VI PRÉFACE
tre indispensable à une étude du genre de la nôtre de rattacher (3) l’œuvre d’Aristote au milieu technologique où elle a pris naissance ; toutefois nous n'avons retenu que ce qu’'Aristote marquait, dans ses œuvres, qu’il retenait. De même nous avons écarté toutes suggestions tirées soit du milieu politique (4), soit du milieu religieux (5), soit de la personnalité du philosophe (6), dans la mesure où elles prétendent constituer une genèse seulement historique des Idées. De même enfin nous n’avons fait intervenir les doctrines antérieures qu’en suivant l'exposé qu’en donne Aristote, en nous défendant, autant que possible, d’en appeler aux philosophies postérieures.
Un tel point de vue explique notre plan et notre méthode : puisque nous nous intéressions à la nature et à l’enchaînement raisonné des idées plutôt qu'à leur naissance, nous pouvions interroger l’œuvre d’Aristote suivant un plan qui n’eût rien d’aristotélicien ; c’est pourquoi nous avons commencé par rechercher les traces de cinématique qu’elle présentait, puis essayé de montrer le jeu de l'idée de force dans la Science et la Métaphysique du Philosophe, sans prétendre déterminer l’ordre de dépendance que ces disciplines ont entre elles et avec la Logique dans son esprit. D’autre part, notre seul champ d’expérience étant l’œuvre d’Aristote, nous étions tenus à une stricte fidélité aux textes; nous pensons lavoir respectée en précisant, à chaque développement, les passages prin-
(3) En suivant, par exemple, la belle Antike Technik, de Diels.
(4) On a pu dire, ainsi, qu’au xvie siècle la puissance des monarques était devenue assez absolue pour suggérer à Galilée l’idée de force constante (Sorel, TP Pr SA)
(5) « Il manquait aux anciens la notion d’un Dieu créateur » (Chevalier, p. 183).
(6) Par exemple, le goût d’Aristote pour l’expérience (Hamelin, Sysé., 79 > Robin, Archiv. $ 16; Chevalier, p. 103. « Aristote naturaliste et observateur »). Peut-on dire qu’Aristote « a été conduit de l'expérience esthétique à l'intuition. biologique » (Brunschvicg, Exp., 148), en donnant à cette affirmation une portée historique (cf. 155), sans admettre, sur la causalité par antécédent extérieur, « ce qui semble s’imposer, depuis Galilée et Descartes, comme une loi de l'esprit » (149). De même l’admiration d’Aristote pour les qualités d’observateur que montrait le jeune Straton (I. H. J., 123).