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SUR LA NORMANDIE AU MOYEN AGE

(Extrait du Compte rendu des séances et travaux de l'Académie.)

M. HipPOLYTE Passy, à la suite de la lecture de son savant confrère M. Baudrillart, présente sur la population de la Normandie et de la France en général, an moyen âge, quelques observations qui lui semblent, attendu les opinions émises à ce sujet, dans bon nombre de publications, ne pas devoir être sans utilité.

On a supposé et affirmé, dit-il, que, durant les trois siècles qui ont précédé la guerre de Cent- Ans, entre la France et l'Angleterre, la France était tout aussi peuplée qu'elle l'est (le nos jours. Quelques écrivains ont été même jusqu'à admettre qu'elle l'était davantage ; d'autres se sont bornés à lui attribuer trente millions d'iiabitants au commencement du (piatorzième siècle. Sur quelles données reposent ces assertions? Sur deux données, d'une inexactitude facile à démontrer : l'une, le nombre d'individus qu'on croit avoir dû appartenir à un même feu ou ménage, l'autre, la quantité même de feux qu'on croit avoir dû exister dans le royaume.

Aujourd'hui, ainsi qu'en fait foi la statistique officielle, on compte en moyenne, en France, 5,8 têtes par ménage. En

comptait-on beaucoup plus au moyen âge? 11 est permis d'en douter. Sans contredit, il naissait alors plus d'enfants par mariage, mais il en mourait aussi bien davantage avant qu'ils eussent achevé leur croissance, et les familles ,si elles étaient plus nombreuses ne pouvaient l'être que peu. D'un autre côté alors, comme à présent, il y avait" des célibataires, des veufs et des veuves, des époux sans enfants, et ce dont il faut tenir grand compte, un intérêt constant à nmltiplier les feux dans toutes les paroisses rurales. A chaque feu revenait un lot du bois coupé annuellement dans les forêts et des droils pins précieux encore, celui d'envoyer à la pâture sur les terres vagues, alors d'une très grande étendue, un certain nombre de têtes de bétail. Quelques seigneurs, il est vrai, réclamaient une légère redevance, mais ce ne fut que sous le règne de Charles V, vers l'an 1570, que fut établi un impôt général par feux, impôt qui suscita de nombreuses révoltes et ne fut qu'irrégulièrement perçu. Avant cette époque, les jouissances inhérentes au feu produisaient assez d'avantages pour décider à se séparer des familles qui auraient pu demeurer sous le même toit.

Une autre cause d'erreur dans la supputation de la population de la France, au moyen âge, c'est d'avoir jugé par l'état particulier de communes ou paroisses situées dans le voisinage de Paris, de Pontoise et de quelques riches abbayes, de l'état des autres paroisses.

On a retrouvé quelques anciens polyptiques ou pouillés, celui de Palaiseau entre autres ; ils attestent une population locale très dense, et l'on en a conclu qu'il devait en avoir été de même partout ailleurs. On se trompait beaucoup. A l'époque dont il s'agit, il n'existait que peu ou point de voies de communication ; les denrées agricoles ne pouvaient être transportées qu'à de courtes distances, et comme les villes

OBSEUVATIUNS. Zi'J

n'en tiraient guère que du sol qui les environnait, autour d'elles, les villages devenaient d'autant plus populeux que leurs habitants recueillaient largement l'avantage d'être à peu près seuls à les approvisionuer. En revanche, les campagnes éloignées des villes, ne travaillant guèrcs que pour leur propre consommation restaient pauvres et peu peuplées, et les paroisses rurales ne contenaient qu'un très petit nombre de i'eux ou ménages.

Au reste, pour se faire une juste idée de ce que devait être la population de la France avant le quinzième siècle, il tant examiner la situation agricole de l'époque ; car enlîn, le chiffre de toute population a une infranchissable limite dans celui des moyens d'alimentation dont elle dispose. Or, sur ce point, les informations ne manquent pas. Ce qu'on sait, c'est que les forêts occupaient beaucoup plus d'espace qu'aujourd'hui, qu'il en était de même des marais, des terres en friches, et que la surface en culture était de bien moindre étendue. D'autre part, les modes d'exploitation en usage ne soumettaient les terres au labour et à Tensemencement, que par portions successives, en en laissant chaque année au moins la moitié en jachères, et de là, des récoltes de quantité, à superficie égale, inférieures de beaucoup à celles qu'on obtient maintenant. Il faut remarquer en outre que ces récoltes consistaient principalement en seigle et en orge, grains fournissant moins de substance alimentaire que le froment dont alors ils tenaient presque toute la place.

