CONDITION DES FERMIERS
d'être assez nombreuse. Entre elle et le fermier ignorant el rustique, on passe par JDien des intermédiaires. On peut dire qu'une telle classe rurale forme une sorte de bourgeoisie solide, rcflécliie, ayant des manières simples sans grossièreté, souvent avenantes, cordiales, qui se témoignent fréquemment par une hospitalité polie sans obséquiosité comme sans rudesse. Les fermiers de condition supérieure ou moyenne sont souvent au-dessus des petits propriétaires paysans par l'éducation comme par la richesse. La distinction entre les propriétaires et les fermiers n'est pas d'ailleurs toujours fondée comme classe. Beaucoup de fermiers sont propriétaires euxmêmes. Tels possèdent à eux 100 hectares, en louent 200 ou 500 et plus. Ceux-là sont devrais entrepreneurs. C'est d'eux que l'agriculture attend le plus de progrès. Souhaitons qu'ils se multiplient, se recrutent dans la classe aisée et éclairée.
Jusqu'à ces derniers temps les fermiers normands ont eu à se louer de leur situation, quoi({u'ils se plaignent aussi, tantôt avec raison, tantôt non sans quelque excès. Ils payaient des baux élevés, mais réalisaient de bons bénéfices, achetaient des terres, faisaient des placements, ou pour le moins, pouvaient vivre avec aisance. Les grands fermiers trouvaient au besoin le crédit, accordé plus difficilement à des propriétaires dans une position moins avantageuse.
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on se plaint en Normandie, que, pour les terres, le capital d'installation et le capital de roulement sont insuffisants. L'agriculteur, plus d'une fois, se voit forcé de recourir à l'emprunt;
trop souvenlil ne peut le faire qu'à des conditions très onéreuses. Le propriétaire trouve moyen, non toujours, mais assez souvent, d'emprunter sur hypothèque à 5 pour 100 une somme qui, avec les frais accessoires cl les renouvellements, lui revient de 6 à 7 pour 100; mais le fermier, s'il n'a que son crédit personnel, el un mobilier grevé du privilège de propriétaire, ne peut trouver d'argent qu'à 8 ou 9 pour 100, tout compris. Dans telles régions, la position du cultivateur sera encore plus difficile ; les prêts se feront sur simples billets et presque toujours à un taux usuraire. C'est là, on le sait, pour les propriétaires ruraux d'ailleurs aussi bien que pour les cultivateurs qui louent à bail, un des côtés fâcheux de la situation à laquelle nous avons reconnu tant d'aspects favorables dont on aurait tort d'atténuer l'importance. Ce côté fâcheux doit être constaté chez les fermiers comme chez les propriétaires sans être davantage présenté sous les plus sombres couleurs. La dette pèse sur les campagnes normandes plus qu'il ne faudrait. Il est faux qu'elle ronge, mine la propriété. Ce sont là fort heureusement des exceptions. La dette s'est-elle donc aggravée depuis trente ans? Loin de là, nous l'avons dit déjà pour la petite propriété, elle a sensiblement diminué. L'usure fait moins de victimes, et moins de gens y ont recours. Cela tient-il à ce que la Normandie a profité dans une certaine mesure des institutions et moyens de crédit destinés à venir en aide à la propriété foncière et à l'agriculture? Oui, sans doute, mais bien plus encore à un accroissement réel de prospérité. Aujourd'hui, les propriétaires ruraux et fermiers