CHAPITRE IV. 4>l
langues différentes, Tune la langue scaudinave ou ger^ manique, Faufre la langue latine; toutes deux reposant au fond sur le même système, la mutilation de la famille et de la propriété ; l'une la société aristocratique, sacri- 6ant le droit dés puînés à la* conservation du fief, donnant, dans le partage des successions, tout ou presque tout h Tatné, et contestant leur part d'héritage aux plus nombreux; l'autre la société ecclésiastique, faisant du célibat son essence même, mettant d'un côté les femmes, de l'autre les hommes, et défendant à l'individu de posséder; la première ayant potir origine la loi agraire, la seconde ayant pour résultat le communisme; toutes deux vivant dans Toisiveté matérielle, l'aristocratie méprisant le travail comme chose dérogeante et l'interdisant à tous ses membres pour ne leur accorder que le droit de combattre, c'est-à-dire le droit de détruire; la théocratie niant la liberté humaine et les œuvres; c'est-àdire ôtant au travail son ressort et cherchant le salut de riiomme dans la grâce; toutes deux, par conséquent, consommant sans produire, nourries par le peuple conquis> faisant bâtir à celui-ci l'une ses cathédrales, l'autre ses châteaux, lui imposant l'une la d)me, l'autre la corvée, le service militaire, les droits seigneuriaux — castes vivant sur une nation.
Ainsi apparaissait le monde nouveau à l'aurore de la féodalité. D'un côté les vainqueurs et les prêtres, c'est-èdire les seigneurs laïques et ecclésiastiques ; de l'autre les vaincus, c'est-à-dire les serfs. Entre les vainqueurs et les
vaincus, on ne voyait pas encore de classe intermédiaire.
Cette classe intermédiaire, comment se forma-t-elleen Normandie? Nous allons le voir.
J'ai dit que toutes les coutumes féodales qui réglaient la transmission de la propriété étaient fondées sur le droit d aînesse. C'était là en effet le principe général. Mais la coutume normande, beaucoup plus libérale que la coutume de France et que presque toutes les coutumes barbares, tout en consacrant le principe, admit cependant les frères puînés, dans une certaine limite, au partage de la succession paternelle. Ainsi, dans la répartition de f héritage en Normandie, quand il y avait deux ûefs, Tun, fief noble, c'est-à-dire relevant des ducs souverains par foi et hommage; l'autre, fief libre, c est-à-dire exempt des charges féodales, comme aussi des privilèges seigneuriaux; le frère aîné prenait de droit le fief noble, duché, comté, baronnie ou fief haubert ; les cadets se partageaient le fief libre et devenaient ce qu'on appelait des francs tenanciers. Quand il y avait plusieurs fiefs nobles, Talné devait choisir celui qu'il préférait, mais les putnés choisissaient à leur tour, chacun par rang d'âge, %n fief parmi les fiefs qui restaient, et, portant chacun le titre de leur seigneurie, demeuraient dans la classe aristocratique. Enfin quand il n'y avait qu'un fief dans la succession^ l'alnéle prenait, mais à la condition de partager entre ses puînés un tiers des revenus du fief pendant leur vie. C'est ainsi qu'avait lieu la répartition des immeubles. Quant aux meubles, la coutume normande repoussait