Un autre fait avec l'importance duquel on n a pas compté, c'est l'énorme infériorité de l'art de la mouture au moyen âge. A l'époque où Louis XIV fit élever l'hôtel des Invalides, cet art était encore si arriéré, qu'il fallait, ainsi que l'attestent les comptes afférents aux premières années du service, cent livres de blé pour obtenir moins de soixante livres de pain.

SbO OBSERVATIONS.

Il se peut, il est probable même, que la part des bénéfices laissés aux fournisseurs était considérable ; mais ce qui est ceitain, c'est qu'aujourd'hui, grâce au perfectionnement graduel des procédés de la monture, cent livres de blé rendent autant de livres de pain, attendu que l'eau employée à lier la pâte compense par son poids celui du son dans lequel il ne reste plus de farine.

Certes, la population de la France du moyen âge moins bien pourvue que celle d'à présent, consommait moins et, dans les campagnes surtout, elle se contentait d'aliments plus grossiers et moins substantiels; mais encore fallait-il qu'elle en eût assez pour vivre ; et, quand on examine quel pouvait être, d'une part, le produit des cultures de l'époque, de l'autre, l'état de la mouture des grains, il devient évident que les moyens de nutrition dont elle disposait ne devaient guère excéder le cinquième de ceux que le sol livre de nos jours.

Il n'existe aucun document authentique à l'aide duquel on puisse sortir du domaine des conjectures au sujet du chiffre général de la population de la France durant les siècles passées ; mais il est un pays voisin dans lequel ont en lieu des dénombrements dont il est possible de tirer des informations d'autant plus sures qu'en réalité la population y était moins asservie et moins pauvre que celle de la France. Ce pays, c'est l'Angleterre. Un recensement, sinon d'une exactitude qu'on n'a pu obtenir que beaucoup plus tard, mais du moins assez approximatif pour exclure de grosses erreurs, assigne à l'Angleterre et au pays de Galles 2 555 000 habitants à l'époque où Edouard III commence son règne ; et un autre recensement, (pii eut lieu deux siècles et demi après, sous la reine Elisabeth, porte cette mémo population au chiffre rond de cinq millions. Eh bien, en admettant qu'elle fût aussi peu-

OBSERVATIONS. 3ol

pléo que l'Angleterre, lors de ces dénombrements et, compte tenu de la dilTérence des étendues territoriales, la France aurait eu, vers le milieu du quatorzième siècle, avant les souffrances dues aux ravages de la guerre de Cent-Ans, environ huit millions d'habitants a la lin du seizième siècle, elle en aurait eu environ quinze. Telle a dû être la réalité; car, aux dates précitées, déjà l'Angleterre l'emportait sensiblement sur la France en sécurité, en activité productive et par conséqueut en moyens de subsistance et de bien-être.

Maintenant, ainsi que cela ressort de l'excellent travail de M. Baudrillart, la Normandie avant la guerre de Cent-Ans, était-elle particulièrement florissante et peuplée? Ce qui n'est pas douteux, c'est qu'elle 1 était beaucoup plus que le rcsle de la France. Il y avait pour qu'jl en fût ainsi des raisons faciles à dicerner. Dès que Piollon eut pris possession de la Normandie, à ses compagnons vinrent se joindre grand nombre de leurs compatriotes, et, durant plus d'un demi-siècle, l'immigration continua. Ces hommes étaient libres et les terres (jui leur furent distribuées demeurèrent libres comme eux. Dr là, une population différente de celle des autres provinces, non seulement par la composition, mais par les institutions ou coutumes qui les régissaient. Rollon, selon le dire du temps, était un grand justicier. Accoutumé à être obéi par ceux qui l'avaient suivi dans ses expéditions guerrières, il voulut l'être comme chef de l'Etat; aussi maintint-il dans son duché une discipline auparavant inconnue, et en effet jamais le cri de haro n'y fut inutilement poussé par ceux qui réclamaient justice et protection. De là en Normandie une sécurité qui y attira une foule de laboureurs et d'artisans nés hors de ses frontières et venant grossir le chiffre des habitants. Ainsi se multiplièrent des hommes dont le mélange à l'ancienne population opéra de telle sorte sur la condition de celle-ci

que, comme l'a remarque M. LéopolJ Delislc, les anciennes servitudes avaient disparu à la fin du onzième siècle.

