CHAPITRE VIL
saieuf subsister s'entendaient pour leur interdire toute part aux affaires politiques : elles avaient tous les devoirs et pas de droits.
Cependant, dans toutes les contrées voisines, le peuple avait déjà conquis la liberté politique. En Angleterre, dès la seconde moitié dû xuf siècle, les villes s'étaient insurgées à la voix du comte d'Essex, et avaient fait signer à la monarchie les fameuses Provisions (T Oxford. Le statut d'Oxford que le parlement insensé (mad parliamenl] fit jurer à Henri III, avait rappelé la dynastie britannique a Tobservation plus rigoureuse de la coutume normande, en stipulant pour chaque comté l'élection de quatre chevaliers assesseurs du grand-juge national, et la convocation du parlement, trois fois par an. Ce parlement convoqué trois fois par an, où les députés de la noblesse, du clergé et de certaines grandes villes devaient exposer leurs griefs, était k la nation anglaise ce que les chefs-plaids d'héritage, tenus également trois fois par an, étaient au bailliage normand. Sous Edouard I*', la convocation changesf de forme ; et au lieu d'être une assemblée unique oà les représentants de la noblesse, du clergé et du tiers état, se réunissaient en commun, le parlement fut désormais divisé en deux chambres distinctes, la Chambre des Lords, où siège encore aujourd'hui l'aristocratie laïque et ecclésiastique, et la Chambre des Communes, où les villes et les bourgs envoient actuellement encore leurs députés. En France, les communes avaient été appelées à la vie politique presque à la même
époque; quand la royauté, dans sa guerre avec la papauté, avait voulu s'appuyer sur le peuple, Philippe le Bel avait convoqué les États généraux et fait siéger, à côté des représentants de la noblesse et du clergé, les délégués du tiers état. Les États généraux devaient être pour la France ce qu'était le Parlement pour l'Angleterre.
A Jersey, le xui* siècle, le xiv% la première moitié du xv^ s'étaient écoulés sans que les communes de l'Ile eussent participé à cet affranchissement général. Elles avaient toutes leurs franchises municipales, mats elles n'avaient pas encore leurs droits politiques.
Pour accomplir une pareille révolution, il fallut un événement extraordinaire. La guerre de Cent ans venait de finir; les Français avaient, après un effort séculaire, reconquis toutes leurs provinces, la Normandie, la Guyenne, le Poitou, etc. En 1461, entraînés par leurs victoires, ils envahirent à leur tour les Anglais comme les Anglais les avaient si longtemps envahis. Les Normands, commandés par leur grand-sénéchal, Pierre de Brézé, comte de Maulevrier, firent une expédition contre Jersey, et s'emparèrent, au nom de Louis XI. du château de Montorgueil et des six paroisses occidentales de Tile. Cette occupation dura jusqu'en 1467.
Tous les historiens anglais et jersiais qui ont raconté cet événement n'ont pas manqué de crier à la trahison. Eh bieni c'est à cette trahison que Jersey doit l'avénement de ses communes à la vie politique et la création