‹ La Normandie à l'étrangerChapitre 9 sur 19 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Importance pour la Normandie de la première année du règne de Louis XIV.—Rélablissement du Parlement dans sa première forme. —La correspondance du procureur général du Parlement, La Fosse du Fossé, venue en ftussie — Lettre de lui au chancelier Séguier (27 avril 1643;.— /i l'avertit que les protestants de Normandie fournissent des secours aux parlementaires d'Angleterre. — Lettre du même au chancelier Séguier (24 Juin 1643). ~Jl revient sur les inlelligencesdesprolestants de Normandie avec lesparlemenlaires. — Il fait part au chancelier des poursuites commencées contre M. de Sainte-Croix, accusé de plusieurs crimes. — Lettre du même au chanc'lier (23 octobre 1643).— /i reiid compte des mesures prises pour empêcher V exportation des blés. — La cour de France dii>posée à venir en aide au Roi d' Angleterre .~ Deux lettres de La Fosse nous font assister aux États de Normandie. — // fait le récit au chancelier de l'enlèvement à main armée de la fille d'un riche marchand de Rouen, à la sortie du prêche de Quevilly. — Il poursuit le coupable, le sieur de Courlonne. — Il prend à partie la garnison du château du Pont-de-V Arche pour insolences commises.— Jl annonce au chancelier qu'il a le dessus dans ses poursuites contre le sieur de Courlonne. — Triste peinture des mœurs du temps, d'après une dernière tetlrede La Fosse.— Le recueil des lettres écrites au chancelier Séguier au nombre des manuscrits de Sainl-Pétersbotirg. — Lettre de M* Busnel, lieutenant criminel à Dayeux, au sujet de profanations commises dans la paroisse de Cramesnil — Remontrances des protestants de Monlivilliers et d'Ilonfleur à la R^inemère (16 juillet 1649) — Lettre du président Faucon de Ris au chancelier Séguier.— Il l'entretient de l'exécution d'un voleur nommé Douglas et d'un tumulte survenu à Rouen. — Lettre de l'abbé de Chaumonl au chancelier Séguier , à propos d'une requête des catholiques d'Alençon (31 ma j 1663).— Lettre de l'intendant du Gué au chancelier Séguier. — Jl se plaint d'un prêche du ministre Du Base. — Lettre de Chamillart à Louvois. — Jl rend compte de la situation de la Basse-Normandie.— Lettre de Louvois au chancelier Séguier pour le dissuader de signer des kllres de grâce. — Privi-

lége de la Fierté réclamé pour le sieur Merville. — Deux lettres de M. de La Galissonnière au chancelier Séguier.—Terilalive d'assassinat à Évreux stir la personne de lord Clarehdon, chancelier d'Angleterre.— Lettre de V orientaliste Samuel Bochart à Ménage.

— Quittance donnée par Mezeray de la pension à lui léguée par Mazarin. — Lettre de Mezeray au chancelier Séguier. — Il fait le récit des nouvelles du jour. — Deux l tti^s de Huet à Ménage. — Lettre de Huet au père Oudin, jésuite.— Lettre de Segraisà Ménage.

— Lettre de Segrais au marquis de Bougy. — Les papiers de Puissaye légués par lui au British Muséum.— Lettre du comte d'Artois {Charles X) aux gentilshommes de la province de Normandie.

La série des documents du xvi^ siècle est épuisée, et, laissant de côlé le règne entier de Louis XIII, dont la fin fut tristement marquée par la révolte des Nu-Pieds et la misère de notre province, nous prendrons pour point de départ de ce chapitre la première année du règne de Louis XIV, dont l'importance est exceptionnelle ; c'est l'année, en effet, où le Parlement de Normandie, mutilé depuis trois ans, fut rétabli par la Reine régente dans son ancienne forme, l'année où les États se réunirent sous la présidence du duc de Longueville (!). Le procureur général du Parlement d'alors était un Dauphinois, fort mal vu, en sa qualité d'étranger, des membres de la Cour réintégrés en leurs charges; il se nommait de La Fosse du Fossé; on l'accusait d'être un agent de la Cour, et, Tannée précédente, le peuple avait voulu enfoncer les portes de son hôtel. Sa corres-

(1) V. FloqueTj Hist. du Parlement do Normandie,

pondance avec le chancelier Séguier, dont ii était la n-éaliirt', est venue tout entière à Sainl-Pélersbourg ; elle nous fournira quelques particularités sur la session des États de iGi-3 et nous révélera, pour la première fois, les intelligences étroites et secrètes qui existaient entre les protestants de Normandie et les parlementaires d'Angleterre.

Voici la première lettre où il y fait allusion ; elle est datée de Rouen, le 27 avril 16i3 :

Monseigneur, maintenant que les bonnes nouvelles de la convalescence du Roy m'ont fait revenir de l'assoupissement que la crainte de sa perle m'avoit causé, je cominenceà reprendre mon train ordinaire et vous dois quant ot quant vous escrire que nos relliiiionnaires continuent à fournir du secours d'honmies et d'armes aux parlementaires d'Angleterre, et qu'eulr'autres un marchand Hollandois demeurant en ceste ville leur a, ces jours passés, tait tenir quatre charretées d'armes sorties de ceste ditte ville en des charrettes, pour eslre embarquées du costé de Caen. Quelques dames augloises catholiques cpii se sont réfugiées ici m'en out fait bailler l'aduis, mais comme j'ay pensé que peut estre les règles de la politique ne vouloient pas que, dans la conjoncture présente de nos atïaires, nous arrestassions le cours de la guerre civile de nos voisius, j'ay simplement respondu que je m'en informerois plus particulièrement et y apporterois de suite l'ordre requis; lesquelles dames n'auront pas manqué d'en escrire à leurs maris, personnes de qualité qui sont auprès de leur Roy, de quoyj'aycreu que deviez estre aduerti ; et à quoy si vous ne me faites point de response je fermerai les yeux et userai de dissimulation (1)

(1) Bibl. impér. de Saint-Pétersbourg, q°93 de la coUect. dç$ auto< graptes.

Le reste de la lettre a rapport à des réceptions de conseillers au Parlement qui souffrent difficulté.

Le 24 juin suivant, il écrit de nouveau au chancelier :

Monseigneur, en passant par Pontoise, je saluay chez les Carmélites Monsieur de Montégu qui me parla des secours que nos relligionnaires donnent journellement aux parlementaires d'Angleterre et me dit mesmes qu'il scavoit très bien que l'intention de la Royne n'estoit pas que l'on usast d'aucune dissimulation en celte rencontre.

Estant arrivé ici, j'ay appris de très-bonne part que les dits relligionnaires contin noient les dits secours et que, ces jours passés, le milord de Montegu, qui demeure en cette ville deppuis les troubles de son pays et qui est très bon et pieux catholique et serviteur de son Roy, avoit faict adroiltement achepler dans la ville de Dieppe huict cens mousquets que l'on estoit sur le point de faire passer aux dits parlementaires , lesquels on m'asseure estre devenus si forts que, quand bien nous ne considérerions la chose que par la politique, il seroit tousiours besoin de les affoiblii- un peu, affin de rendre les choses en estât de faire durer leur guerre, en attendant que Dieu nous donne la paix. Je ne doubte point que la Royne n'aye eu d'aduis des dits secours, et ne pense pas qu'il faille rechercher ceux qui les ont donnés par le passé, mais si vous le trouviez à propos, nous pourrions les empescher pour l'advenir. Sur quoy je vous dois faire remarquer que tous ceux qui servent à la douane de Dieppe sont de la religion prétendue réformée.

