La Normandie
I.PS origines. ■- Doscription géograi-liique de la Non.iandio. - Roiion. - Expédilioiis des Noiinaii(!<
Hasting lepirate.-Trailé de Sainl-Ciair sur TEpte; Charles le Simple rérie a Roiion le duriiédeNormaiidie-
Mnrt de Roiion, premier dur de Normandie -Guillaume Longue-Épee, deuxième duc- Guillaume vieui
en aide à Louis d'Ontre-mer, roi de France.— Il fonde l'abbaye de Jumiéges— Guillaume Longiie-
Épée est assassine par .\rnould. — Richard-sansPeur, troisième dur.- Il érhappe à la lulelle
du roi de France.— .\igrold le Danois —Traite entre Louis d'Outre-mer et le ducRirliard.
— Hugues le Grand. - Il nomme Richard II tuteur de sou tils Hugues f.apei.
— Mort de Richard-sausPenr.
L'histoire de la Normandie est une des plus belles histoires qui se puisse écrire. A force de gloire, de richesse et de génie , cette belle province a conquis sa place dans les annales du monde. Vaste contrée, terre féconde traversée par tant de races diverses :
vous y retrouverez tout à la fois le souvenir des Germains et des Scandinaves; des ennemis pour la France et des alliés fidèles; des barbares, qui se rencontrent tout d'un coup; de rares législateurs, des poètes inspirés, de
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i^raiuls artistes. Les plus çïraves événements se sont accomplis, des monuments illustres se sont élevés sur celte terre bénie du ciel. Les vieux âges y vivent encore dans leur sévère élégance, dans toute la majesté de leurs souvenirs. Terre féconde en vieilles ruines, en frais paysages; également chère à l'historien et au peintre, jamais elle ne sera trop célébrée. Le voyageur qui passe la salue avec enthousiasme ; l'amateur des ruines s'agenouille avec respect devant ces débris solennels ; le poëte lui demande ses inspirations les plus naïves, le paysagiste , ses aspects les plus charmants. A chaque pas, dans le passé et dans le présent, vous rencontrez un grand monument ou un grand homme : tantôt c'est un château fort qui vous arrête; tantôt une sainte abbaye; aujourd'hui un champ de bataille, le lendemain quelque tombeau qui a perdu même le souvenir du mort couché là. A chaque instant, c'est un prince illustre dont il faut dire la biographie, car tous ces ducs de Normandie sont presque autant de grands hommes hardis, braves, justes, populaires; ils tiennent l'épée et le sceptre d'une main ferme; ils fondent leur puissance par la volonté et par la victoire. Un autre jour, vous vous mettez à contempler des débris sans forme et non pas sans grandeur, des restes de monuments qui n'ont pu être bâtis et renversés que par des géants : incroyable pêle-mêle de gloire, de vanité, de force, de misère ! Mais c'est là justement ce que recherchent le peintre et l'historien : des ruines, des souvenirs, des rêves.
Quoi d'étonnant! Dans la nuit des temps se perdent ces origines. Que signifie ce mot Normand? Autant vaudrait expliquer pourquoi les Celtes s'appelaient des Celtes. Normands, cela voulait dire, dans les chroniqueurs du moyen âge, les Danois, les Suédois, les Norwégiens, tous les ravageurs de provinces qui ont désolé si longtemps l'occident et le midi de l'Europe. Au dixième siècle, l'Europe entière avait appris par leurs ravages à reconnaître les Normands. C'étaient des pirates venus du Nord: le soleil de l'Europe et sa belle terre féconde les appelaient à la conquête. Ces hommes de fer arrivaient du Danemark, de la Suède, de la Norwége , de toutes les neiges, de toutes les tempêtes. Pendant dix siècles ils avaient vécu à la pointe de l'épée; mais enfin, quand ils eurent fait leur part sur la bonne terre, et leur place au soleil, ils devinrent à leur tour un peuple, une nation, une civilisation tout entière. Comme tous les hommes nés pour la guerre, vous retrouvez ces rudes soldats dans toutes les expéditions et dans toutes les entreprises difficiles. Ils s'agitent sur toutes les côtes de la mer du Nord, dans 1rs îles Britanniques et même en Irlande. Quelque soit le nom qu'on
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leur donne, ils en l'ont un nom terrible : Anglo-Saxons (449), Danois ;8oi2), Normands-Danois (71)o). Leur nom véritable, c'est celui de ravageurs de villes et de provinces, le surnom d'Allila lui-même, le fléau de Dieu et des villes auliques. Telle est celle abominable liisloire avant le dixième siècle. C'est un bruit, un pêle-mêle à ne pas s'entendre; c'est un nuage à ne rien voir, ce sont des crimes et des meurtres qui nous sembleraient impossibles écrits partout ailleurs; mais le moyen de nier tant de ravages, tant de violences, tant de sang répandu!
