PRÉFACE
En étudiant la notion de force chez Descartes, nous avions pu
remarquer comment une idée principale de l’intelligence, même
reniée, s’impose à un système ; il semble qu’une telle étude doive
être facile avec Aristote : n’a-t-il pas, en constituant la notion de puissance, rendu le changement pénétrable à l'intelligence et pos-
sible l’établissement entre substances distinctes de relations proprement dynamiques ? Mais d’abord ces deux résultats ne sont pas systématisés ; à chacun semble correspondre une notion différente de la Sivau. Ensuite si, par le premier, le changement reçoit droit
de cité dans la spéculation rationnelle, c’est à partir de principes
qui n’ajoutent rien aux principes purement analytiques (1) des Eléates et qui, identifiant la puissance et la matière admettent, non plus certes la divinité de celle-ci, mais du moins son existence comme chose en soi. Enfin, l’on constate que le problème de l’interaction des êtres est le plus souvent ramené à celui du développement de chacun pris isolément. On a pu parler en conséquence de l’indécision des idées d’Aristote sur l’action et la passion en
général et considérer que la pensée d’Aristote ne rend aucun compte
du mouvement et du progrès des choses (2). Or, il ne cesse d’afhrmer la vie de l’univers. Il fallait expliquer cet écart de lintention au résultat.
A cette fin nous nous sommes mis en présence des textes d’Aristote et décidés à en rendre compte, en écartant de parti pris toute explication qui méritât le nom d’historique. D’abord, il peut parai-
(1) Sur cette terminologie, voir la note 1051. (2) Rodier, de An., Il, 275 ; Hamelin, Syst., 237, cf. 273.