Puis, venant aux affaires locales, il ajoute :

Monseigneur, il y a un gentilhomme assez qualifié, nommé le sieur de S*«-Croix, que je poursuis par contumace pour plusieurs grands et énormes crimes; mes

poursuittes estoient allées si avant que j'avois pris des conclusions à la mort , lorsque le procès a esté sur le poiut d'estre jugé, il a obtenu une évocation, et cependant j'ay eu aduis qu'il fortifioit une maison roturière qu'il a dans le païs d'Auge, à demi-lieue de la mer. Monsieur d'fiscoville, grand préuost, s'y est transporté et a dressé procès-verbal de Testât de la ditte maison qu'il m'a envoyé et que je vous envoie; mais parce que l'on m'a dit que le dit d'Escoville esî parent du dit S'^-Croix et partant suppost de ceste alfaire, j'ay fait commettre un conseiller de la Cour pour se transporter sur les lieux et y mettre l'ordre requis.

J'ay receu plainte des transports de bleds qui se font de divers endroits de la Normandie aux ennemis de Testât et envoyé diligemment ordre à tous mes substituts pour en faire informer et punir les coulpables.

Devant mon arrivée les bourgeois de ceste ville firent mine de se souleuer contre les collecteurs des droits imposés sur eux et les paysans de Montivilliers aussi ; mais le tout fut incontinent appaisé et toutes choses sout maintenant bien tranquilles en cesle ville et dans la Province (1).

Dans la lettre suivante il fait part au chancelier des mesures qu'il a prises pour empêcher l'exportation des blés, et il ajoute de curieux détails à ceux déjà donnés sur les parlementaires :

Rouen, 23 octobre 1643.

Monseigneur, j'ai demandé à mes substituts au siège praisidial de Constances (sic) d'empescher soigneusement tous transports de bled hors du royaume et de faire sévè-

(Ij Bibl. impér. de Saint-Pétersbourg, n» 93.

rement procédure contre ceux qui s'en trouveroieut coupables, et eu un mot tenir exactement la main à l'exécution des arrests de la Cour que je leur ay envoyés à ceste fin. Quant à la levée des soldats, comme vous avés obmis de m'y respondre, j'ay aussi obmis de leur en parler. Mais j'ay aduerti de vive voix le Baillif du Constantin (sic) dont la maison est sur le bord de la mer, que l'intention secrette de S. M. estoit de fauoriser les armes du Roy d'Angleterre. Le dit Baillif m'a appris que les habitants de l'île de Guernesey sont parlementaires et tiennent bloqués, moyennant les forces auxiliaires parlementaires, la citadelle de Lair Isle (?), le voisinage de laquelle peut obliger les assiégauts et les assiégés à chercher leurs nécessités dans la Basse-Normandie.

Monseigneur, j'ay monstre à nos marchands l'article de vostre dernière lettre, qui porte que Biron (ou Piron) ne doit attaquer aucun vaisseau parlementaire ; de quoi ils sont extrêmement resjouis, et se ressentent iaflniment vos redevables. L'huissier que j'avois envoyé veoir le dit Biron pour lui rendre la lettre des résidents d'Angleterre ne l'ayant pas trouyé^ nos dits marchands me donnèrent, il y a trois jours, aduis qu'il devoit passer par ceste ville et en poste revenant de Paris. J'envoyay deffendre au maistre de la poste de lui donner des chevaux, jusques à ce que j'eusse parlé à luy et luy eusse déclaré quelques ordres du Roy d'Angleterre. Le dit Biron estant arriué à la poste et ayant sceu mon desseiu sortit à pied et alla chercher des chevaux de Ijuage ; de quoy adverti, je mis l'huissier à ses trousses, qui lui donna ma lettre portant permission de lever 1 ancre et celle desdits résidents par exploit que j'ay, sans que le dit Biron se soit enquis de moy ; ce qui me faict mal penser de sou intention, joinct que le milordMontegu,qui est ici, m'a ingénuemeut recognu que le dit Biron luy a dit qu'il iroit jusques en Angleterre sans attaquer les vaisseaux parlementaires, mais qu'au retour il feroit du pis qu'il pourroit. Or il ne faut qu'un jour pour aller jusques en Angleterre, et par-

tant le dit Biron sera k redoubler dès le second jour après qu'il sera parti de nos ports. . .

De Rouen, ce 23 octobre 1643 (1).

Maintenant la correspondance de La Fosse avec le chancelier va nous faire assister aux séances des Ëtals de Normandie :

Monseigneur,

Nous attendons aujourd'huy Monsieur de Longueville pour demain faire la closlure des Estats. J'avois Lien prévu qu'il y seroit parlé des marais de Basse Normandie, mais je n'avois pas pensé que l'on peust toucher aux adjudications déjà faictes, et fus un peu surpris hier au soir, lorsqu'un homme de façon d'advocat vint me solliciter comme l'un des commissaires des dits Estats, de la part de ceulx qui se sont rendus adjudicataires ou associés au contrat de la vente des marais de Carentan, disant que toute celte affaire roule et a son fondement sur le don que sa Majesté vous fit, il y a près de quatre ans, dans lequel don les dicts marais de Carentan ne sont point compris ; que, despuis, vous estant desparli de vostre don et le Roy ayant voulu que les marais y compris fussent vendus à son profit, ce n'a esté qu'avec relation de vostre don et sans y comprendre les dits marais de Carentan que M. de La Potherie a par conséquent vendus sans pouvoir. Voulant les achepteurs, qui sont encores débiteurs du prix de leurs achapts, déclarer qu'ils s'en départent, et estre ordonné qu'ils se pourvoiront par devant le Roy, pour estre définitivement deschargés de leurs achapts et que cependant il soit sursis à toutes contrainctes pour le paiement du prix d'iceux. Sur quoy ayant voulu respondre à ce solliciteur qu'il n'esloit pas de la compétence

(1) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, n» 93.

des commissaires de juger ceste surséance, il m'a répliqué que les dits commissaires luy disoient que si réellement, ce que je crains bien fort, ce soit une partie faicte, M. de La Potherie se trouvera hors d'estat d'exécuter la promesse qu'il m'avoit faicte si promptement. Je luy en parleroy ce matin et prendroy soigneusement garde à tout.

En vérité, Monseigneur, comme la tenue de nos Estais n'est ni nécessaire, ni utile, ni honorable au Roy, il me semble qu'il seroit bien à propos de l'empescher adroitement pendant une minorité. L'on n'y oit que des plainctes contre le gouvernement et des injures adroites , mais impétueuses contre les ministres, lesquelles plainctes et injures ne servent qu'à exciter des rébellions et des supplices. Je sais bien que quelques personnes de qualité ont des pensions à recevoir sous le prétexte des dits Estais, qu'il vaudroit mieux leur payer, sans les tenir, que de leur en laisser promouvoir la tenue pour la seule conservation de leur interest particulier.

Je vous escriray au long toul ce qui se passera demain, demeurant cependant et pour jamais. Monseigneur, vostre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

La Fosse (1).

Rouen, 25 novembre 1643.

