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CONDITION DES FERMIERS

en Normandie comprennent un peu mieux qu'autrefois — puissent-ils le comprendre de plus en plus! — certaines prescriptions élémentaires de prudence qui se placent au-dessus même de toutes les institutions de crédit foncier et agricole. Pour l'acheteur de terres, nulle règle plus sûre que de ne pas acheter au delà de ce qu'il peut cultiver. Pour le preneur à bail, une règle non moins bonne est de ne pas se charger d'une exploitation au delà de ses forces.

On parle de la nécessité du crédit en certaines circonstances. Elle est réelle, mais interrogez les hommes compétents et sincères en Normandie; ils vous diront que rarement les emprunts sont consacrés à l'amélioration du sol, mais aux nécessités pressantes d'une situation déjà obérée ou à des exigences d'aisance, de luxe même, accrues parfois hors de raison.

Outre les observations qui se rapportent à leur condition prise en elle-même, il y a lieu d'examiner aussi quelles sont les relations des fermiers avec les propriétaires, et qui influent nécessairement sur cette condition même. C'est là un sujet qui offre, à vrai dire, selon les provinces, des particularités variées et parfois assez curieuses. Les obligations réciproques des propriétaires et des fermiers, leurs arrangements, non seulement légaux, mais particuliers, et qui relèvent de la coutume, gardent encore en plusieurs pays un caractère d'originalité dont témoignent certaines dispositions dignes d'être mises en lumière. On ne rencontre ici que peu de ces dispositions toutes spéciales. Tout dans le fermage s'y y)résente selon les formes les plus consacrées, les plus officielles pour

ainsi dire, du Code civil. Le fermage est presque toujours réalisé sous les formes les plus simples, et dans sa totalité payable en argent. A peine est-il nécessaire en conséquence de rappeler ici ce qui fait le fond essentiel et habituel de ces sortes de contrats en Normandie. L'usage, comme la loi, y établit que les fermiers, indépendamment du payement du prix du bail, acquittent les impôts ; qu'ils soient chargés d'entretenir les couvertures, de charrier les matériaux pour la construction et la réparation de bâtiments, de laisser une certaine quantité de pailles pour le fermier entrant, et souvent une étendue déterminée de prairies artificielles. Les redevances en volailles, œufs, beurre, fruits, céréales, foin, paille, etc., qui étaient stipulées dans les baux, ont presque complètement disparu; il n'en reste quelques vestiges que dans la moyenne et dans la petite culture. L'usage des pots-de-vin, autrefois demandés à l'entrée en jouissance d'un fermage, a aussi complètement cessé.

Le fermage, dans toute la pureté et toute la fixité de ce régime, voilà ce qui forme en Normandie la règle générale des contrats entre la propriété et celui qui l'exploite. C'est le régime des pays agricoles les plus avancés. Môme dans les régions où la Normandie ne mérite pas cette dernière qualification, il règne seul et sans partage. A peine trouve-ton aujourd'hui quelques traces de métayage dans celte province. On signalait encore il y a peu d'années 400 colons partiaires dans l'Eure, presque tous dans l'arrondissement de Bernay. Le nombre s'en est sensiblement réduit. Le métayage se ren-

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