La province de INornumdie est bornée au nord par la Manclie, à l'est par la Picardie et l'Ile-de-France; au midi par le Perclie, le Maine et une partie de la Bretagne; à l'ouest, enlin,par l'Océan, la plus belle des limites. Celte province, illustre entre toutes, est un démembrement de la France occidentale (ancien royaume de Neuslrie) qui se composait de tout le territoire compris entre l'Escaut, la Meuse, la Loire et la Bourgogne. Les rois francs de la première race étaient 11ers à bon droit de celte partie importante de leurs domaines, occupée par diverses peuplades gauloises ; ceux du Vexin, ceux du pays de Caux, ceux d'Evreux et de Lisieux, ceux de Bayeux, de Valogne et de Coutances, ceux d'Avrancbes et de Séez; tous Gaulois dans le fond et dans la forme, tous soldats ou laboureurs, païens qui sacriliaient des victimes bumaines à Tentâtes et des taureaux à Jupiter. César les avait domptés , les rois francs s'en emparèrent; Clovis en fit des cbréliens et des esclaves, Charlemagne les éleva à la dignité des peuples libres. Mais les fils de Cbarlemagne, enfants indignes d'un tel père et d'un si vaste empire, ne surent conserver, ni pour eux-mêmes ni pour leurs peuples, les libertés conquises parle grand empereur. Cet empire de Cbarlemagne, fondé par le génie, que le génie seul pouvait sauver, allait croulant sous son propre poids, lorsqu'une révolution subite vint rendre à ces peuples l'énergie et la vigueur qui sauvent et qui réparent les monarcbies. L'arrivée des Normands dans celle partie des Gaules réveilla la France entière. Rollon, le premier des ducs normands, fut, à vrai dire, le sauveur de ces contrées ravagées par lui et par ses pirates avec tant de fureur. La biograpbie de ce prince est tout un poëme. Il élait le sujet et le parent de Harald, roi de la Norvvége. Sa taille était si liante, que pas un cbeval ne pouvait le porter, et qu'il cbeminait toujours à pied, ce qui le fil surnommer Uoll leMarcheur. De pareils sujets le roi Harald se fût passé très-voloutiers : aussi saisit-il la première occasion d'exiler Roll le 3Iarclieur de h Norwége. Le jeune aventurier eut bientôt pris son parti de cet exil ; il appela à son aide toutes les ambitions et tous b's
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courages, el les voilà qui niellent à la voile, pleins d'espérance el pleins (l'ardeur (87G). Une lenipêle (de ces tempêtes qui prouvent bien ^we Dieu i-ouf/la où il veul) jeta la llolle de RoUon à renihouchure de la Seine, et il la remonta jusqu'à Juniiéi^es, à cinq lieues de Rouen, dans les limites nouvelles du royaume de France. Invasion trop facile, il est vrai; mais comment donc Charles le Simple, le faible descendant de Charlemagne, eût-il pu, seul contre tant de forces réunies, roi de peuples énervés, attaqués par un peuple jeune el superbe, protéger tout ce royaume qui s'en allait cà el là en mille parcelles? Nul ne se voulait défendre, pas plus que le roi. Les barbares, une fois sur le rivage, agissaient comme des maîtres. Ils brûlaient, ils brisaient toutes choses; ils prenaient les villes, les maisons, les hommes , la terre; ils prenaient loul. Ils étaient poussés par le vague instinct qui pousse les grands peuples. Ils arrivèrent ainsi sous les murs même de Rouen, la capitale de l'antique Neuslrie , et la ville éperdue ne rencontra pour la défendre que son archevêque, qui osa seul se présenter à ces païens du Nord.
Le pr(''liil s'avança donc jusipTà .liimit'ges; là il se Irouva l'ace à lace
;>vec Rolloii, trappe lui-niêiiie de ce courage chrélien qui , dans une circonstance plus difficile, avait sauvé la Rouie chrétienne. De Kollon et de l'ardievèque voici lu trêve.