Monseigneur,

Le jour d'hier les commissaires des Estats s'assemblèrent sur les neuf heures du matin chez M. le duc de Longueville avec lequel ils se transportèrent dans la grande salle de l'archevesché, où leurs commissaires et les députés des dits Estats s' estant assis au mesme ordre qu'à l'ouverture, et leur salle estant toute pleine de personnes de toutes conditions, le fils ecclésiastique de M. le baron de Rous-

(1) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, docum. français, vol. XCIII, pièce n» 21, p. 73,

seroles (1) fit une harangue de trois quarts d'heure, laquelle il finit par un consentement de la levée d'une moitié de ce que le Roy demandoit, le dit ecclésiastique pai'lant pour les trois ordres. Ensuite le procureur des dits Estats lut à haute 'oi.x le cahier des plainctes, contenant soixanic-quinze ou quatre-vingts articles iugénieusemeuL dressés. Ils coninicucenl que si les dits ordres ne présentent au Roy que des larmes, c'est la seule chose que l'avarice des partisans leur a laissé entière et sur laquelle ils n'ont pas encore inventé de tributs. Parmi les articles, il y en a un touchant les marais de Basse-Norluaudie qui énonce que M. le comte de Soissons en ayant obtenu cy devant le don, les peuples luy auroieut payé at cinquante mil livres, moyennant quoy ils auroient é subrogés en son lieu et place; que depuis M. le lan cellier ayant esté gratifié du mesme don, il s'en >croit départi incontinent que sa justice auroit esté a\ ertie du droit des dits peuples, et que néanmoins M. de la Potherie ne laissoit pas que de procéder à la vente tlos dits marais sur les réquisitoires de la Montagne Daton, soy disant procureur général de la commission (outre lequel il y a quelques autres plainctes en autre L'hose.

Le cahier lu, mon dict seigneur le Duc se leva pour [ireudre les advis des commissaires, et puis, réassis, pro- .nonça que les commissaires députés par le Roy avoieut 'ordonné que le cahier des Estais seroit veu après disner, n que cependant, et par manière de provision, les sommes ;(Iomandées par le Roy seroieut imposées et levées. Inconjtinent nous retournasmes chez mon dict seigneur le Duc, uu tous les commissaires disnèrent splendidement , et ipuis s'assemblèrent en la gallerie de son logis, et là, en jpréseuce des députés, et particulièrement du procureur des Estats, qui estoit debout et nu-tête derrière mon dict seigneur le Duc, le cahier fut examiné.

(1) Sans doute Roncherolles.

Sur l'arLicle des marais, comme je suis le penultiesme de rang, j'opiaay le second et dis que nous estions commissaires qui devions mesurer nostre pouvoir par noslre commission, laquelle ne va qu'à nous donner charge d'exciter le peuple à donner à sa Majesté ce qu'elle demande, et non point de des traire ce qu'elle a establi, contre quoy le peuple ne peut trouver de remède qu'en sa bonté ; qu'au fond, les marais et terres vaines sont régulièrement du domaine du Roy, contre lequel il ne faut jamais donner de provision ; que, si les peuples les ont acheplés, lorsqu'il m'aura apparu de leur achapt, j'estimeray que l'on n'y pourra plus toucher que par une revente, mais que, ne me paroissant pas de cet achapt, je ne pouvois estre d'autre ad vis, sinon que leur article fust renvoyé simplement au Roy ; plusieurs allèrent à renvoyer au Roy et sont d'advis de la révocation de la commission , et quelques uns à cependant sursir. M. de La Potherie fut vivement attaqué par le procureur des Estats et se deffendit bravement ; il y eut entr'eux un long et chaud colloque. L'affaire fut remise à aujourd'huy pour se mieux instruire du droict des peuples et y faire droict ensemble sur l'intervention particulière des achepteurs des marais de Garentan, qui demandent estre déchargés de leurs achapts. Nous verrons ce qui se passera.

Et cependant. Monseigneur, je persiste à vous représenter que telles assemblées de libertés sont extrêmement préjudiciables au service du Roy. Il m'a semblé que vos intendants de justice estoient sur la sellette pour respondre de quelque énorme crime. Il faudra bien à l'avenir frapper plus grand coup que par le passé pour lever la taille. Et le peuple ose maintenant tout, persuadé qu'il est de tyrannie, et tient les Iraittans pour exécrables et les commissaires ou intendants pour infâmes. Il faut tascher d'empescher que l'on n'imprime le cahier. J'en parleray à Monseigneur le Duc, qui me scauroit peut estre mauvais gré s'il cognoissoit que je vous eusse si ponctuellement |

adverti. Je suis et serai toute ma vie, Monseigneur, vostre très-humble et très-obéissaut et très-obligé serviteur,

La Fosse.

Rouen, 27 novembre 1643 (1).

A partir de celte dernière lettre, il y a une lacune de quelques mois dans la correspondance de La Fosse avec le chancelier; ce n'est que le 24 avril suivant qu'il lui rend compte du rapt de la fille d'un riche marchand de Rouen ; le coupable était un gentilhomme de la religion réformée, nommé de Courtonne, et cette scène de violence avait eu lieu à la sortie du temple de Quevilly.

Monseigneur , jeudi dernier, en plein midi, à la

sortie du presche de Quevilly, un gentilhomme appelle de Gortonne (sic)^ de la religion P. R., assisté de plusieurs autres armés d'armes à feu, attaqua un carosse dans lequel estoit la fille du nommé Haudouin, l'un de nos plus riches marchands, faisant profession de ladite relligion, qui n'a que deux filles, et a la réputation d'avoir vallant cinq à six cens mil liures ; laquelle fille le gentilhomme enleva à la veue de tous uos relligionnaires. Je poussay vivement l'affaire et fis sortir nostre cinquantaine aux trousses des violateurs, que l'on a bloqués, à dix ou douze lieues d'ici, dans une maison forte d'une dame qui a respondu de dessus ses nmrailles que tout ce qui se passoit estoit par le commandement de la Revue. Je ne le puis croire et continue mes pom-suittes, demeurant pour jamais, etc. (2).

(1) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, Docum. français, vol. XCIII, pièce n» 22, p. 73-77.

(2) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, n» 93.

Le 27 mai suivant, il annonce au chancelier qu'il poursuit le ravisseur :

Monseigneur, je poursuis la contumace contre le sieur de Gourtouue (sic) qui a ravi la fille mineure du nommé Hardouin, nonobstant que le dit Courtonne aye pris une commission du grand seau pour évoquer à cause de Jentilly {sic), avec déffenses cependant à ceste cour de cognoistre de son procès contre Haudouin, sans qualifier autrement leur procès, sans parler de moy, et sans que le dit Courtonne, après avoir commis un crime très capital, se soit mis en estât. J'ai creu que ceste commission avoit esté surprise de vostre relligion, en ce qui est des déffenses que vous n'auez point accoustumé de bailler es crimes atroces, que les accusés ne soient en estât et sans preiudice des instructions ; que si touttefois il y a quelque raison secrette qui vous face voulloir que les dittes déffenses tiennent, je m'arresteray incontinent que je me pomTay apercevoir de vostre désir, demeurant pour jamais, etc. (1).

Le temps était aux scènes de violence; cette fois c'est la garnison du château de Pont-de-l'Arche que La Fosse prend à partie :

Roueu, 26 juillet 1644.

Monseigneur,

Je vous ai donné advis par ma précédente (2) de l'insolence commise par la guarnison du cbasteau du Pont-de- Larche. Maintenant je vous envoyé les procès verbaux de M' de Montenay comme commissaire, et du sergent qui avoit esté emprisonné et a esté délivré, par ou vous verres la plus effrontée violence qui se puisse point imaginer.

(1) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, n" 93.

(2) Elle manque dans le recueil.

• Nos juges ont, au commencement, procédé avec plus de véhémence queie n'eusse désiré, et k présent je ne pense pas leur pouvoir faire trouuer bon (jue ie fasse assigner à ban les soldats descrettés de descrets de prise de corps ; c'est ainsi que nous procédons dans toutes nos alTaires ; nos commencements sont tousiours plus impétueux que de raison, et, dès que l'on nous a sollicités, il n'y a plus de justice (1).