Une autre cause de prospérité pour la Normandie ce lui le caractère même des compagnons de RoUon et de ceux de leurs compatriotes qui accoururent partager avec eux les bénéliccs de la conquête. Ces hommes étaient d'une audace qui se n)anii'estait dans toutes leurs entreprises. Us avaient conservé le goût des expéditions lointaines et ce goût qui les conduisit à fonder en Sicile, dans la Fouille, en Calabre, des dominations puissantes, subsista si longtemps, qu'en 1410, le siie de Bethencourt put encore rassembler la troupe d'aventuriers à la tête de laquelle il alla découvrir et conquérir les lies de Canaries. Or, ce besoin d'activité, cette énergie dans l'emploi de leurs facultés et de leurs forces, les Normands les portèrent dans leurs œuvres, sur le sol même dont ils étaient devenus les maîtres, et leurs qualités contribuèrent largement à en accroître rapidement la fécondité.

En 1204, la Normandie fut de nouveau réunie à la France. Le changement diminua peu les avantages qu'elle avait acquis, Philippe-Auguste ayant eu grand intérêt à la ménager. La guerre de Cent-Ans la soumit à de funestes ravages; elle les répara cependant, et Louis XI, en confirmant avec la charte normande les droits qui en dérivaient, lui rouvrit une nouvelle ère de prospérité. La véritable date d'une déchéance dont elle eut peine à se relever, ce fut la fatale n'vocation de ledit de Nantes. Alors, grand nombre des familles nobles et pres(|ue tous les principaux industriels étaient protestants; il leur fallait fuir une terre où sur eux pesaient d'odieuses persécutions : ils transportèrent en Angleterre leurs capitaux et leur savoir; de nombreux ateliers se fermèrent, le travail manqua aux ouvriers, et l'indigence et la dépopulation marchèrent de concert. Bientôt, la guerre de la succession d'Es-

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pngiu', cil amenant de nouveaux impôts, vint aggraver la situation, et, connue en l'ont foi les documents oflicicls de l'époque ainsi que la coiTespondance de Le Pesant de liois- Guillebert avec les contrôleurs généraux, le mal atteignit son comble. Le dix-huitième siècle tout en entier ne suffit pas jtour eu effacer les dernières traces.

La conclusion à tirer des considérations que je viens d'émettre, c'est qu'au moyen âge, loin d'atteindre le cliiffic qu'on lui a attribué, la population en France ne s'élevait pas au-dessus du quart de son chiffre actuel ; mais que conformément cà ce qui ressort des recherches de M. Baudrillart, elle était en Normandie beaucoup plus prospère et plus nombreuse (jue dans les autres parties du territoire.

Au reste, à la fin du dix-septième siècle, le duc de Bourgogne demanda aux intendants du royaume, des mémoires détaillés sur l'état des diverses portions du territoire soumises à leur administration. M. le comte de Boulainvilliers a reproduit, dans son livre sur l'état de la France, publié en 1727, de nombreux extraits de ces mémoires, et voici ce que contient sur la population de la généralité de Rouen en 1697, le mémoire de l'intendant M. de la Bourdonnais.

La généralité de Rouen comprenait alors tout le territoire qui aujourd'hui appartient aux deux départements de la Seine- Inférieure et de l'Eure, et de plus les anciennes élections de Magny et de Pont-l'Évéque. Le nombre des paroisses s'y élevait à 1850 et celui des feux à 164-240. Quel était le nombre des tôles par feu? Le mémoire ne le dit pas; mais si l'on s'en rapporte aux quelques mémoires d'autres intendants faisant connaître à la fois et le chiffre de la population totale et celui des feux de leur intendance, il ne pouvait guère excéder quatre : car tel est le nombre ordinaire, un peu inférieur même dans l'élection de Niort. Ainsi en 1697, la généralité

