel de Moulbazon. U arrivera vendredy au soir à Paris. J'aurois payé ce Mort volontiers, qui est d'ordinaire de deux sols par livre,
l outre passe un peu mes patils paquets, mais nous remarquons que quand le port est pasé, ils n'en ont pas tant de soin. M. Foucault espère que, quand vous en aurez pris une copie, vous remettrez l'original entre ses mains
t que, en les imprimant, vous rendrez à la mémoire de M.dcCaseneuvecequi est deu. Jene doute pas, Monsieur, (juevous ne répondrez à l'honnêteté de nostre intendant, qui d'ailleurs mérite de tous les gens de lettres par l'affection qu'il a pour eux et par fou propre talent. Je suis ravi d'avoir contribué à une chose qui vous lait plaisir, car en vérité je vous estime et honore à un point que je suis de tout mon cœur avec inclination, respect et félicité et pour toute ma vie vostre très humble et très obéissant serviteur.
P. S. — Mon écriture devient si mauvaise à ce que me
(I^ Foucault, nommé intendant de Caon le 15 janvier lo89, recule : l mais 1589 à l'Académie de Caen,où il fit un discour.s.
(2) De Casoneuve, prébendier de la cathédrale de Toulouse, mort en i6j2 ; son héritier, M. Tornier, avo''at, céda le manuscrit des Origines de la lavfjue françoise à M. Foucault, pendant qu'il résidait à Monlauban en qualité d'iiifeniant. S''srni<, quand Foucault vint à Caen, ayant vu ce précieux ouvrasre, lui demanda la permission de le communiquer à Ménage. Après en avoir pris connaissance, .Ménaore offrit de le publier, en chargea M. deValiiébert. La première édition parut en 1694 —V. Iniroduclionaux mémoires de Foucault, p 253
disent mes correspondants que je me sers d'ordinaire de la main d'un autre (1).
Voici la seconde lettre; elle précède de bien peu d'années sa mort (il mourut le 25 mars 1701) ; elle est adressée au marquis de Bougy, alors à la H3ye(2):
Gaeu, 24 avril 1697.
Je n'ay pas manqué, Monsieur, d'écrire à Madame la marquise de Bougy (3), à l'instant même que le sieur Gayon me Et connoistre que c'estoit vostre intention, je l'ai exhortée de tout mon pouvoir de venir en ce pays et y prendre le timon de la barque que vous semblez un peu abandonner au gré des vents. C'est un grand regret de nos serviteurs et amis, mais vous avez vos raisons et vous
(1) BritishMus., coUect. Egerton, MisceU. Letlers, vol. XIÎ, f° 71.
(t) Le poète Jean Le Mière, sieur de Basly (Calvados), membre de l'Académie de Caen, a fait un sonnet sur la mort de Lucrèce de Bougy. dont voici les premières strophes :
Que Lucresse mourut dans un haut point de gloire,
Lucresse, rorne'nent et l'honneur de ces lieus; *
Mais je n"y puis penser que les larmes aux yeus,
Rappelant un objet si cher à ma mémoire.
Son corps fut si parfait qu'à peine Ton peut croire Qu'il en soit jamais un si beau dessous les cieus, Son esirit si constant, si fort, si glorieus, Qu'il a dessus la mort remporté la victoire (*).
(3) Moisant de Brieux adressa un sonnet au marquis de Bougy à l'occasion de son mariage :
Toi qui fais tes plaisirs de ces travaux divers Qu'on souffre dans le champ de Mars et de Bellone, Cléonle, il faut enfin te faire une couronne Et t'élever au ci«l sur l'aile de mes vers (**).