L'affaire du sieur de Gunrlonne traîne en longueur; La Fosse, dans une lellre du 4 février 1G45, se plaint au chancelier des obstacles qu'on lui suscite :

Monseigneur, je reçois des importunités indicibles dans l'affaire que je poursuis extraordinairement contre le sieur de Courtonne et ses complices, pour le rapt par eux commis en la personne de la fille mineure du nommé Baudoin, et entre autres une grande foule de gentilshommes de qualité, à la teste desquels estoil M"" le président de Boutroudo (?), parent des accusés, me lendit un piège de . . . (2) sur le parlement en la présence et dans le cabinet de Monsieur le Duc de Longueville. Je me deffendis constamment sur la qualité et l'esclat du crime, et l'engagement de mon honneur, et enfin mon dit sieur le Duc, qui est fort sage et seroit fort aise d'obliger ceste noblesse engagée dans ma poursuitte, se résolut non pas de vous prier de faire ordonner une absolution, pour crainte de vous desplaire, mais bien de vous sentir là dessus, et faire ce qu'il pourroit auec addresse pour tirer le dit accusé de peine. De quoi, Monseigneur, je vous donne advis, affin que vous soyez préparé sur vos réponses envers un grand qui me paroist en tout vostre ami. Cependant je poursuis sans cesse. Le père de la fille rauie, qui est d'accord, sollicite fort et ferme pour le ravisseur.

(1) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, n" 93.

(2) Illisible.

Nos juges ne me donnent rien qu'à force de sollicitatious (1).

Enfin, La Fosse a le dessus dans l'affaire de Courtonne; il s'applaudit de ce succès :

Monseigneur, enfin le S^ de Courtonne et ses complices ont été condamnés par nullité de mariage à servir le Roy quelques campagnes à leurs despeus et à neuf mille livres d'amendes solidaires. Le ravisseur se prétend remarier dès demain auen la ravie et demender à sa Majesté les dittes amendes. J'ai poussé l'affaire sur le rapt et ses peines et bien embarassé les parties et les juges. (Rouen, 15 mars 1545.) (2).

Une dernière lettre de La Fosse nous peint sous de tristes couleurs les mœurs du temps :

Rouen, 9 juillet 1645.

Je pensois auoir ces jours passés fait un grand chef d'oeuvre de mon mestier, ayant faict prendre et condamner à l'amende honorable et la mort un gentilhomme chargé et conuaincu d'auoir violé plusieurs femmes et particulièrement une jeune fille d'honneste vie, en plein midi, dans une maison d'où ces te panure fille esLoit allée visiter la maistresse que ce perdu, assisté d'un complice, jeta dehors et ferma la porte par derrière. Cette malheureuse fille résista par l'espace de trois heures, inuoquant à son aide Dieu et la Sainte Vierge , à quoy ces pcndards repartirent auec des juremens exécrables. Ayant violé la fille, qu'ils laissèrent évanouie et baignée dans son sang sur les carriaux, ils tuèrent, quelques jours après, aussy

(!) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, no9J. (2) Ibid.

en plein midi, dans une maison et à la face de plusieurs personnes, le père, pour ce qu'il avoit osé s'en plaindre, et ce d'une infinité de coups d'un baston qu'ils luy faisoient baiser et adorer en l'assommant, et d'un coup de carrabinc à bout touchant. D'abord que cet abominable fut pris, les sollicitations puissantes d'un de nos grands chambriers parurent ; je redouMai mes soings, et l'accusé ayant esté condamné comme dict est au présidial de Caen, et s'estant porié pour appellant, n'y ayant que moi de partie et le domaine estant deschargé des frais de justice, l'aduocat dn Roy dudit lieu, eschauffé par ma rethorique, fournit, je ne sais comment, quatre cens liures au vice-baillif de Bayeux pour conduire icy le prisonnier, ce que le dit vice-baillif, jeune homme plein de cœur et qui a faict beaucoup d'autres bonnes actions à ma prière, effectua courageusement, nonobstant les diuerses embusches dressées pour l'enlèvement. Lu dit vice-baillif ne fust pas plustost arriué icy, qu'il trouva que l'on luy avoit préparé un procès pour une niche, en haine de ce qu'il avoit faict contre le dit accusé. L'on m'eust bravé en la personne du dict vice-baillif, si je n'eusse faict le brave et dict hautement, à la conférence du parquet, que le dict vice-baillif estoit l'officier de toute la Basse Normandie qui servoit le mieux le Roy; que je ne souffrirois point que, par des querelles d'Allemand, on se vangeast de ce qu'il auoit faict sous mes ordres pour le bien de la justice, et qu'on devoit s'asseurer qu'un arrest de la courue seroit pas son dernier jugement ; sur quoy les parties s'accordèrent par l'aduis de mes collègues ; ayant refusé d'estre l'un des arbitres, puis que je m'estois tant déclaré, j'entray dans la Tournelle et demanday auec modestie un ra- ^ porteur pour le procès de cest appellent. Tout le pallais ! et toute la ville, voire mesme toute la prouiuce, estoient aux attentes d'un grand exemple, lorsque l'un des plus considérables juges de ce criminel me vint dire qu'il méritoit trois fois la mort, mais qu'on avoit donné à Monsieur de Bucby, lem* confrère, son pardon et que l'on

n'avoit pas opiné sur la mort ou sur la vie, mais seulement sur la façon de prononcer, pour casser la sentence du juge, avec quelque bien-séance et conserver la vie, l'honneur et les biens au dit accusé , tellement qu'ils avoient prononcé l'appellation de ce dont, et néanmoins, pour les cas résultans du procès, avoient condamné l'accusé à avoir la teste tranchée, et conuerty cette peine aux gallaires perpétuelles, ses biens acquis et confisqués, qui est une façon de prononcer dont on use icy quelquefois, et que l'on s'asseuroit bien, me dist le dict juge, que le dit accusé avoit assez d'amys pour obtenir un rappel, dont Monsieur de La Morandière vous solliciteroit. Gest arrest a mis en cholère tous les gens de bien, et je plains infiniment les jeunes ofiftciers qui sont nourris de cette mauuaise eschole de jugements arbitraires.

Mais, Monseigneur, en voilà trop ; j'ay faict mon devoir et je dois croire que les juges ont faict le leur. Je prie Dieu qu'il donne sa grâce au criminel, contre lequel je ne vous escris, qu'afïin que vous soyez instruit et que vous ne me reprochiez pas de vous auoir laissé surprendre par ma connivense, lorsque l'on vous demandera son rappel. Son complice fut rompu vif il y a trois ans; peult estre que les juges ont esté ramolis par ceste considération qui en eust raffermy d'autres (1).

Passons à l'examen du recueirdes leltres écrites au chancelier Ségaier ; de tous les manuscrits de la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg, c'est sans contredit le plus utile à consulter pour l'histoire de nos provinces (2), car les dignitaires de tous les Parlements étaient en correspondance habituelle avec le chancelier.

(1) Bibl. imp. de Saint Pétersbourg, ii" 93.

(2) Ce recueil comprend quatre gros volumes; c'est le n" 114 de la collection des documents français.

Dans notre rapport sur notre mission en Russie (1), nous avons déjà fait à ce recueil de nombreux emprunts ; mais il ne renferme pour la Normandie qu'un petit nombre de documents.

