EXPOSÉ DES MOTIFS
L'agriculture n'a été longtemps qu'un art empirique, el comme telle elle ne pouvait guère donner lieu qu'à une sorte d'apprentissage. A mesure qu'elle a été mise en contact avec diverses sciences telles que la physiologie végétale, la météolologie, la chimie, la minéralogie, la mécanique, l'agriculture est devenue scientifique et constitue aujourd'hui, ellemême, une science sérieuse suivant les expressions de l'un des hommes de notre temps qui l'ont le mieux connue et le |dus honorée'.
' Gasparin.
Sous cette forme nouvelle, un enseignement véritable doit lui appartenir, à coté des centres principalement consacrés à l'apprentissage qui lui sont réservés sous le nom de Fermes- Écoles et d'Écoles pratiques.
L'agriculture a ses principes, ses observations fondamentales, ses expériences et ses résultats comparés.
Et tant qu'il se rattache à la profession de la majorité des citoyens français, à leur profession natale et souvent nécessaire, l'enseignement de l'agriculture peut être, s'il est bien dirigé, un véritable bienfait national. Son étude s'impose aux législateurs comme un devoir.
Nous venons vous proposer les dispositions qui nous paraissent les plus conformes à ce but.
Des essais nombreux pour fonder l'enseignement agricole ont honoré la législation franc-aise de notre siècle, mais n'ont encore abouti qu'à des résultats fort incomplets.
Un Institut agronomique au sommet, et au-dessous trois écoles seulement à Grignon, Grand-Jouan et Montpellier, qu'on peut considérer comme régionales, forment la partie supérieure des institutions de l'enseignement agricole.
Les applications de l'histoire naturelle à l'agriculture sont mentionnées dans le programme de l'enseignement secondaire spécial; et l'économie rurale y a aussi sa petite place'.
A la base, les insirucfions élémentaires xur V agriculture sont comprises dans la partie puretnent facultative des nialières de l'enseignement primaire aux termes de l'article 20 de la loi du 15 mars 1850.
Cette place donnée à l'agriculture, et à l'horticultuie qui en est une branche, dans notre enseignement primaire, estelle suffisante? Cet art dont l'application couvre notre teni-
1 Article 1" de la loi de ISfir).
toire, et qui peut étendre avec profit ses améliorations depuis le jardin compris dans l'encointe des villes jusqn'aux pâturages élevés dont le climat est inhospitalier à l'honmie, ne doit-il pas être rattaché à la partie obligatoire de renseignement primaire? Pour plusieurs de ceux qui suivent nos écoles rurales, l'agriculture ne forme-t-elle pas l'horizon entier de l'existence et de l'activité viriles?
Expliquer, féconder, embellir cet horizon par les leçons de la science, y faire descendre le progrès au sein de la routine, fille de la présomption et de l'aveuglement^ n'est-ce pas donner à l'intelligence de nos agriculteurs l'aliment à la fois le plus utile et le plus élevé? N'est-ce pas les attacher par des liens nouveaux et moralisateurs au sol de leur patrie? N'est-ce pas leur montrer, en dehors de l'atmosphère souvent épuisante des villes, une carrière de jouissances et de labeurs vivifiants pour eux autant qu'utiles à la fortune du pays?
En mûrissant ces considérations, nous avons pensé que la véritable place des instructions relatives à l'agriculture et à l'horticulture n'était pas dans le cadre facultatif, mais dans le cadre des matières obligatoires de l'enseignement primaire.
Mais comment distribuer cet enseignement aux instituteurs chargés de le transmettre et de le propager?
Certaines chaires d'agriculture ont été instituées depuis longtemps en France sans aucune d'idée d'ensemble ; certaines remontent à 1857 et à 1858.
Depuis 18G7 des travaux plus approfondis ont eu pour objet l'organisation et le développement de l'enseignement
^ V. à cet égard la l.i' Conférence sur les devoirs des inslUuleurs de M. Salnion notre collègue.
agricole clans les écoles normales et les ôcoles primaires rurales ^
Une Commission, instituée à cette époque, a proposé de créer dans chaque département un emploi de professeur d'agriculture chargé tout à la fois de l'enseignement dans l'école normale, le lycée ou le collège, et des conférences qui pourront être faites aux instituteurs et aux cultivateurs.
Un très petit nombre seulement de créations de ce genre paraissent avoir eu lieu, en vertu de la circulaire de ISOcS, malgré les études sérieuses qui l'ont accompagnée.
Cette entreprise utile a été sanctionnée itérativement, reprise et en quelque sorte régénérée par les travaux d'une Commission plus récente instituée au ministère de l'instruction publique, suivant arrêté du 18 janvier 1874, pour l'examen de toutes les questions relatives à l'enseignement agricole et horticole dans les écoles normales primaires et dans les écoles primaires rurales.
Cette Commission, présidée par notre honorable collègue le comte de Bouille, a fait appel au concours pécuniaire des Conseils généraux pour l'allocation des frais de tournée ajoutés aux subventions des ministères de l'Instruction publique et de l'Agriculture ; et la circulaire du ministre de l'Instruction publique qui, au mois d'octobre 1874, a fait suite aux délibérations de cette Commission a produit dans plusieurs départements des effets utiles.
