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DES CULTIVATEURS

Nous avons rendu justice en Normandie aux efforts méritoires de la grande ferme et de la grande culture pour contribuer au progrès. Nous n'éprouvons qu'un regret, celui de ne pouvoir citer celles qu'on trouve tani de profit, déplaisir, de légitime orgueil pour notre pays, à visiter, h se faire expliquer dans leur organisation habile, savante, et dans leurs innovations fécondes. Les heures passent vite dans ces intéressantes visites.

Le recueil si instructif publié par l'Association nor-

' Nous empruntons ces lignes à un article de M. Louis Passy sur les populations rurales {Revue des Deux Mondes, l^' août l.S,')!l), on nous nous y associant de grand cœiu'.

7,10 LES l'01'ULAT10>S AGHICOLES.

iiiaiulesoiis le nom d'Annuaire renferme nombre de tes descriptions pour les cinq déparlemenls; elles sont faites pour intéresser vivement, non seulement les agronomes, mais les économistes et quiconque n'est pas indifférent au développement de la richesse agricole, au progrès des populations rurales dans notre pays.

Mais, une belle part faite à la grande ferme, à la cullui'c, nous pouvons maintenant répartir entre tous les modes, entre toutes les dimensions de culture, les progi'ès accomplis dans l'agriculture normande et dans les améliorations réalisées au profit de la masse rurale, (l'est partout que les terres sont mieux labourées, mieux engraissées, mieux nettoyées de plantes nuisibles. Les jachères ont à peu près disparu partout aussi, et par suite, la somme de récoltes a augmenté. Les prairies artificielles occupent une plus grande superficie, et par conséquent, on peut élever un plus grand nombre de besliaiix. Les In^rbages sont beaucoup mieux tenus. Les alentours des fossés sont soigneusement débarrassés des lonces improductives qui y occupaient la place de l'herbe. On a tiré un heureux parti de l'introduction du colza et de la betterave. Les procédés agricoles se sont également perfectionnés. Le drainage s'est développé aussi sous les auspices pour ainsi dire de la grande ferme, mais il s'est étendu au de\k. Les encouragements donnés à cette excellente pratique par l'Association normande et par les Sociétés d'agriculture, ont engagé un assez grand nombre de propriétaires à drainer celles de leurs terres qui réclamaient ce moyen d'assainissement. Le fermiei', après avoir (expérimenté les effets de celle (>|n''ralion, a

CONDITION DES FERMIERS. — PROGRES EN NORMANDIE. r.ll

élé le premier à la solliciter Je son propriétaire, et à lui proposer de lui tenir compte, à raison de 5 pour 100, de l'argent exigé par les travaux. Les irrigations ont reçu également une extension et des améliorations qui exigeaient les avances de la grande culture, mais dont les autres modes ont su profiter aussi par un progrès qu'on peut trouver trop lent, mais qui ne s'est pas moins presque partout déclaré.

Nous avons pourlani aus-i le regret de signaler certains côtés arriérés quant à la tenue des fermes, et il faul bien avouer que c'est surtout aux moyens et petils cultivateur^ que ces reproches s'adressent.

Nous ne sommes pas les seuls dont les yeux aient élé blessés par la malpropreté de beaucoup de ces cours et basses-cours, de ces espaces entiers encombrés d'immondices, et nous n'avons pas à craindre de donner seulement ici la preuve de sens trop délicals. Nous avons entendu la même plainte chez les hommes les plus éclairés du pays, les moins prompts à tenir compte dans les choses agi'icoles de ce qui peut offusquer les yeux ou importuner l'odorat. Outre qu'il faut bannir la malpropreté* inutile, qui devient si facilement nuisible suus le rnpport de la salubrité, c'est une affaire aussi d'économie domestique. Dans ces amas immondes, dans ces liquides infects qui no circulent pas, les agronomes déplorent une des causes sensibles des pertes de fumier et de purin. D'autres imperfections doivent être signalées aussi. Les couvertures en chaume, dans une quantité de bâtiments de fermes, attestent aussi une persistance trop enracinée dans len vieilles habiludes, Outre les risfjues d'ineemlie, c't»sl une

quantité considérable de paille absorbée cbaque année d'autant plus inutilement qu'à l'iieure présente une couverture en ardoise ne coûte pas plus cbor qu'une couverture en paille.