Poursuivre Tordre des dates, nous commencerons par une lettre de W Busnel, lieutenant criminel à Bayeux, au chancelier; elle est datée du G juillet 1645, et nous y trouvons la preuve que les discordes religieuses étaient loin d'être pacifiées :

Monseigneur, il est arrivé un accident en ce pays, duquel j'ay cru vous devoir advertir pour ce qu'il regarde non seulement la justice, mais Testât de la religion. Jean DoUcbec, de la religion prétendue reformée, passant, le jour du S' Sacrement, dans Ti paroisse de Grammenille (Crasmeuil) (2), lut si téméraire que de mettre Tespée à la main, de grimper à la colonne de la croix et de renverser par terre le croisillon ou petite croix de bois que Ton avoit mise sur la dite colonne et qu'on avoit ornée de toutes sortes de fleurs pour honorer le S' Sacrement, et, non content de cela, avoit porté un coup d'espée dans la petite croix, disant, par un estrange mépris, aux passants qu'ils eussent à regarder si la croix saignoit ; puis, après, avoit pris les fleurs qu'il avoit données à trois demoiselles de la religion. L'information a justifié de tous ces faits. Il y a trois mois, il arriva en ceste ville un meurtre commis en la personne de Jeau Pernelle et un duel entre les nommés le chevalier de La Perroux et Conubis (sic). Le Parlement de Rouen a cassé le jugement rendu et renvoyé les parties à Gaen ; de là très fréquents duels ; il attend les ordres du chancelier (3).

(1) Deux années de mission en Russie. Imprimerie impériale, MDGCCLXVII.

(21 Commune du canton deBriouze, département de l'Orne. (3) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, n» 114, t. IV.

La lettre suivante de M. Letellier au chancelier Séguier (12 juillet 1619) est un nouveau témoignage de la persistance des querelles religieuses :

Le porteur de cette l'étiré est délégué par les habitans des villes d'Harfleur, Moutivilliers et des villages circonvoisius, faisant profession de la religion pre.eudue réformée, pour venir remontrer à la Heine qu'ayant voulu présenter requête au conseil pour être restitués contre un arrest donné par forclusion à l'encontre d'eux en faveur de Monsieur le président de No v ion en refondant les despenses, aucun de Messieurs les maistres des requêtes n'a voulu la rapporter, et que cela leur tourne à grand dommage, à cause que l'on presse extraordinairemeut le jugement du procès qui est au Parlement de Rouen entre le dit président et eux, duquel ils demandent l'évocation à cause de parenté. Sa Majesté désire que toute justice leur soit rendue.

(De Compiègne, dépêche signée.)

Voici maintenant une lettre du président Faucon de Ris au chancelier Séguier, datée de Rouen le 16 juillet 1649 :

Samedi dernier, à trois heures, plus de soixante personnes ont forcé toutes les portes des prisons , donné quelques coups d'espée au concierge et fait évader neuf ou dix prisonniers criminels, dont trois voleurs de grand chemin condamnés à mort, et les ont conduits hors de la ville. Cette affaire est mêlée de plusieurs circonstances importantes au bien dn Roy.

A bien des années de distance, les discordes religieuses, dont nous avons de loin en loin retrouvé

les traces, se reproduisent sous une autre forme. On en jugera par celte Icllre de l'abbé de Chaumonl (l) au chancelier Scguier :

Monseigneur, après vous avoir assuré que vous n'avez personne en aucun lieu où vos bieutaicLs vous ayent acquis des serviteurs, qui aye plus de passion pour voslre uloire que j'en ay, ny qui s'intéresse davantage à voslre iirospérité et vostre sanlé, soullrcz, s'il vous plaist, que je ')igne ma iaible supplii'ation au ])on droit de Messieurs los députés des cailioliijues d'Alençon ; je ne vous diray vieil de leur affaire, vos lumières y pénétreront en un instant, nous scavons ce (ju'elles peuvent faire, mais, Monsoigiicur, je croy que vous ne serez pas fasché que je NOUS aitprenne une peiite nouvelle de ce payscy (juivous doibt bien contenter et qui a quelque rapport avec la cause que j'ose "vous recommander, qui est que dans la vérification de vos lettres patentes portant deffences à Ions catholiques relligieux et laïques de se faire huguenots, le Parlement de celte province a jugé qu'encore ([ue cette clause, s'il y avoit une virgule, peut s'entendre ;i empescher touts les catholiques de se faire huguenots, néamnoins que sans explication ny modification elles dévoient estre vérifiées, quelque intention qui eust sa Majesté ; me permettrez vous après cela, Monseigneur, de vous demander avec respect si vos mots estant des oracles, NOS virgules ne sut pas mystérieuses et si quand vous les obmetlés, vous ne faites pas plus entendre aux gens les intentions du Roy que les autres ne feroient avec de longs discours. Je tiens ce que j'ay l'honneur de vous mander de M. Mallet, grand viquaire de M.l'archevesque de Rouen, qui a un respect tout particulier pour vous, qui ressent, comme il doibt, les grâces qu'il areceues de vos bontés dans les démeslés qu'il a eus avec les Jansénistes

(1) Auteur de plusieurs ouvrages de piété.

et qui pour vous dire quelque chose de plus a une si forte passion pour l'affaire des Carmélites que peut-être luy et moy viendrons nous à bout d'une négotiation que nous avons entreprise à leur advaiitage. Je n'ose vous en dire rien de plus particulier, car elle ne fait que de naistre presque, et jusques à ce qu'elle ait faict quelque progrès je croirois me faire défaut de vous en rien mander. Dieu la veuille bénir et nous conserver autant de jours et d'années que vous en mérités et que je vous en souhôte (1).

DE GhAUMONT.

Rouen, le 31 mai 1663.

La lettre qui va suivre a plus d'importance ; l'intendant de Caen Du Gué (2) y parle au chancelier d'un prêche de Pierre Du Bosc, le ministre le plus éloquent de la religion réformée. C'est à la suite de ce prêche et sans doute sur la plainte de l'intendant que Du Bosc fut exilé. La lettre de cachet, datée du 2 avril, lui enjoignait de quitter Caen et de se retirer à Châlons (3) :

Le commandement que vous me fistes en me donnant

(1) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, Docum, français, vol. CXIV, n''29.

(2) Du Gué, intendant de la généralité de Caen de 1661 à 1666.

(3) Dans la Vie de Du Bosc (*), c'est un nommé Pommier, apostat deMontauban, qui est désigné comme le délateur. Du Bosc vint à Paris et chercha à se justifler vis-à-vis de M. Letellier. A la suite de cette entrevue, l'intendant de Caen adressa une nouvelle lettre au chancelier, qui lui avait demandé d'écrire à M. Letellier en faveur de Du Bosc; Du Gué se couvre cette fois d'un ordre du roi et fait entendre au chancelier qu'il ne peut s'ingérer dans cette affaire.

(*) Vie de Du Bosc, p. 37.

les ordres pour aller en Basse-Normandie de veiller exactement à ce que la religion et la justice n'y receussent aucune ateinte ny aucune diminution et de vous avertir des choses qui pourroicnt survenir et estre entreprises contre la dignité et la vénération qui leur sont deues et que j'estimerois estre préjudiciales au repos des sujets de sa Majesté etpouvoir causer quelque division et scandale, m'impose la nécessité de vous escrire ce que j'ay apris d'un catholique que la curiosité appela au presche qui s'est fait en ceste ville le 27 janvier, dans lequel le ministre Du Bosc, après avoir blasmé la confession oriculaire et soutenu que tous les docteurs des catholiques romains avouoient qu'elle n'avoit jamais esté inventée par Jésus- Christ et qu'elle n'cstoit point fondée sur les Saintes Ecritures, dist :

Que cette confession n'estoit qu'une damnable invention pour pénétrer jusques au plus profond des affaires de famille.