(*) Séria et Joci, ou Recueil de plusieurs pièces. Caen, Jean Cavelier, 1862. (**) Recueil de pièces en prose et en vers. Caen, Cavalier, 1680.
m'avez fermé la bouche sur cet article. Dieu veuille que la paix vous douue lieu de reveuir quaud la l'anlaisie vous en prendra. J'ay esté tout malingre cet hiver contre ma coutume, non que j'aye gardé le lit que peu d'heures par jour pour un rhume opiniâtre qui no m'a point quitté encore absolument et qui est encore surmoulé d'une fluxion sur l'œil qui me fait comme un homme qui a reçu quelque gourmade, ou ce qu'on appelle vulgairement un œil au beurre noir. Quant au reste, je partage ma vie entre la campagne et la ville, et M. de Matignon (I) va revenir, qui fait son compte de nous faire aller à Thorigny par petits intervalles : cependant ces promenades ne sont plus guères de mon goût et je ne trouve plus guères d'autre maison où je me trouve plus à mon aise qu'en la mienne (2), non qu'il n'y en ait beaucoup de meilleures, mais le plaisir de ne rien faire et de ce qui s'appelle musarder est très convenable aux quatorze lusti-es surchargés de deux ans comme Despreaux a nouvellement dit de luy dans une pièce qu'il conte estre la dernière qu'il fera ; elle a de l'élégance et de la beauté de diction, mais il y est si fort représenté comme dans tout ce qu'il a fait qu'elle ne passe que pour une redite. Voici tout ce que je fais mettre sous la statue de Malherbe qui %st en sa place et qui est eu face de la face de ma maison, qui est opposée à la porte cochère :
Malherbe, de la France éternel oroement, Pour rendre hommage à ta mémoire, Segrais, enchanté de ta gloire, Te consacre ce monument (3).
(1) Jacques Goyon, troisième du nom, sire de Matignon, lieutenant général des armées du roi en la province de Normandie, mort en 172.0, beau-frère de M. de Seignelay.
(2) Son hôtel était situé rue de l'Engannerie, n° 7, et c'est là que se tenaient les séances de l'Académie de Caen.
(3) V. BoiSARD, Notices biographiques, p. 318. —V. Poésies de Se' grais. Caen, Chalopin, 1825.— Segrais avait fait placer également cette
Je l'avois faitplus ample : Malherbe estrepresenté d'après Apollon et c'est le modèle ou attitude de la figure de Versailles, qui représente le poëme lyrique et je faisois précéder ces quatre vers de ces quatre autres :
Tel parut dans ces lieux l'Apollon de nos jours, Sur les rives de rorne, aiusi qu'aux champs d'Admète; Par de si doux accents il chanta ses amours, Que, pour sa lyre, Homère eut quitté la trompette.
Mais nous avons ici de grands antiquaires qui remontrent qu'en fait d'inscriptions on ne peut être trop simple. Je ne suis pas Ronsard, qui croyoit qu'on lui ravit un enfant, quand on lui retranchoit quelques uns de ses vers. Vous avez habilement fait de vous guérir, la santé est préférable à tout; les affaires de la tutelle dupetitTillyne vont point mal, ce me semble, et M'' d'Avoynes et M"^ d'Outre- Laize sont en bonne disposition. J'ai reçu aujourd'ui une lettre de M"^ Tilly, je vous préfère à elle pour le reproche qu'elle me fait d'avoir é lé trop longtemps sans vous écrire, j'en dis ma coulpe ; il me souvient que vous désiriez ceste ode que M'' de Betraland (sic) m'a adressée, mais je n'ai point eu encore permission de la publier, parce que l'auteur ayant consulté ses bons amis, excellents juges, il y a toujours donné quelque coup de lime ; ce sera tout aussitost qu'il me le permettra ; elle est assurément une des plus parfaites que j'aye vue en ce genre, sans être soupçonné d'intérêt par les louanges un peu excessives qu'il me donne. A son exemple, nos auteurs chargent à balles et nous en avons déjà une botte d'epigrammes et d'odes sur ce sujet, mais tout cela ne vaut pas passer la mer. M*" de Chois y a pensé mourir plusieurs fois et on nous l'a dit mort ; il s'est vu en cet estât, néanmoins il vit encore ; il se fait porter dans les allées et à une église
inscription au bas d'une statue de Malherbe placée à la maison de campagne qu'il avait à Fonteaay-le-Pesnel.