5ji OBSERVATIONS.

de Rouen n'aurait pas contenu plus de 670 UOO habilanls. Aujourd'hui, les deux départements de la Seine-Inférieure et de TEure renferment à eux seuls, d'après le dernier dénombrement, 549 841 ménages ou feux, et 1 247 896 àmcs, chiffres qu'il faudrait augmenter d'environ 100 000 si Ton y faisait figurer la population des anciennes élections de Magny et de Pont-l'Évêque. Sans doute, la Normandie avait beaucoup souffert de la révocation de l'édil de Nantes ; mais quelque nonijjrc d'habitants qu'elle eût perdu, la différence entre le chiffre de la population actuelle et celui de la population en 4()97 n'en est pas moins énorme puisqu'elle est d'environ cent i)our cent. Au reste, ainsi que nous l'avons fait remarquer, le département de la Seine-Inférieure est de tous ceux de l'ancienne Normandie celui où la population s'est le plus fortement accrue. Les autres sont loin d'avoir marché du même pas.

iM. Ch. GniAUD croit que la Normandie devait être très peuplée au moyen âge. La race normande est une des plus intelligentes, des plus hardies, des plus vigoureuses parmi les tribus germaniques qui s'établirent en France aux premiers siècles de notre ère. Elle excellait dans les arts, dans l'industrie, dans l'agriculture et dans la navigation, et elle acquit, ou plutôt s'appropria de bonne heure de grandes richesses. La cour des ducs de Normandie était plus opulente et plus brillanle que celle des Capétiens. Les Normands ont créé la langue fiiinçnise, leur littérature au moyen âge est un titre d'honneur pour notre histoire littéraire La noblesse normande demeura indépendante jusqu'au règne de Philippe-Auguste. Elle avait étendu ses con(|uètes, non seulement en Angleterre et en France, mais en Italie, en Syrie et sur plusieurs points de l'Europe septentrionale. Pendant la guerre de Cent- Ans, les Normands de France donnèrent la main aux Anglais,

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et la mort de Godetïoi d'Harcourl, qui avait l'avoiisé la descente d'Edouard III sur le continent, est un des épisodes héroïques de cette guerre où périrent une foule de guerriers normands. La guerre de Cent-Ans, qui, comme l'a remarqué Macaulay, profita à l'Angleterre, en l'obligeant à se concentrer en elle-même, à développer ses institutions et sa richesse, fut au contraire funeste pour la Normandie dont le déclin date de cette époque. Elle perdit alors une partie de son originalité primitive; mais sa population, en se répandant sur les provinces voisines, n'en conserva pas moins ses facultés cl son génie indépendant. Processifs, les Normands l'étaient comme l'avaient été les Romains : ils avaient beaucoup des aptitudes juridiques de ceux-ci, et la coutume de Normandie est un des monuments les plus remarquables de la civilisation du moyen âge.

M. Kœmgswarter. — Les signes d'assentiment que M. Giraud a bien voulu remarquer de ma part, je ne les ai point faits comme jurisconsulte, je m'en garderais bien vis-à-vis d'une autorité aussi incontestée que celle de M. l'inspecteur général des Facultés de droit; c'est comme habitant de la Basse-Normandie et notamment des lieux mentionnés par M. Baudrillart, que j'ai dû remarquer l'exactitude de ses observations.

Toutefois, l'existence au quatorzième siècle des débits do vin, de café et de bière dans les localités de Putot-en-Augeet de Médizon, ne prouve pas que ces boissons étaient déjtà très répandues à cette époque parmi les populations rurales de la Basse-Normandie, par cette raison que Pulot-en-Auge, canton de Dozulé, aujourd'hui commune d'à peine 60 feux, et Médizon, chef-lieu d'un canton limitrophe, mais bourg peu peuplé (quoique station importante de la ligne de fer de Paris à Cherbourg qui s'y relie vers le sud à Tours et vers le nord au bord

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de la mer), étaient jadis des agglomérations bien plus considérables. Putot-en-Auge est citée comme une ville dans les chroniques du pays, qui fut assiégée et incendiée; son église date du douzième siècle, et ce qui en reste prouve qu'elle n'avait pas été bâtie pour un village.