Qu'elle estoit la malheureuse action où se machinoient les attentats contre les estats et la vie des potentats; que c'estoit l'abominable action où se formoieut les confidences et intrigues impudiques et dcshonnestes entre les confesseurs et les pénitentes; que le cœur et l'oreille du prestre en cette action n'estoit qu'un cloaque d'impudicités, qu'un retrait de toutes sortes d'abominations et une senline d'ordures et de vilenies.

J'ay cru, Monseigneur, que je ne pouvois laisser passer sous silence des propositions si capables de porter la populace à commettre des excès contre les personnes ecclésiastiques et que, je serois responsable des desordres qu'elles pourroient attirer, si je ne vous en rendois pas compte. Cet avis m'a esté donné en secret, j'ay pensé qu'il estoit de mon devoir de ne pas le faire éclater jusques à ce que j'eusse l'honneur de vous en informer et de recevoir vos commandemens. Je vous suppUe d'estre persuadé de la passion et du respect avec lequel je suis,

Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur (1).

Du Gué.

Nous voilà sorti des querelles religieuses du xyu» siècle. 11 nous reste à publier quelques lettres de Chamillart, de Louvois et de M. de La Galissonnière (2) ; ce dernier fut chargé, on ne l'ignore pas, de la recherche de la noblesse en Hau'e-Normandie. Nous donnons le pas aux lettres de Chamillart :

Au chancelier Séguier.

Bayeux, 16 janvier 1666.

Monseigneur, puisqu'il vous a plu me faire l'honneur de me témoigner que vous trouveriez bon que je vous rendisse compte de mes services, je prendray la liberté de vous dire quej'ay commencé la visite de toute l'étendue de mon département, dont j'auray l'honneur de vous informer lorsque je l'anray achevée ; j'ay appris dans la ville de Bayeux qu'il s'etoit passé depuis six semaines un meurtre commis en la personne d'un habitant qui avoit été domestique de feu M' Servien, evesque de Bajeux, et que vous aviez commandé aux juges de faire leur devoir. Je me suis fait représenter les informations; c'est une fort mauvaise action. J'ai fait scavoir au lieutenant criminel de Bayeux qu'il estoit de son debvoir de vous en rendre compte et qu'il avoit dû contmuer l'instraclion, puisqu'il n'y avoit point de deffeuse du Parlement qui l'ait obligé de surseoir la poursuite ; que c'étoit un abus, sous prétexte d'un appel de sa procédm'e sans aucunes

(1) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, Docum. français, vol. CIV, p. 234.

(2) Intendant de la généralité deCaen de 1666 à 1675.

défenses de la part de ses supérieurs, d'interrompre l'instruction d'un procès dont les preuves pouvoient dépérir; il m'a dit que s'il l'avoit fait, qu'il auroit eu uu veniat au Parlement de Normandie et que tel étoit l'usage. Je crois, Monseigneur, que cet usage abusif ne doit pas être toléré. Si, dans le cours de ma visite, j'apprends quelque chose qui mérite de vous être écrit, je ne manquerai pas de satisfaire à votre ordre et vous supplie de croire que personne n'est avec plus de reconnaissance et de respect vostre très humble et très obéissant serviteur,

Chamillart (1).

Voici maintenant deux lettres de Louvois au chancelier Séguier :

Saint-Germain-en-Laye, 28 juillet 1666.

Monseigneur, l'arrest cy joint du Parlement de Rouen a été présenté au Roy et sa Majesté m'a commandé d'a\oii' l'honneur de vous faire scavoir qu'elle souhaite que vous ne scelliez aucune lettre de grâce ni d'abolition en faveur des sieurs de la Fontaine et de Chantemesle et de leurs complices, condamnés parle même arrest, pour raison de meurlre et assassinat qu'ilz ont commis en la personne du feu sieur de Bourgenoil (sic). Agréez, s'il vous plaist, Monseigneur, qu'en m'acquitant de mon debvoirje prenne la liberté de vous asseurer qu'on ne peut être avec plus de respect que je ne suis, votre très humble et très obéissant serviteui-,

DE Louvois.

Saint-Germain-en-Laye, 28 juin 1668.

Monseigneur, il y a quelques jours que, sur l'advis qui fut donné au Roy par M. le duc de Montauzier, qu'au

(i) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg.

préjudice du privilège accordé au chapitre de Rouen, de nommer un criminel pour lever la fierté de Saint-Romain le jour et feste de l'Ascension, il avoit été rendu un arrest au Conseil privé, par lequel il étoit fait deffense au chapitre de nommer, au hénéfice de la dite fierté, un gentilhomme nommé de Merville (1), il fut expédié un arrest du Conseil d'Etat, le xiii^ du mois de mai dernier, au sens que vous le dictâtes et signâtes la minute et scellastes la grosse en même temps, par lequel il étoit déclaré que sa Majesté n'entendoit point empescher que le dict chapitre nommât et présentât au dit Parlement telle personne qu'il adviseroit en la forme accoutumée pour porter la fierté, et ce nonobstant tous arrests qui pourroient avoir esté donnés au contraire, en vertu duquel arrest le dit chapitre nomma le dict sieur de Merville, lequel leva la fierté, et le Parlement de Rouen confirma ladite nomination ; cependant, comme l'on a représenté à sa Majesté, de la part du siem* de Merville, qu'il a esté donné, le deux du présent mois, un arrest au Conseil des parties qui y est contrah*e, et que l'on lui a présenté le projet d'arrest cy joint, sa Majesté voulant que le dict arrest du Conseil d'Etat subsiste et tout ce qui s'est fait en conséquence, m'a commandé de vous adresser le dit projet, afin qu'il vous plaise. Monseigneur, de le signer ou tout autre que vous adviserez conforme à ce que je me donne l'honneur de vous faire scavoir des prétentions de sa Majesté sur ce subject, en sorte que le dit de Merville jouisse du bénéfice de la fierté. Je m'acquitte de l'ordre quej'ay receu de sa Majesté, et vous proteste en même temps que l'on ne peut être plus que je suis votre très| humble et très obéissant serviteur.

DE Louvois.

(1) Dans le journal du chancelier Seguier, il est question d"un .S' de Merville, gendarme de la compagnie de Richelieu, qui présenta des lettres d'abolition. V. Diaire du Chancelier, p. 197.

Terminons cette série par l'analyse de deux lettres de M. de La Galissonnière au chancelier Séguier. Dans la première (12 janvier IGGS), il lui annonce l'exécution laite à Kuuen d'un célèbre voleur, nommé Douglas; dans la seconde (l"mai 1GG8), il lui rend compte d'un attentat dont lord Glarendon, chancelier d'Angleterre, faillit être lavictitne: « Lors de son passage à Évreux, il logeait à l'hôtel de la Madeleine ; quelques Anglais en forcèrent les portes, l'arrachèient de son litet le Iraînèi'ent dans la cour pour le tuer; au moment où ils délibéraient pour savoir quel est celui qui aurait l'honneur de lui porter le premier coup, le président du présidial, M. Chevalot, assisté de quelques bourgeois, vint à son secours et fît désarmer ces scélérats. Menacé trois fois d'un coup de pistolet, qui heureusement ne partit pas, lord Glarendon était si ému que c'est à grand'peine qu'il put faire sa déposilion ; on le fit escorter jusqu'à Chartres. Le présidial d'Évreux se montra si indulgent dans la poursuite, que M. de La Galissonnière insista pour faire renvoyer l'afTaire à Rouen (I). »