La ville ne se rendait pas aux Normands, mais elle leur ouvrait ses portes; elle les traitait en amis, leur offrant le pain et le vin, et le toit hospitalier; elle restait lidèle au roi de France, dont elle attendait l'aide et l'assistance, llollon accepte avec joie une proposition qui lui faisait reconnaître la capitalefuturede son duché. Lui et ses capitaines, ils font leur entrée triomphante dans ces murailles dont ils seront hientôt les maîtres. Les hourgeois de Uouen applaudissent à la honnemine de ces handils,nés pour commander. Les Normands parcoururent dans tous les sens cette opulente cité déjà toute préparée pour les grandeurs à venir; ils admirèrent ses remparts, ses maisons, ses églises, et RoUon se dit à lui-même que, dans cette ville superhe, il placerait le siège de son empire. Or, c'était là un de ces serments qu'il aimait à tenir, comme il le lit bien voir lorsqu'à la fin de la trêve, et après un siège vaillamment disputé, il s'empara de Rouen et des contrées voisines : le Pont-de-l'Arche, Meulan, Rayeux, Lisieux, Evreux, jusqu'à ce qu'enfin il vînt porter le siège devant Paris. Les hommes du Nord sous les murs de Paris, (juelle épouvante ! Déjà, sous Charles le Chauve, les Normands étaient (Mitres trois fois dans Paris même, dans cette ville abandonnée qu'ils avaient pillée tout à loisir, et trois fois ils avaient été renvoyés à prix d'argent. Mais en quel lieu des Gaules n'étaient pas les Normands? On les avait vus à Meaux, on les avait vus à Melun, ou les avait vus partout, le fer et le feu à la main, sur la Loire, sur la Seine, sur la Garonne, snr le Rhône. Nantes, Angers, Tours, Rlois, Orléans, le 3Ians, Poitiers, Rordeaux, Senlis, se souvenaient de leurs meurtres et de leurs ravages. Que les temps étaient changés depuis Charlemagne ! Charlemagne, dans toute sa gloire et dans toute sa majesté, avait versé des larmes amères en apprenant qu'un jour ces barbares avaient osé se montrer dans la Méditerranée et menacer les côtes de France! Après cette première douleur, le grand empereur s'était mis à l'œuvre pour opposer quelqne obstacle aux pirates. Il avait armé des vaisseaux, fortifié les côtes, creusé des ports. Sa surveillance active s'étendait des bords du Tibre aux confins de la Germanie. En mourant, Charlemagne parlait encore à sesenfants des hommes du Nord ; il répétait aux lois a venir que ces barhares étaient le désespoir du monde; qu'ils naissaient pirates et voleurs ; que, dans toute famille, l'aîné seul restait au logis, pendant que ses frères allaient au loin chercher fortune. Ils avaient honte de labourt;r
la terre, avec le Ter ils forgeaient des épées, non pas des charrues; leurs croyances étaient sauvages comme leurs mœurs .. Mais la prévovancc; de Charleniagne élait morte avec lui. A graiul'peine son arrière-petiltils, C\\ar\es le Simple , envoya une armée contre les brigands du Nord et celte armée, qui devait tout sauver, qui pouvait tout sauver, quand elle se trouva en présence des Normands, elle hésite, elle s'arrête, et en fin de compte, elle nomme trois commissaires chargés de traiter avec les pirates ! Parmi ces commissaires d'une armée qui ne voulait pas se battre, élait un nommé Hasiing, un pirate converti et vendu au roi de France. C'était ce même Hasiing qui, dans son pèlerinage armé, avait pris une des villes de la Toscane pour la ville de Rome ; et même il avait été si furieux de sa méprise, qu'il avait fait raser la ville entière. Après s'être battu longtemps contre le roi de France, Hasiing avait fini par traiter de la paix en son propre et privé nom. L'heureux pirate était devenu comte de Chartres, et maintenant il allait traiter avec Rollon au nom de la France. « Holà! cria-t-il, soldais, quel est votre maître? — Nous n'avons pas de maîtres, répondaient les Normands. — Et que venez-vous l'aire dans ce pays? — Nous venons le prendre et faire de ses habitants des esclaves. Et toi-même, dirent-ils, loi qui parles si bien le danois, qui es-tu? — Je suis Hasiing le pirate. Ne savez-vous pas le nom d'Hasting? — Nous savions le nom d'Hasting : il a commencé comme nu soldat, il finit comme un esclave. Quant à nous, nous avons fait de cette terre noire patrie; nous la tenons, nous la voulons g^arder : qu'on vienne, si l'on peut, nous la prendre. »
En même temps, les Normands se ruaient sur celle armée qui leur envoyait des ambassadeurs. Ils aimaient la guerre presque autant que le butin. Une armée à combattre et une ville à piller, pour eux c'était la même joie. Mais Kollon, dans sa prudence, avait déjà compris qu'il élait destiné à une autre gloire qu'à ramasser du butin comme un voleur. Comme il se sentait réservé aux grandes destinées, il s'arrangeait pour devenir un conquérant pacifique. H fut donc le premier à ujodérer l'ardeur de ses compagnons. Maître de leurs corps, il devint bientôt le maître de leurs âmes. Hs lui jurèrent fidélité, obéissance! H fut plus que leur chef, il fut leur prince ; alors son œuvre commença. (Jùivre à la fois guerrière et pacifique. Qui résistait était traité sans pitié, qui s'avouait vaincu était entouré de miséricorde. Autant Rollon élait terrible à ceux qui s'opposaient à sa force, autant il était tulélaire et protecteur à (pii rendait ses armes. Cette province qu'il avait conquise, il sut la mettie à l'abri de la guerre civile ; il la protégeait du côté