Certes, les maisons bien construites de simples cultivateurs ne manquent pas. L'œil en est quelquefois ravi. Mais, dans les parties arriérées, « l'art des constructions rurales, » ce sont les termes mêmes dont se sert un inspecteur général de l'agriculture, M. Malo, « est resté dans l'enfance sur beaucoup de points. Nul choix dans leur situation, nul goût dans leur distribution. La majorité de ces cultivateurs ne semble même pas se douter (le l'importance d'une installation mieux entendue.

« La plupart de leurs habitations sont étroites et basses, incommodes, malsaines. Elles sont bâties en pierre, en brique, et le plus souvent en bois garni de torchis, suivant les ressources locales, bien qu'on trouve partout de la terre propre à faire des briques, il ne s'agirait que de multiplier les fours, ce qui faciliterait la construction des bâtiments utiles. »

Le même témoin ajoute ces lignes qui confirment, eu y ajoutant, ce que nous venons de constater nous-même : « Les cours et les abords des exploitations sont souvent mal nivelés et inabordables, les étables manquent d'air et de pente, elles deviennent insalubres par suite de raccumulalion prolongée des animaux. Les fumiers ne sont enlevés des écui'ies où ils séjournent fort longtemps, que pour être entassés devant la porte des habitations. Les maisons sont ordinairement placées en contre-bas du sol des cours, de sorte que l'eau et le

CONDITION DES l'ERMIKHS. — CONSTllUCTIONS RURALES. "I".

purin s'y rendent en abondance et les baignent, contrairement aux lois de l'hygiène la plus élémentaire. »

C'est particulièrement à l'Orne qu'adresse ces remarques critiques l'observateur auquel nous empruntons ce tableau. Il souffre là même bien des exceptions, mais il reste trop fidèle quand on entre dans les moyennes et petites fermes ou exploitations des propriétaires faisant valoir. Lorsqu'on pénètre dans l'intérieur des campagnes, au lieu de s'en tenir aux habitations propres et gracieuses qui bordent souvent les grandes routes, on s'aperçoit que la même peinture peut être appliquée dans la plupart des cas au reste de la Normandie. Le progrès est grand, très grand même sous le rapport du logement, de manière à justifier d'agréables descriptions, mais il y a encore beaucoup à faire de ce côté soit pour les maisons d'habitations, soit pour les constructions rurales. Il est évident que le petit cultivateur ne fait pas ici tout ce qu'il pourrait. On comprend que dans ces modestes habitations les repas soient pris dans la cuisine. On admet moins facilement qu'on y couche, et que les personnes de la famille s'y entqssent dans des chambres où l'air et l'espace font défaut. Lorsque la nécessité s'impose, il n'y a rien à dire; lorsque des dépenses superflues attestent trop qu'il pourrait en êlre autrement, on regrette que le goût du bien-être ne se porte pas vers ces améliorations qui ajoutent aux jouissances du foyer et contribuent à la santé des individus comme à la dignité des familles.

Le vêtement a évidemment gagné dans la classe des petits cultivateurs. Il est presque toujours solide, sain-

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l)re, conforlahle. Go n'est pas là, je l'ai dit, un fait absolument nouveau en iNormandie. La consommation (les vêtements de laine, sortis de ses propres fabriques, y était abondante au seizième siècle, et présentait une assez grande étendue toutes les fois que la situation était prospère et tolérable. La consommation de la laine a augmenté, et il s'y est joint des étoffes plus variées qui permettent de renouveler le vêtement plus fréquemment qu'autrefois. Il en est de même du linge; le coton a pris une, large place à côté de la toile. Les ménagères attacbent beaucoup d'importance à la possession d'un linge abondant, tenu avec soin, et elles en font volontiers étalage. Rien n'est plus ancien que ce trait de mœurs dans cette vieille province. Mais on aime à voir qu'il a persisté dans les fermes, et qu'il s'est répandu avec le nombre plus grand des cultivateurs aisés.