La Normandie du xvn' siècle peut s'enorgueillir, ajuste titre, d'avoir donné à la France des historiens, des savants, des poêles et de grands peintres ; au x\ïf siècle, Moisant de Brieux, ne l'oublions pas, fondait l'Académie de Gaen, qui, de nos jours, tient encore si dignement son rang. On nous saura donc

(1) Bibl. imp. de St-Pétersboarg . (Autographe.)

gré de publier quelques lettres qui appartiennent à l'histoire littéraire de notre province. Les dates le voulant ainsi, nous allons donner la priorité à une lettre de lorientaliste Samuel Bochart (1), l'ami dHuet, le savant pasteur de rÉgiise réformée de Gaen ; elle est écrite en 1650 ; à cette date, Bochard avait [)u\)\\é S3i Géographie sacrée, ouvrage qui attira l'attention de la reine Christine et lui valut l'honneur d'être invité par elle à venir à sa cour; mais il ne put partir qu'en 1652; cette lettre est donc antérieure au voyage qu'il fit en Suède, en compagnie d'Huet; elle ne porte pas de suscription, mais elle est sans aucun doute adressée à Ménage (:2) :

Vous aurez reçu mes précédeutes écrites il y a bien huit jours pour vous dire que je ne pourrois me donner tout à fait à vous jusques au lundi suivant, et ce lundi la visite d'un parent de campagne qui a couché deux nuits ici m'emporta encore un jour. Depuis j'ay couru vostre livre avec un incroyable plaisir; j'y ai appris quantité de choses très recherchées et très agréables à scavoir; j'admire votre exactitude, qui ne laisse rien échapper de ce

(1) Les archives de La Haye renferment plusieurs lettres de Bochart et quelques lettres qui lui sont adressées, notamment des lettres de la reine Gl>ristine.

(2) xMénage publia d'abord une première édition de cet ouvrage sous le titre d'Origines de la langue française, Paris, 1650, in-4" ; ensuite il en prépara une nouvelle et meilleure édition, qui parut après sa mort, sous celui de Diclionnaire étymologique ; mais l'édition la plus estimée est celle de 1750, mise en ordre et augmentée par A.-F. Jault, avec les additions de Pierre de Caseneuve, du P. Jacob et de Simon de Valhébert. — V. Bhunet, Manuel du libraire et de l'amateur de livres, t. III, 2* partie, p. i61S.

qui se peut dire sur les mots que vous enlreprenez, et, chose plus ardue, à bien choisir entre diverses opinions, et voslre invention à découvrir lus terres encores inconnues. Cependant votre livre grossira encore de plus de moitié, car vous avez entrepris un travail qui n'a point de bout; plus vous vous approfondirez à la connoissauce des langues de nos voisins, et surtout de l'allemande, que nous méprisons quasi toutes, et plus vous trouverez de quoy augmenter votre ouvrage. J'en ay barbouillé toutes les marges, parce que vous l'avez voulu, et j'y ai fait des corrections qui auroient sans doute bien besoin d'autres corrections, et parce que je ne scay qu'une partie bien petite de ce qu'il faudroit scavoir pour y travailler avec succès et parce que j'élois sifjressé, tant par d'autres affaires qui m'appellent, que par la nécessité que vous m'avez imposée de vous renvoyer bientôt votre ouvrage, je u'ay rien fait qu'avec une vraie précipitation ; vous m'en excuserez donc, s'il vous plait, et me dispenserez pour ce coup de vous eu dire davantage, parce que le messager va partir ; je rechargerai plus à loisir lundi , Dieu aidant, par la poste ; donnez moi advis de la réception du livre, aussitôt que vous l'aurez reçu, je vous sup^ plie, pour me tirer de crainte où je serois que votre livre n'eut été bien adressé ; je vous avois prié, par mes présentes, de m'envoyer votre adresse ; depuis, je u'ay point eu de réponse (1).

De Bochart nous passerons à Mezeray, notre grand hislorien ; voici une quittance de lui qui fait honneur au cardinal Mazarin :

François Eudes de Mezeray, demeurant rue Montorgueil, près Saint-Eustache, confesse avoir reçu de M. le duc Mazarin, héritier et légataire universel de feu le car-

(1) British Muséum, coUect. Egerton, Miscell. Lettres, n» 17.

dinal Mazarin, la somme de quinze cents livres, pour une année par advance de la pension viagère à lui accordée par le dit feu seigneur Cardinal, par son testament (1).

A côléde celle quiltance, plaçons une longue leltre de Mezeray, que nous avons copiée à Sainl-Pélersbourg ; elle a déjà élé publiée, nous ne l'ignorons pas, par M. Edouard Gardet, d'après une copie rapporlée de Russie, ainsi que la nôlre ; mais il n'en aété tiré qu'un pelit nombre d'exemplaires, et, à ce titre, elle mérite d'êlre reproduite (2) :

Monseigneur, la liberté qu'il a plu à Monseigneur me donner de luy escrire, m'est un si grand honneur que je ne ferois tous les jours autre chose, si je pouvois apprendre ou produire des choses qui fussent dignes de luy eslre escrites. On ne parle à Paris que du légat (3) et des rentes de l'hostel de ville ; le clergé s'est assemblé ce matin chez monseigneur l'archevêque de Paris (4) pour délibérer des ordres, rangs et marches qu'il faut tenir pour le recevoir ; j'y ay veu cinq ou six evesques, mais je ne scay pas ce qu'ils ont résolu. Un abbé m'a dit que quelques évêques qui les sont allez voir les premiers ont eu le fauteuil aussi bien que luy, qu'aux seconds il a pris un siège pliant et leur en a donné un ; aux troisièmes il a donné le pliant et a pris le fauteuil. Monseigneur n'ignore pas les régales qu'on luy a faites à Vincennes, à Ruel (5), à Maisons (6).

(1) British Muséum, collect. Egerton, n° 18673 (Original signé),

(2) Cette lettre a été publiée sous ce litre: Un courrier de Paris en 1664 (Paris, Poulet-Malassis, 1859).

(3) Le cardinal Chigi, envoyé en mission extraordinaire parle pape Alexandre VI.

(4) Hardouin de Péréflxe.

(3) Maison de Plaisance de la duchesse d'Aiguillon. (6) Résidence du premier président de Novion.

:li

Il se trouva quantité de daines à Maisons et la fille de M. le président de Novion ne manqua pas de luy dire sur ce sujet des choses assez ingénieuses qu'il récent delà bonne sorte, car c'est un prélat fort galant et l'on a remarqué qu'il est tout à fait spirituel auprès de ce beau sexe, en telle sorte qu'il a des compliments particuliers pour chascune et qui les flattent sur ce qu'elles ont de plus beau et de plus agréable, et s'efforce en toutes choses de vivre et de traiter à la francoise. Il est venu avec luy un homme qui fait a merveille de toutes sortes d'eaux potables qui charment trois sens à la fois, la veue, le goût et l'odorat ; après cela nos vendeurs de limonades et de rossolio n'ont qu'a fermer leurs boutiques. Le pas(fuin de Rome dit toutes les semaines quelques bons mots sur cette légation. Je laisse à part ses insolences, mais on trouve celui-cy assez bon et point criminel. Qiiando le corone sono bene infiltate é strelto il paler. L'allusion est sur le mot de Corone qui en ce pays là signifie quelquefois chapelets, et sur le mot Pater qui signifie le gros grain de la dizaine du chapelet et le saint père, et cela veut dire au sens litéral, quand les chapelets sont bien enfilez, le pater est serré entre les grains, mais au figuré, quand les couronnes d'Espagne et de France sont bien unies, sont dans un même sentiment, le Pape est fort à l'estroit. En effet, l'union paroit grande entre ces deux couronnes dans Rome, le cardinal d'Arragon et monseigneur de Gréquy se donnent toutes les démonstrations d'amitié que l'on se peut imaginer.