Lorsque la circulaire de 1871 a été lancée, sept départements (Calvados, Doubs, Ilaute-Caroime, Gironde, Nord, Oise, Somme) ont fait connaître (jiie l'enseignement agricole et horticole était assuré chez eux par créations antérieures de chaires fondées sur des types divers.
* V. la circulaire de M. Duruy, iiiiiiistre de riiistriiction publique aux préfets, en date du 25 janvier iSGS.
ENSEIGNEMENT DE L'AGIIICULTUHE. Ô(Î5
In certain nombre de chaires ont été ajontées à ce nombre depuis 1874. par le concours éclairé des ministres compétents, sur les bases do la circulaire de M. de Gumont^ Dans quelques départements on s'est borné à établir des chaires dans les écoles normales primaires.
Tant que l'agriculture et riiorticulture ne sont {)as comprises dans les matières obligatoires de l'enseignement priinairc, et, par suite, dans les matières sur lesquelles l'examen précédant le brevet simple de capacité devra porter, les créations isolées de chaires départementales ne peuvent avoir ces résultats parfaitement et généralement assurés qui sont la condition nécessaire pour permettre aux candidats au pro- Icssorat de s'y préparer, dans tous les départements dépourvus de cet enseignement. Sans attribuer dans toutes les écoles la même importance relative à l'enseignement agricole, il ne l'aut plus qu'on puisse obtenir désormais le titre d'instituteur •<ans avoir jirouvé sa capacité dans cette branche de l'enseignement primaire.
Des chaires départementales peuvent-elles avoir une oiganisation régulière et une extension certaine, nécessaires pour de grands résultats, sans l'intervention du pouvoir législatii?
N'est-on pas exposé, d'un autre côté, si l'on procède sans plan lixe et sans vue d'ensemble, à voir des disproportions se glisser dans les situations faites aux professeurs?
Si le concours s'est généralement imposé aux nomination.s récentes, n'y a-t-il pas lieu tout à la fois d'affermir, de lé^^aliser ce mode de nomination et en même temps de l'entourer de garanties salutaires et uniforines pour assurer à l'enseignement son vrai caractère?
Sans méconnaître les lumières de nos Conseils généraux
' V. le I)udgot du Ministère de l'agrictdlurc de 1878, énonçant ([i. 5i6) vingt et un départements dotés de chaires subventionnées.
0513 Al'l'ENDlCE.
et leur intelligence de tous les besoins, seiait-il superflu do rendre au besoin obligatoire pour eux, après qu'ils auront élé consultés, une part très modérée dans une dépense dont les départements doivent recueillir directement le fruit, et qui touche à un intérêt général ?
Telles sont les pensées qui se sont imposées à nos réflexions sur ce sujet, et nous avons cru qu'un ensemble de dispositions destinées à rendre régulières et obligatoires les créations de chaires départementales d'agriculture et d'hoiticulture était un objet digne de la sollicitude des Chambres législatives et du Sénat en particulier.
C'est à la lumière de ces considérations que nous soumettons à votre examen le projet de loi suivant, qui n'a pas seulement pour but le développement de renseignement agricole dans notre patrie, mais qui peut être nécessaire pour le tenir au niveau des efforts tentés dans ce sens par d'autres
pays'-
Le Sénat a en à sanctionner le premier le projet de loi relatif à l'Institut agronomique, qui pare aux besoins de l'enseignement de l'agriculture le plus élevé. Il s'honorera en fondant aussi les bases de l'enseignement agricole dans ses
'. Il'jiprès une publication récente « outre 17-4 écoles de degrés diveis : fermes-écoles, écoles moyennes pratiques, académies ou écoles régionales (dont une seule, celle de Proskow, possède un domaine de six mille hectares de forêts), écoles spéciales d'horticulture, arboricullm-e, drainage, culture maraîchère, etc., l'Empire (allemand) renferme dix facultés ou instituts supérieurs à Berlin, Halle, Gœtlingen, Kœnigsl)crg, Kehl, Munich, Leipzig, lleidelberg, Giessen et léna. » {Revue des Deux Mondes, du 1.') novembre 1876.)
Le gouvernement d'Alsace-Lorraine vient de fonder une école d'agriculture à Rouff'ach. {Économisle français de février 1877.)
Le ministre de l'intérieur de lîelgicjue vient aussi d'adresser une ciiculaire aux gouverneurs de province à>\m le but de multiplier les conférences agricoles dans les campagnes.
rapports avec l'intérêt de la jeunesse laborieuse dans nos campagnes.
Si le projet que nous soumettons à votre examen était revêtu de l'approbation législative, l'enfoignement agricole serait parlaitement organisé en France dans son couronnement national comme dans les circonscriptions départementales et communales. S'il manquait quelque chose au degré" intermédiaire que représentent les écoles régionales, le temps el l'expérience indiqueraient les bases et les moyens d'y pourvoir.