CHAPITRE III
rinvocation du moine Hélarius, qui prêcha le premier le christianisme dans Tlle, avait pour patron Tabbé de Saint-Sauveur-le-Yicomte, qui prenait la moitié de la dlme. L'abbesse de Caen en avait un quart. SaintrHélier rapportait 50 livres en tout.
En faisant l'addition de tous les chiffres, on trouve que les douze paroisses de Jersey payaient au clergé catholique une rente annuelle de 468 livres tournois. Pour calculer ce qu'était le poids de cette charge, il faut se rappeler que Tile ne comptait pas alors plus de deux mille habitants. La livre tournois avait à cette époque une valeur considérable qu'il est difficile de iixer. Il suffira de remarquer que la dlme, bien qu'aliénée en grande partie par le roi. d'Angleterre Charles II, rapporte encore de nos jours 1,500 livres sterling au gouvernement anglais, qui, dès le xiv* siècle, s'est approprié les revenus du clergé catholique. En prenant ce chiffre amoindri de 1,500 livres sterling comme point de comparaison, on peut donc affirmer hardiment que 468 livres tournois au xiv"" siècle valaient au moins quarante mille francs de notre monnaie.
Cela n'était que le revenu fixe. Le clergé touchait, outre la dlme, un revenu variable, beaucoup plus considérable que l'autre. Ainsi, à Jersey, chaque église avait son trésor particulier, composé de trois sortes d'offrandes : 1° la charité, dons gratuits et legs testamentaires; 2« lesobits^ achats de messes perpétuelles; 3* lesfréerics, fonds spéciaux votés par des fidèles associés pour ache-
ter en commun certaines prières eitraordinaires ou un tombeau dans Téglise.
Outre les douze églises appartenant au clergé séculier, le catholicisme s*était fait construire à Jersey pour son clergé régulier une maguiûque abbaye bâtie sur le rocher où le moine Hélier avait été massacré, quatre prieurés, le prieuré de Noirmont, le prieuré de Saint- Clément, le prieuré de Bonne-Nuit, le prieuré de Lecq, et plus de vingt chapelles * .
Voilà la part de biens temporels que l'Église s'était faite dans cette pauvre lie de pécheurs. Qu'on calcule, proportion gardée, ce que devaient être ses revenus dans les riches royaumes du continent. Cependant ce ne fut pas assez d'avoir acquis tous ces biens et d'être devenue la puissance la plus opulente du monde. L'Église ût proclamer inaliénable la propriété ecclésiastique. Vivante pour recevoir, la main des prêtres du Christ fut déclarée mor(r pour donner. Ses domaines furent appelés mainmor tables. Elle consentit à prendre, jamais à rendre. Pendant des siècles, toutes les richesses
^ Toas ces monuments sont aujourd'hui détruits. L'historien jersiais Falle, qui écrivit en anglais une histoire de l'île, raconte qu'il a encore vu deux de ces chapelles au siècle dernier : la première était la chapelle de Notre-Dame-des-Pas, construite sur un rocher dans cette petite baie si connue des proscrits, qu'on appelle aujourd'hui Havre-des-Pas . Cette chapelle avait été construite sur le lieu même où la bonne Vierge était apparue aux' pêcheurs de l'endroit. M. Falle a pu retrouver sur le rocher la trace des pas de la Vierge qu'on voyait de son temps. L'autre chapelle était celle de la Houguebie, bâtie à l'endroit où un certain seigneur de Hambie fut dévoré par un dragon. Sur les ruines de cette chapelle a été construite au siède dernier une tour d'où l'on domine l'île entière.