Les assemblées qui se font à l'hostel de ville et en quelques maisons particulières ne tendent toutes qu'à de très humbles supplications pour implorer la miséricorde du Roy. Il ne s'y est entendu que des paroles de respect et de soumission, mesme comme c'est à la mode à Paris de mettre tout en chansons, ils en ont fait une galante sur le sujet de ces rentes.

Dans Fempire d'amour le desordre s'est mis,

Dorize, Celimene et Filis

En sont dans l'espouvante, Beaucoup n'ont déjà plus que mespris pour leurs loix, Et chacun crie à Lausle voix :

Amarante, Amarante!

Monsieur Berrier (1) aura dit sans doute à Monseigneur comme avant hier Monsieur des Hameaux prit possession de la cure de Saint Pol, les marquilliers l'assistant, les orgues sonnant, le peuple trépignant et disant : 11 faut que les Normands le cèdent aux Manc .aux. Aussi un Manceau vaut an Normand et demy. Je me trouvay en ce ■J quartier là et je vis la fin de la faste.

On a plaidé hier malin la cause du mont Valérian ; jamais Monsieur Langlois qui parloit pour les deppossedez contre les jacobins ne fit mieux, tout l'auditoire luy applaudissoit et avoit peine à retenir les exclamations, principalement sur la description au naturel qu'il a fait de l'irruption monacale de leurs habits, de leurs armes, de leurs noms de guerre, entre autres celay de père Jean des Entonneurs, et celui de père Christophe Gogne-Fort, tout cela bien justifié par les procès verbaux et informations, de sorte qu'on ne peut luy reprocher d'avoir rien adjousté au fait, si ce n'est quelques fleurs d'éloquence, et quelques passages si bien appliquez qu'on eust dit qu'ils faisoient partie de la chose mesme. Au sortir de là les clercs et plusieurs marchands mesme ont jette force reproches et quolibets à ces bons pères Jacobins qui ont souffert tout cela ;, pour l'amour de Dieu et supporteroient bien plus facile- v,

m (1) Louis Berrier, fils d'un greffier de« eaux et forêts de Domfront

et de Renée Hameau; il dut sa fortune au surintendant Foiiquet. il

avait acheté de Gliristûpiie de Hall y la l^M-re et cointé de La Perrière.

Son liLsaîiié, Jean-Baptiste-Loiiis Beirier, conseiller d'Ëlat et doyen

des inaitres des requêtes, épousa Catherine Potier de iNoviun. Son

petit-fils, Nicolas-René Berrier, fut ministpe sous Louis XV. — V. les

Annales de la Cour el de Paiis pour l'année 1697 (Amsterdam, 1706,

p. 214). Louis Berrier et son fils n'y sont pas ménagés.

ment tous ces dicturas que celui d'un arrest qui les depossederoit de leur uioutagne (1).

Je ne doute pas que M. Picot ne mande exactement à Monseigneur tout ce qui se fait touchant l'affaire de ce Philippe Plardy qui a élé si ingénieux de trouver les moyens de se faire prendre ; il n'y a rien oublié du tout; il y a plus de vingt ans qu'il y travaille et s'y est pris par toutes manières; à la fin je crois qu'il en viendra à bout. Il avoit grand commerce pour les fausses lettres avec le procureur du rot d'Argentan et je scay de gents du pays qu'il lui envoyoit assez souvent des arrests du conseil et austres letrcs du grand sceau, entre autres un certain arrest pour disjoindre deux charges; si on le faisoit rapporter, peut-être qu'il se trouveroit delà fabrique de Hardy. S'il ne s'agissoit en cela de l'interest de Monseigneur, pour lequel je dois avoir plus de considération que pour toute autre chose du monde, je ne luy en parlerois point.

On m'a escril de Hollande que l'on espère bien de la paix que les estatz négocient avec l'Angleterre, que si quelque chose la rompt, ce sera l'animosité de la ville de Londres qui désire si fort la guerre, qu'elle offre de la faire à ses despejis. Pour le roy, il a tesmoigué à l'ambassadeur de Hollande qu'il n'en veut pas du tout à Messieurs les Estats, mais seulement aux compagnies. C'est une distinction plus que scholastique.

Je visdesevesquesempeschez pour dresser leur mendement sur la souscription du formulaire. Ils ont peur de n'en dire pas assez et à en dire trop. Je pense qu'ilz seront obligez, de peur des embarras, de suivre le conseil de Seneque, qui dit qu'une loy ne doit point discom^ir et qu'ainsy ilz le feront sans raisonner, court et en termes impératifs. Ces libelles de Port-Royal n'y auront point de prise.

(1) V. un petit poème intitulé : Le Calvaire profané, ou le mont Valérien usurpé par les Jacobins, par Jean Duval, professeur au collège de Séez, 1664. — V. Mémoires hist. sur Alençon, par Odolant Desnos.

Il est venu un livre d'Angleterre qui porte pour titre : Romie Ruina final is ; c'est un in-quarto en lettres fort menues, je ne l'ay fait qu'entrevoir, car on ne me l'a point voulu confier. Je pense que c'est une fort meschante drogue.

On a ce matin donné arrest au Parlement sur le différent de mesdames de Garignan et de Nemours touchant l'hostel de Soissons (1). Il a esté laissé à l'option de madame de Garignan de prendre le lot qu'elle occupe en donnant cinquante mille escus ; ou dit que par ce moyen elle a gagné son procès, mais il faudra trouver cet argent, sinon les lots seront tirez au sort. M. Gauthier (2) a fait des merveilles pour elle, c'en est une fort grande de le voir plaider avec ceste verdeur à l'âge de 71 ou de 72 ans, et d'avoir encore avec cela des jeunesses et non seulement du feu, mais de la flamme.

J'ay appris avec quelque desplaisir que M. Sorbière(3) avoit eu ordre de la Gour de se retirer à Nantes ; or, M. le dit que cet exil procède de quelques plaintes qu'ont faites les agents du roi de Dannemark, de ce qu'en un livre qu'il a fait de ses voyages, il a parlé en termes de compassion de je ne sais quelle dame criminelle d' estât qu'il avoit trouvée dans un port ou chasteau de ce pays là. Si sa faute n'est que cela, il peut espérer d'en obtenir pardon.

Feu Monsieur de Guise (4) ayant fort aimé les belles lettres et liiy même composé l'histoire de son entreprise de Naples et fait quantité de fort beaux vers, les poètes se sont exercez a luy dresser des éloges et des épitaphes ; j'ay joint à ce mémoire un sonnet de l'incomparable M. Gorneille, etmoy mesme,bien qué'je ne sois pas poète, néant-

(1) Bâti par Pierre Lescot pour Catherine de Médicis. (î) V. BoiLEAU, Satire X.

(3) Auteur d'un Voyage en ^l??^/^^^^?^ rare et estimé.— V. Brunet, Manuel du libi^aire.

(4) V. Mémoires du duc de Guise.— Le Duc de Guise, par Pastoret.

moins excité par le souvenir de l'affection que ce prince a eu la bonté de me tesniuigner, comme j'ay sceu qu'on vouloil faire un recueil de ces pièces, je me suy seuty esmu d'un grain de folie et j'ay rimé le sonnet que voicy, une nuit que je ne pouvois dormir.

Page 1