qu'il fait bâtir, ou l'abbé de Ghoisy, mon confrère d'académie (l), est venu ici lui reudre ses devoirs, et l'a si bien gouverné, qu'il l'a reconcilié avec la religion qui ne lui teuoit pas fort à cœur, comme vous scavez, et commencé par de grandes auniosnes et il s'allaclie uniquement à la perfection d'une église qu'il a fait bastii* et où il veut es'.re enterré. L'abJjé en venant ici pour ceste œuvre eu a esté récompensé dès ce monde, parce que le grand Doyenné de Baveux estant devenu vacant par la mort de M. l'abbé de Franqueville, les chanoines de cette cathédrale l'ont élu, au préjudice de jeunes abbés et de vieux confrères qui se sont bien donné du mouvement pour remplir ceste place, qui ne vaut pourtant que 1,000 ou 1,200 liv. présentement, au lieu qu'elle en valoit 2,000 autrefois. « Je vous conjure, Monsieur, d'excuser ma paresse ; j'ay beaucoup d'affaires ; sans avoir de procès, on me prend pour arbitre ; tout ignorant que je suis, je me laisse importuner par cette facilité naturelle que vous me connoissez, mais je vous prie ne me condamner, car rien ne sauroit donner la moindre atteinte au respect et à l'estime particulière que j'ay pour vous (2). »
Avant de clore celte longue série du passé, je crois utile d'indiquer une collection où est enfouie toute l'histoire des guerres civiles de Normandie ; je veux parler de la collection des papiers de Puissaye, léguée par lui au Britisli Muséum; il s'en est servi lui-même pour ses curieux Mémoires, et Louis Blanc l'a utilisée pour la dernière partie de Thistoire de la Révolution française ; il y a là quinze gros volumes bourrés de documents inédits dont le dépouillement prendrait de longs mois, et sans aucun
(1) Nommé académicien en 1662, en remplacement de Bois-Robert,
(2) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg.
doute, des révélations curieuses et inattendues en sortiraient ; peut-être me sera-t-il donné d'y revenir plus tard.
En attendant, voici une lettre adressée par le comte d'Artois, depuis Charles X, à MM. les gentilshommes de la province de Normandie et autres sujets fidèles restés en France pour y servir la cause du roi :
Messieurs, privé jusqu'ici de l'avantage de pouvoir communiquer directement avec vous et obligé d'éviter, dans les circonstances actuelles, tout ce qui pourrait vous compromettre, je charge le comte Louis de Frotté de vous exprimer tous les sentiments dont mon cœur est pénétré pour les preuves de fidélité et de dévouement que vous n'avez pas cessé de donner à la cause sacrée que nous servons. Ce chef courageux, qui a si bien mérité mon entière confiance, ainsi que vostre estime, vous fera connoitre combien le roi, mon frère, sait apprécier la nature de vos services ; il vous transmettra aussi tous les indices que la situation présente peut exiger pour le bien et l'avantage de nos intérêts communs; vous pouvez et vous devez y mettre toute confiance.
La Providence, n'en doutez pas, secondera votre généreuse constance ; la religion de nos pères, l'amour de nos rois et le pur honneur hjiiront toujours, quoi qu'on puisse faire, par être la réunion de tous les cœurs français. Vous avez l'avantage, Messieurs, d'avoir puissamment contribué à assurer ce jour glorieux, et la postérité vous en devra un hommage particulier ; en attendant ce moment si désiré où je pourrai m' exprimer avec vous de vive voix, recevez. Messieurs, l'assurance de tous les sentiments que
je partage avec le roi, mon frère.
Charles Philippe.
Edimbourg, ce 20 août 1796 (1).
(1) British Muséum, Puissaye Papers, vol. I.