H en est de même de la ville de Troarn, chef-lieu d'un autre canton limitrophe, qui porte tous les vestiges d'une orandc ville, et faisait autrefois un commerce très actif de denrées agricoles. On y retrouve des restes d'anciennes constructions, mais jusqu'à ce jour les antiquaires ne se sont pas mis d'accord à quel peuple il faut les attribuer, ni pour déterminer l'origine du nom même de Troarn.

Un commerce important de transit se faisait autrefois enire Rouen et Caen, les capitales respectives de la Haute et de la Basse-Normandie ; les nouvelles voies de communication et les changements survenus dans les industries de cette contrée, sont les causes principales de la déchéance des localités situées entre ces deux grands centres.

M. Ihi'i'OLYTE Passy. — A toutes les époques, la lépartilioii des populations dans un même pays a été sujette à des cliar.- "cments. Ce qui opère à cet égard, ce sont les déplacements (lue subit le travail toutes les fois qu'il est plus ou moins demandé Là où il est exercé. Certains genres d'industrie se développent et appellent plus de bras; d'autres au contraire en réclament moins, et delà des localités qui gagnent ou perdent en population. Il se peut que Bayeux et ses environs soient aujourd'hui moins peuplés qu'autrefois; en revanche, d'autres coins de la Normandie le sont bien davantage : ainsi, le Havre, Bolbec sont devenus de grandes villes, et bon nom bre de petits hameaux se sont transformés en villages considérables, dans le voisinage de Rouen surtout.

Sans nul doute, la Normandie, au moyen âge, a été plus florissante et plus peuplée que les autres provinces de la France; mais elle l'était moins que nos jours. C'est le degré de capacité productive d'une population qui décide du nombre auquel elle peut s'élever, et de quelque avantage que les Normands aient joui, quelque actifs et laborieux qu'ils aient été, ils étaient bien loin de pouvoir tirer de leur sol et de leurs fabrications les moyens de nutrition et de bien-être qu'en obtiennent leurs descendants, grâce à la grande et incontestable supériorité des arts et connaissances que ceux-ci maintenant mettent en œuvre.

A la séance suivante, M. Passy a ajouté ce qui suit :

M. HippoLYTE Passy dit que, comme son savant confrère, M. Baudrillart, vient de l'affirmer, il est certain qu'aussitôt après la guerre de Cent-Ans, l'agriculture prit en Normandie un essor d'une rapidité auparavant inconnu ; mais le fait ne fut pas particulier à la Normandie ; car on le vit se produire également dans d'autres provinces, et cela par des raisons dont il a été fait mention plus d'une fois, notamment par notre correspondant M. Doniol dans son bistoire des classes rurales en France.

Durant la guerre de Cent-Ans, la gentilbommerie française, appelée et retenue longtemps sur les cbamps de bataille, y périt en grande partie, et l'autorité seigneuriale aPa s'affaiblissant de plus en plus dans des campagnes qu'elle ne pouvait plus préserver de ravages presque incessants. Dénués de toute protection, les serfs quittaient leurs champs dévastés, sans qu'on pût les en empêcher, et d'ordinaire, c'était sur les domaines de PÉglise, plus respectés que les autres, qu'ils se réfugiaient. Les évêques et les dignitaires des abbayes de

l'Est et du Nord surtout les accueillaient en grand nombre, et, sachant utiliser leurs bras, leur assuraient des conditions de tenure et d'existence meilleures que celles dont ils avaient joui jusqu'alors. Cet exemple, force fut de l'imiter dans les domaines seigneuriaux. C'était le seul moyen d'y conserver la population qui y résidait encore et de l'attacher au sol qu'elle cultivait en lui en rendant le séjour moins dur et moins oppressif. Ainsi, par l'effet mémo des calamités auxquelles la France était en proie, changea et s'améliora le régime sous lequel vivait la niasse agricole, et quand la paix revint, des hommes affranchis d'une partie des anciennes servitudes, pouvant retirer plus ample part des fruits de leurs labeurs, dé- [)loyèrent une activité nouvelle, plus hardie et plus féconde. C'est là ce qui eut lieu en Normandie; mais ce qui eut lieu aussi dans le reste de la France et notamment en Picardie, en Boiirstoone et dans le Berri.

APPENDIGi:

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