On attacbe une juste importance à la manière dont sont nourris les ouvriers ruraux. Conslatatons d'abord l'amélioration qui s'est produite pour la partie si nombreuse de la classe rurale qui se compose de fermiers modestes. 11 y a sans doute d'assez nombreux journaliers qui connaissent l'usage presque quotidien de la viande, au moins de la viande de porc, mais nous verrons qu'il s'en fîiul encore de beaucoup que ce soit là un fait génélal. 11 est le plus habituel dans cette classe qui a pour \ivre autre chose que ses bras. Ce qui s'est accru dans les proportions les plus considérables, dans la ferme normande, c'est la consommation de la viande de boucherie, facilitée non plus seulement par les marchés plus fréquents où elle se débite, mais par des élablissumeHls

coNJjiriùN [n:s rEii.MiLi'.>. — coNsTuicTiros Hi'RAi.ES. r.ir.

pcrinaiuMils, infiiiimeiil plus iKtiiiltreiix dans les villagos. 1/alimontalion animale et végétale est représentée sur ces modi'Sles lal)lessous presque toutes les formes, grâce à la diversité des productions et auv progrès de l'horticulture comme à la multiplication des potagers.

On peut aujoui'd'liui considérer comme générale dans la (lasse qui nous occupe en Normandie l'augmentation (le la consommation de lait, de beurre, d'œufs, de lapins, de volailles, de pommes de lei'i'C, de légumes secs et Irais, de fruits de toute espèce. La Normandie a certaineuKMit un peu plus que sa part moyenne dans les résultats généraux qu'on a constatés relativement à l'accroissement de la consommation nationale. M. Léonce de Lavergne signalait ce dernier résultat, dans une lecture faite devant cette Académie, en prenant pour point de comparaison les années 1789 et 1848, résultats encore accrus depuis trente ans. En 1789, pour 26 millions et demi d'habitants, la ration moyenne et annuelle de tous les Français était un hectolitre un quart de froment, un hectolitre trois quarts de seigle et autres grains, dix-huil kilos de viande : en 1815, elle devint, pour 29 millions d'habitants, d'un hectolitre et demi de froment, d'un hectolitre et demi de seigle et autres grains, de dix-huit kilos de viande : en 1848, pour olî millions d'habitants, elle atteignait deux hectolitres de l'romeut, un hectolitre de seigle et d'autres grains, vingt-huit kilos de viande. Assurément il faut forcei" celle moyenne pour les villes, et la restreindre pour les campagnes, du moins pour la viande. Mais on peut mettre cil fait tjue la N'ormamlie est une des contrées où on se

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rapproclie le plus de la forte moyenne. Ajoutons que les mets plus variés sont mieux accommodés aussi. Le service est convenable et propre dans les exploitations qui ne sont pas trop pauvres. Chez les plus aisés, l'ordinaire est tel qu'un citadin pourrait s'en contenter sans trop de sacrifices pour le goût et peut-être avec avan- 1af?e pour sa santé. Chez les fermiers moins aisés, le pain laisse encore à désirer. Certes, on n'en est plus au pain d'avoine que les cultivateurs normands mangeaient au dix-huitième siècle. Mais dans l'Orne, dans la Manche, et dans quelques localités plus rares du Calvados, le méteil et le seigle sont consommés dans les ménages; l'orge entre aussi dans la fabrication du pain [)0ur bon nombre de localités pauvres. Le sarrasin est d'un emploi général dans certaines parties. Nous avons signalé l'usage fréquent qui en est fait dans l'Avranchin et dans quelques autres régions. La qualité saine et substantielle de l'alimentation n'en reste pas moins le fait le plus général attesté par la vigueur de la race. Nous allons la retrouver très prononcée aussi pour la masse des ouvriers ruraux, quoique avec quelques exceptions sur certains points de territoire normand, où la nourriture et la boisson habituelles ne nous ont pas paru entretenir suffisamment les forces. C'est de la condition de ces travailleurs et du taux de leurs salaires qu'il nous reste à nous (tccu|)er |)our avoir terminé cette étude sur la Normandie.

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